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Full text of "Discipline de clergie"

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i. . 



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I 



DTSCTPLTNA CLERICALIS. 



LA 



DISCIPLINE DE CLERGIE 



^ 



Cterkclw ; 



▲UCTO&B 



PETRO JLPHONSl, 

KX-JUDAO HI8PAKO. 



PARS PRIMA. 



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PARISIIS, 



EX TTPOGRAPHIA RIGNOUX, 
M DGGG XXXV. 






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TJLADUCTION DE fOUVRAGE 

DE PIERHE ALPHONSE. 



PREMli^RE PARTIE. 






"TARIS, 



DE i;iMPaiMERIE DE RIGNOUX, 

aoa 9M y&Avo8-BoraoBOzf-s.*MXGHn , s^ 8. 

M DGGG XXIY. 



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Clf rlcttlw ; 



▲UCTO&B 



PETRO JLPHONSl, 



KX-IUDAO HISPAKO. 



PiiRS PRIMA. 




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PARISIIS, 



lax TTPOGRAPHIA RIGNOUX, 

▼u aasorA raA*c»>>ov»oms-f.-incHn, v* 8. 
M DGGG XXXV. 



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TJLADUCTION DE fOUVRAGE 

DE PIERRE ALPHONSE. 



PREMli^RE PARTIE. 






1>ARIS, 



DE yiMPRIMERIE D£ RIGNOUX, 

aoa 9M v&Avo8-BoraoBoz«-s.«]ixGBn I s^ 8. 

M DGGG XXIY. 



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HARVARO rouFGE Lii^ttA^ 



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Se troupe h Paris, 

TfeiowNiK liECtiac, libndre* rae If esTC - If otie- 

Dame,n* a3; 
Lhkuesux » libnire, qmi des Angnstiat , n^ 37 ; 
GosasLiv, Ubnire , nie de Seine, n* la. 



,'!,/M I, 



NOTICE 



SUR PIERRE ALPHONSE 



ET SUR SES OUVRAGES. 



PiERRE Alphonseoud'Alphonse, aupara- 
van t Rabbi M oise Sephardi , naquit en i o6a , / 
a Huesca, dans le royaume d'Aragon, fut 
eleve dans la religion judaique , qui etait 
celle de ses peres , et se distingua par ses con- 
naissances dans plus d'un genre. A Tage de 
quarante-quatre ans , il embrassa de bonne foi 
le christianisme , et fut baptise dans sa ville 
natale, par Etienne, qui en etait eveque, le 
jour de la fete de saint Pierre, i io6 (i i44 
de Fere d'Espagne), d'ou il prit lenom de 
Pierre, auquel il ajouta celui SAlphonse^ 
en Thonneur d'Alphonse VI , roi de Cas- 
tille et de Leon , quaUfie d'empereur , qui 
voulut bien ^tre son parrain, et qui lui 
donna la charge de medecin dans son pa- 
lais. Ses co-religionnaires calomnierent sa 
demarche , et la representerent sous le jour 



5^ ij < 
le plus defavorahlc : les iiiis l'aceusereiit 
d'avoir cliange de religioii par niepris pour 
Dieu et pour sa parole; d autres , par igno- 
rance de la loi et des proplietes; d'autres 
enfin, par vaine gloire, par interet, et 
parce qu'il voyait sa nation plongee dans 
Topprobre et riguoininie. Pour refuter 
toutcs ces imputations , et pour faire con- 
nailre les veritables motifs de sa conduite, 
il composa un dialogue en douze titres, 
ou plutot douze dialogues entre un Juif 
et un Chretien, dans lcsquels le imi MoTse^ 
nom qu'il portoit avant son hapteme, pro- 
pose les difHcultes, et le Chretien Pierre 
(TAlphonse^ nom qu'il re^ut au haptSme, 
repond a tout d'une maniere victorieuse. 
Ces dialogues furent imprimes a Cplogne, 
i536, in-S**, sous ce titre : Dialogi Lectu 
dignissimi , in quibus impice Judceoriun 
opiniones. . . confutantur , qucedamque 
Prophetarum ahstrusiora loca explican- 
tur, Ils ont ete inseres dans la grande Bihlio- 
theque des Peres, tome xxi, page 172-22 1 , 
edition de Lyon. Mariana , Historia general 
deEspaha; Ferreras, Sjnopsis historica 
chronologica de Espaha; Nicolas Anto- 



nio , Biblioth, Hisp, vet. ; Vincent de Beau- 
vais, Speculum historialej lib: xxv, cap. 1 18 ; 
Bartolocci, ThomasHyde, Casimir Oudin , 
Raimond Martin, Alphonse Spina, Paul de 
Burgos, Possevin, Hermann Hardt, Noel 
Alexandre, et d'autres ecrivains, en parlent 
avecde grands eloges: eneffet, cesdialogues 
sont tres-solides et tr^s-savans, quoique Fon 
puisse y reprendre quelques raisonnemens 
faibles ou bizarres. Nous pensons que le 
lecteur ne sera pas fache d'en connaitre 
l'analyse. 

TiTRE I. — Les Juifs se font une fausse idee 
de laDivinite; ils defigurent ses attributs. 
Pierre Alphonse raconte des faits curieux a 
Tappui de ses raisonnemens. 

TiTRE II. — Lacause de la dispersion des 
Juiis n'est autre que la condamnation de 
Jesus, qu'ils ont accable d'opprobres, et fait 
passer pouradulterin. Dieu neles conserveau 
milieu des nations que pour eterniser le sou- 
venir de rhorrible deicide qu'ils ont commis. 

TiTRE III. — Reveries des Juifs sur la re- 
surrection des morts a Ta v^nement du Messie, 
et sur son regne intermediaire , adopte par 
quelques Peres des premiers si^cles et par 



> iv < 

quelques modernes. II y a bien de la maii- 
vaise physique ; on y remarque aussi une 
legere tendance a affaiblir le dogme de la 
resurrection generale tel que le professent 
les Chretiens. 

TiTRE IV. — Les Juifs n'observent que 
la moindre partie de la loi de Moise, et 
consequemment ilsne peuvent etre agreables 
a Dleu. 

TiTRE V. — Pierre Alphonse developpe 
les motifs qui Tont porte a embrasser la loi 
des Chretiens de preference a celle des 
Arabes, parmi lesquels il avait vecu des son 
enfance, et dont il connaissait parfaitement 
la langue. 

TiTRE VI. — Apres avoir refute le ju- 
daisme et Tislamisme, Pierre Alphonse passe 
a Texposition des mysteres de la religion 
chretienne. II traite d'abord de la Sainte 
Trinite, dont il decouvre des traces dans 
TAncien Testament, dans le nom ineffable 
de Dieu *, et dans la maniere dont les 

' Trinitas quidem subtile quid est et ineffabilc, et 
ad explanandum difiQcile, de quk Prophetae nonnisi oc- 
cult^ locuti sunt et sub Telamine, quoadusque venit 
Christus , qui.de tribus una personis, fidelium illam 



pr^tres, descendans d'Aaron, benissaient le 
peuple*. 

mentibus pro eorum reTelayit capacitate. Si tamen at- 
tendas suhtilius, et illud Dei nomen, quod in secretis 
secretorum explanatum invenitur, inspicias, n*)n^» no- 
men inquam trium litterarum, quamyis quatuor figuris, 
una namque de iUis gemina^ta bis scribitur, si inquam 
illud inspicias, yidebis quia idem nomen et unum sitet 
tria; sed quod unum est, ad unitatem substantiae, quod 
yero tria, ad Trinitatem respicit personarum. Gonstat 
autem nomen illud his quatuor figuris , et t et ^ et *\ et f^, 
quarum si primam tantum conjunxeris et secundam^ sci- 
licet et ^ , erit sane nomen unum. Item si secundam et 
tertiam -^ scilicet et ^, jam babebis alterum. Similiter, si 
tertiam tantum copulaveris atque quartam scilicet ^ et ,<^, 
invenies et tertium. Rursus, si omnes simul in ordine 
connexueris, non erit nisi nomen unum, sicut in istdpatet 
geometrali figurft. (Pag. 1 99, edit.Lugd.) Vid.Jigur, p. xvj. 
' Notatur quoque Trinitas in tribus benedictionibus, 
quibus Aaron et filii ejus benedicebant filiis Israel ex 
prsecepto Dominl dicentis ad Moysen : Loquere Aaron 
etfiliis ejus. Sic benedicetis filiis Israely etdicetis eis: Bene^ 
dicat tibi DominuSj et custodiat te; ostendat Dominusfa' 
ciem suam tibij et misereatur tui; convertat Dominus vul" 
tum suum ad te, el det tibi pacem. (Numer. vi, 5.) His 
quippe benedictionibus sacerdos alicui benedicens, pro- 
tensas ante vultum suum palmas utrasque tenebat. Ciim 
vero dicebat Dominus quem bebraic^ illo quod supr? 
diximus trino et uno nomine exprimebat (nw)» tres 
digitos priores, poUicem videlicet , indicem, atqueme- 
dium, manus utriusqne, rectos altius erigebat, et dicto 
ita Doroino, digitos ut prius remittebat. (Pag. aoo.) 



TiTRE VII. — La Vierge Marie con^ut 
par roperation du Saint-Espril , sans avoir 
connu d'hoinme, conformement a la pro- 
phetie dlsaie, chap. vii. 

TiTRE VIII. — Le Verbe s'est fait chair : 
Jesus-Christ, Dieu et homme tout ensemble. 
Multilude de passages en faveur de ces 
dogmes divins. 

TiTRE IX. — Le Messie est venu dans le 
temps determine ; tout ce que les prophetes 
ont annonce de sa personne s'est accompli 
a la lettre. On y trouve des clioses trfes- 
solides. 

TiTRE X. — Le Messie s'est soumis a la 
mort, de sa pleine volonte; il a permis aux 
Juifsde Tattachera la croix. Pierre Alphonse 
traite dans ce dialogue plusieurs questions 
incidentes: Quest-ce que le diable? Com- 
ment Vhomme est - il tombe en sa puis- 
sance? Pourquoi Dieu Ven a-t^il deli- 
i^re?... etc. 

TiTRE XI. — Le Messie est ressuscite 
d'entre les morts; il est monte au ciel, d'ou 
il viendra juger les vivans el les morts. PIus 
subtil que solide. 

TiTRE XII. — La loi chretienne n'estpoint 



^ VIJ 

opposee a la loi mosaique; Tune est Tac- 
complissementderautre. UofTre des rappro- 
chemens assez ingenieux entre les rites de 
TAncien Testament et les evenemens du 
Nouveau ^ 

Ce que nous avons dit jusqu'ici de Pierre 
Alphonse est puise dans ses propres ecrits; 
les historiens espagnols ne s'expriment pas 
en tout comme lui; on en jugera par les 
deux que nous allons citer. 

« De mas desto, dit Mariana , cierto 
judio, llamado Moyses, de mucha erudi- 
cion , y que sabia muchas lenguas , en lo 
potrero del reinado, de don Alonso, abju- 
rada la supersticion de sus padres, se hizo 
christiano. EI rei mismo*fuesu padrino en el 
baptismo , que fue ocasion de llamalle Pedro 

' De prsBceptis Domini contrarium non est alterum 
alteri , sed quando tempus prsecepti unius est comple- 
tum , aliud ut sibi placet dnt prseceptum , quemadmo- 
dum deprsecepto videmus, quod decarnibus comedendis 
Dominus Noe dedit , quia postquam Moyses venit , et 
iltud praecepti tcmpus completum fuit , Moysi ipsi jam 
aliud praeceptum de carnibus videlicet prohibendis do- 
navit.Cujusiterum tempus postquam Christo adveniente 
completum fuit , jam ecce iterum illud antiquum quod 
Noe datum fuerat prajceptum , de carnium videlicet 
absolutione rediit. (Pag. aao. ) 



• • • 

» VIIJ < 

Alonso. Impugno por escrito las sectas de 
los Judios, y de los Moros : y niuchos de la 
una y de la otra nacion, por su diligencia, 
se reduxeron a la verdad. Famosa devio de 
ser, y notable la conversion deste judio, 
pues los historiadores de Aragon la atribuyen 
a don Alonso , rey de Aragon : dizen que 
enHuescaa veinteynuevedejunio se baptiso 
el ano de mil y ciento y seis : que don 
Estevan Obispo de aquella ciudad hizo la 
ceremonia, y el padrino fue el rey mismo 
de Aragon. En este debate, no quere- 
mos , ni aun podriamos dar sentencia por 
ninguna de las partes, cada qual por si 
mismo siga lo que le pareciere mas pro- 
vable.» Mariana, Histor, gen, de Esp., 

tomei, page47i- 

«Don Alphonse, roid'Aragon et de Na- 
varre , dit Ferreras , se trouvant a Huesca 
dans le mois de juin , un hebreu appele 
Moise, homme d'une erudition profonde, 
lequel etait etabli dans cette ville, se de- 
termina a embrasser la religion chretienne , 
apres s'etre pleinement convaincu de son 
erreur par les saintes Ecritures. Sa reso- 
lution parvint bientot a la connaissance 



tlii monarquejqui, pour temoigner sa joie, 
voulut lui faire Thonneur de le tenir sur 
les fonts; ainsi le juif re^ut dans la cathe- 
drale de cette ville le bapt^me, qui lui fut 
administre par Teveque de la meme eglise, 
le jour de Tapotre saint Pierre : il quitta 
son nom pour prendre celui de Pierre Al- 
phonse, ^n Thonneur du saint et du roi son 
parrain. II a ecrit depuis contre les Juifs 
plusieurs livres tres-savans, intitules Z)/icz- 
logueSj qui sont imprimes dans la Bi- 
bUotheque des Peres. » Histoire generale 
cCEspagney Iraduite de Vespagnol de Jean 
de Ferreras y par d'Hermillyy tome iii, 
pageagg. 

II est vraisemblable que les dialogues de 
Pierre Alphonse ont fait soupconner a quel- 
ques biographes, qu'il avait soUicite du 
souverain pontife Tautorisation d'entrer en 
conference avec deux rabbins, nommes 
Samuel AbrabaUa et Salomon Levita, pour 
defendre contre eux les interets de la reU- 
gion chretienne, et leur demander raison 
de divers passagesdu Talmud. Nous avouons 
cependant que nous n'avons la - dessus 
aucune certitude, et que nous sommes 



conduits a cctte conjecturo par c|uelques 
expressions de Wolf. Biblioth. hebr. , 
art. 1824. 

Nous n'avons pas pu acquerir plus de cer- 
titude que c'est contre l'ouvrage de Pierre 
Alphonse que Rabbi Jacob ben Ruben a 
ecrit le sien, inlitule Milchamoth Jehovah ', 
(Guerres du Seigneur), et que Rabbi Scem 
Tov ben Isaac ben Sprot de Tudele a di- 
rige son ^'f^e/i Bochen'^ (Pierre de touche), 
dans lequel il introduit deux interlocuteurs , 
dontunJuif, souslenom S Ammejachkd^ 
(unitaire), et Tautre Chretien, sous le ndm 
X Ammescalesc^ (trinitaire), quitraitenta 
peu pres les memes suj ets que Pierre Alphonse 
avait traites, et qui finissent par ceder la 
victoire a la loi de Moise ; car si Wolf et 
Hardt sont pour raffirmative, le celebre 
abbe de Rossi se prononce pour la negative. 
Voy.il/5J)., Cod. hebr., art. 760; Bi- 
blioth.jud. antichrist.^ art. i46, etc. 

JjC second ouvrage de Pierre Alphonse 

* -miT mcnSa 
' -ynra pK 



est celui que nous donnons au public, sous 
le titre de Disciplina ClericaUsy Discipline 
de Clergie, parce qu'il rend le clerc bien 
doctrine; ou autrement le Cfiastoiement, 
L'auteur Va compile en partie des pro- 
i^erbes des philosophes arabiques et de 
leurs chastoiements y et desfableSy et des 
vers ; en partie de semblance de betes et 
d'oiseaux. 

Le texte latin, encore inedit, a ete col- 
lationne par M. Meon, sur sept manuscrits 
de la Bibliotheque du Roi , et sur quelques 
autres qui appartiennent a des puissances 
etrangeres, mais qu'on possedait en France 
il y a quelques annees. Rodriguez de Castro 
n'en connoissait qu'un dans la bibliotheque 
de rEscurial, Escritores Rabinos espa- 
noleSy page 20; Nicolas Antonio ne parle 
que de Texemplaire du Vatican , et encore 
n'en parle-t-il pas exactement. 

La version en prose fran^aise etait egale- 
ment inedite. Elle date evidemment du quia- 
zieme siecle. M. Meon, dont Topinion est 
d'un si grand poids, pense qu'elle est de 
Jean Miellot. 

Quant a la version en vers fran^ais, sous 



si^ ri) « 
le titre de Cfiostoiement ou Castoiement 
(Cun pere a sonjilsy il en avait deji paru une 
en 17C0, dans les Fabliaux de Barbazan. 
M. Meon, a qui nous dcvons d'exceUentes 
editions des poetes des onzi^me, douzi^roe, 
treizieine, quatorzi^me et quinzieme si^les, 
Tavait publiee de nouveau en 1808, avec 
des additions considerables. Celle que nous 
publions dans nos Melanges est entierement 
differente ; c'est un autre ouvrage. 

Les Orientaux possedent plusieurs com- 
pilations qui ont de la ressemblance avec 
celle de Pierre Alpbonse , quoique tres- 
infcrieures a celle-ci ; entre autres : P.irke 
Aboth ' (Chapitresdes Peres), recueillis par 
Rabbi Nathan , de Babylone , qui florissait 
en'i2i, et traduits dans toutes les langues; 
Mivchar Happeninim^ (Choix de pierres 
precieuses), compile en arabe par Bahbi 
Jedaia Bedraschi, vers 11298, contenant 
beaucoup de sentences des anciens philo- 
sophes grecs et arabes, traduit en hebreu 
par Juda ^ben Tibbon (Soncino, i484)«. 
et en latin par Erbert (Francfort, i63o); 



t 



XllJ ^ 

Proverbiorum arabicorum Centuriceduos, 
par Abi XJbeid, traduit en latin par Sca- 
liger et Thomas Erpen. (Leyde, i6i4, 
in-4°) ; Apophthegmata Ebrceorum ac Ara- 
bum ex aboth R. Nathan^ Aristea^ libro 
selectarum margaritarum y et aliis aucto- 
ribus selecta^ latineque redditUy cum bre- 
uibus scholiis j par J. Drusius. Franc- 
fort, 1612, in-4®.) 

Nous avons trouve quelques-unes des 
fables du Castoiement dans les Mille et 
une Nuits; nous pensons qu'il est inutile 
de les indiquer. ^" 

On attribue a Pierre Alphonse, i*^ une 
Logique qu'on dit avoir ete d'abord tra- 
duite en langue hebraique , et que Ton pre- 
tend aussi Tavoir ete en grec long-temps 
apres par Georges Scholaire , connu sous le 
nom de Gennade. Lambecius en rapporte 
un extrait. ( Biblioth. Cces, Vindobon, , 
tom. VIII, pag. 285 ); AtaXexTtXYf e;i rey vyi 
Tej^^vwv , 3tal eTTKJTYijJLYi eirt<7TYi[JL(!t)v , etc, Dia- 
lectica est ars artiumy scientiascientiarum , 
adomnium habituumprincipiaviam habens; 
mais il est bien evident que maitrePierre, 
Espagnol , auteur de ce dernier ouvrage , et 



.^-i-i*.*- ' 



^ xiv < 

(|ui moiirut ou 1^177 , suivant Lanibecius, 
n'est pas Pierre Alplionse, qui florissait au 
conimenceinent du siicle precedent. 

i^ De jibundantia in sermonibus ad 
omnetn maieriam. Voyez Fabricius, Bi" 
blioth.medice ei infimce laiinitatis ^ lib. xv , 
tom. 3, pag. ^39, qui cite Sandenis, 
pag. !2o5, et qui renvoie mal a propos a 
Tritlieme, de Scriptoribiis Ecclesiasticis ^ 
pag. 149, edit. ColonicCy i546, in-^**. 

3° De Scieniia et Vhilosophia. Wolf 
croit que ce traite est le meme que la Disci" 
plina Clericalis; Biblioih. hebr,, tom. i, 
pag. 97 1 . D. Joseph Rodriguez de Castro , 
Escritores Rabinos espaholeSy pag. 20, 
adopte aussi cette opinion , que Nicolas An- 
tonio rend certaine en citant quelques pas- 
sages du livre de la Science et de la Phi" 
losophiey qui se trouvent dans la Discipline 
de Clergie; Biblioth. Hisp., vet., tom. 11, 
pag. 7-8, edit. -flo/w^, 1696, in-fol. 

4^ De Pavonefigurali. Ce petit poeme , 
dirige contre les vices de la cour de Rome, 
et contre les religieux mendians, ne peut 
etre de Pierre Alphonse : il est posterieur au 
premier concile de Lyon , tenu en i ^45 ; 



et comment d'ailleurs un nouveau converti 
aurait-il ose ecrire des vers aussi piquans 
que ceux-ci ? 

His igitur sic propositis per singula , pavo * 
Voce gravi jubet ut taceatur, et ipse recensens 
Quaedam dictorum, postremo continuando 
Dictis dicenda sic omnibus intulit illud : 
Constat quod nobis debetur amor dominandi , 
Nos gemini vigiles noctis discernimus horas, 
Vox etiam nostra torpentes excitat, et quod 
Ore geris virus et cauda inluminat omne. 
IVos abunde decus non quirimus : ecce quod ipsa 
Contulit imperii nobis natura coronam, 
Et merito ; scimus etenim regnare modeste , 
Contenti propriis, nec curantes aliena; 
Et sic competeret nobis imponere legem 
Omnibus, et nemo regnare potest sine nobis. 

II serait ridicule de prolonger Tenume- 
ration des ouvrages qui sont attribues a 
Pierre Alphonse, etqu'une critique eclairee 
lui refuse justement. On ignore 1 epoque et 
le lieu de sa mort ; cependant Casimir Oudin 
insinue que ce savant moarut en iiio. 

J. Labouderie , 

Vicaire general d'Avignon , etc. 



Papa. 



3^VJ 




DISCIPLINA CLERICALIS. 



LA. 

DISCIPLINE DE CLERGIE. 




HXsifipUna €Uvka[ia. 




IXIT Petrus Anfunsus , servus 
' Christi Jhesu, compo.sitorhujus 
libri : Gratias ago Deo quj priraus 
est sine principio , a quo omnium 
bonorum est principium , finis sine fine, to- 
tius boni complementum , sapiens qui sa- 
pientiam prKbet homini et ralionem , qui 
nos sua aspiravit sapientia , et siite rationis 
ammirabili illustravit claritate , et multifor- 
mi sancti spiritus sui ditavit gratia , quia igitur 
me licet peccatorem Deus multimoda vestire 
dignatus est sapientia , ne lucerna michi cre- 
dita sub modio tecta lateat. Eodem spiritu 
instigante, ad multorum utilitatem hunc )i- 
brum componore ammonitus sum, ipsum ob- 




Wmipline tae Clfrflw, 




r^de sapit 



lEKRE ALPBOHSE , ser/ tfe Jlusui' 
Crist, quifist cestui livre, dit: Je 
graces a Dieu qui a donne sa^ 
pience et raison a homme ; etpour ce 
moy peckeUT tarU de grace 
ajrent repris afaire ce livrepour 
les prouffiz de ceulx qui le liront et orront : car 
je ne v ueil mie que la lumiere de grace de sor- 
pienceque Dieu a mis en moy, soitcouverteetr^ 
puse, etjc luiprieau comTnencement qu'ilmette 
bonnejin a cest euvre translater, et me garde 
queje ne die aucune cliose qui desplatse a sa 
volente, et me soit adjuteur a toutes les ckoses 
que je vueil /aire. Car quant_ /ay aucunes 



secrans ut huio libelli mei principio bonum 

finem adjungat, meque custodiat, ne quid 

in eo dicatur quod suae displiceat voluntati; 

amen. Deus igitur in hoc opusculo mihi sit in 

auxilium , qui me librum hunc componere , 

et in latinum transferre compulit. Gum enim 

apud me saepius retractando humanae causas 

creationis omnimodo scire laborarem, hu- 

manum quidem ingenium inveni ex pne- 

ceptis conditoris ad hoc esse deputailam , ut 

quamdiu est in hoc saeculo , in sanctae studeat 

exercitatione philosophiae per quam de crea- 

tore suo meliorem et majorem habeaCnoti- 

tiam, et moderata studeat yiyere continen- 

tia , et aib imminentibus sciat sibi praecayere 

adversitatibus , eoque tramite gfadiatnr in 

sapculo , qui eum ducat ad regnum coelorum. 

Quod s\ in praefatae sanctae disciplina^ notiti^ 

vixerit, boc quidem pro quo creatus est, 

complevit, debetque perfectus appellari. Fra- 

gilem etiam hominis complexionem esse con- 

sideravi, quae, ne taedium incurrat, paucis 

instruenda est. Duritle quoque ejus recor- 

datus ut facilius retineat quodammodo ne- 

cessario mollienda et dulcificanda est , quia 

^t obliyiosa est, multis indiget quae oblitorum 



foiz estudie solempteusement a congnoistre les 
causes cThumaine compaignie creaturCy et aj 
regarde en moy et trouvoie que Dieu donna 
sens et engin a homme pour estudier en ce 
siecle es sainctes prophesies ^ par quoi il cong" 
noisse mieulx son Createur , et qu^il vive 
attrempeement ^ et qiCil se sache garder des 
apparentes adversitez y et voist par tel sentier 
et chemin en ce siecle^ quHl le maine en son 
regne des Cieuloc. Mais sHl n)it en parfaicte 
congnoissance de saincte doctrinCy adonc a^il 
accompli ce pour quoy il est fais. Apresfay 
regarde que lafraile complexion de Fomme 
depou vuelt estre instruitCy affin que ennujr 
de moult de choses ne le ^stourhe. Et pour 
ce que la complexion de Vomme est rude et 
dure, elle doit estre adouchie et amoliee en 
aucune mardere , affin qu^elle retiengne plus 
legierement , et pour ce qu^elle est oublieuscy 
elle a mestier de moult de choses qui le ramai' 
nentamemoirecequ^elle a oublie. Pour toutes 
ces choses ay^je compile ce livre en partie des 
proverbes de philosophie et de leurs chastoic" 
mcnsy et des fdblesy et de versy en partie d^ 



>• 6 « 
faciant recordari. Propter^a libcUum com- 
pegi , partim ex proverbiis philosophonmi , 
et suis castigationibus arabicis , et fabulis , et 
yersibus, partim exanimaUum etvolucrum si- 
militudinibus. Modum autem considerayi ne 
si plura necessariis scripserim , scripta oneri 
potius sint lectori quam subsidio et legenti- 
bus et audientibus desiderium et occasio 
ediscendi. Scientes vero per ea quae hic con- 
tinentur , obhtorum reminiscantur. Huic U- 
beUo nomen injungens, et est ex re, id est, 
GLERiCJLLis DiSGiPLiNA. Reddit cuim Gleri- 
cum discipUnatum. Vitandum tamen decrevi 
pro possibilitate sensus mei , ne quid in nos- 
tro Tractatu inveniatur quod nostrae creduU- 
tati sit contrarium^ vel a nostra fide diver- 
sum. Ad quod adjuy^t me omnipotens Deus 
cui super nitor. Amen. 

Si quis tamen hoc opu3culum humano et 
exteriori oculo percurrerit, et quid in eo 
quod humana parimi cavit natura, viderit, 
subtiUori oculo iterum et iterum relegere 
moneo , et demum et ipsi , et omnibus catho- 
Ucae fidei perfectis corrigendum appono : 
nihil enim in humanis actionibus perfectum 
putat philosophus. 



9- 7 

semblance de bestes et cCoyseatiXy mais fay 
regarde que se fescrips plus que mestier ne 
soitj que ce ne soit plus grant grevance que 
solashcellui qui le lira^ ou a ceulx quiVor- 
ronty et calise de desaprendre, Mais les sages 
se recorderont de ce quHlz ont oublie par ce 
quc yci estcontenu, Cestui livre comprent nom 
de sa matierey c^est disgipline de glergie: 
cap il rend le clerc bien doctrine, Non pour" 
qiiantje vueil a mon povoir garder que on ne 
treuve aucune chose en mon livre qui soit con» 
traire ou di^isee a nostre creance ne a nostre 
foy, \Adce me ayde Dieu le Tout^Puissanten 
qidjecroy, Amen. 



8 « 

Enoch, philosophus qui Ungua arabica 
cognominatur Edric , dixit filio suo : Timor 
Domini sit negotiatio tua , et veniet tibi lucrum 
sine labore. Dixit quidam philosophus : Qui 
timet Deum , omnia timent eum ; qui vero non 
timet Deum , ipse timet omuia. Dixit alius phi- 
losophus : Qui timet eum , dihgit eum ; qui 
timet Deum , obedit Deo. Dixit Arabs in yer- 
su suo : Inobediens es Deo sisimulas te Deum 
amare, et incredibile est; si vere eum ama- 
res , obedires ei : nam qui amat, obedit. Dixit 
Socrates discipulis suis : Yidete ne sitis Deo 
obedientes et inob^dientes in eodem. Dicunt 
ei : Enuclea nobis quid dicis. Qui ait : Dimit- 
tite hjpocrisim ; est enim hypocrisis coram 
hominibus simulare se obedire Deo, in oc- 
culto vero inobedientem esse. Dicit ei unus 
ex discipulis suis : Est-ne ahud genus hypo- 
crisis unde homini cavendum sit.^ Dicit So- 
crates : Est homo qui in aperto et non in 
occulto obedire se Deo ostendit , ut sanctus 
ab omnibus habeatur, et ab eis ideo plus ho- 
noretur. Est aUus isto subtilior qui hanc re- 
linquit hypocrisim ut majori deserviat. Gum 
enim jejunat, vel eleemosynam facit, et ab 



5> 9 -^ 
Enoc , un philosophe qiii estoit dii lignage 

<VArabie , et estoit nomme Edrich , dist a son 

fih : Tonte ton ententc soit a cremir nostre Sei" 

gneury et tu aurasgloire sans travaiL UngphU 

losophe dist : Qui craint Dieu il craint toutes 

choses, Ung autre philosophe dist : Qui craint 

DieUy ilaime Dieu^ et qui aime Dieu^ iloheyst 

a Dieu. L^Arabien dist en son Ders : Tu ne es 

mie obeissant a Dieu , non pourquant tufais 

semblant que tu Vaimes , et ce nest mie creable 

chose : car se tu Vamojes Draiement^ tu obey^ 

roies a lui^ car quiaime^ il obeist. Socrates 

dit a son disciple : Garde que tu ne soyes ohe^ 

diens et non obediens a Dieu cn une mesme 

chose, Le disciple lui dist : Fay nous entendre 

ce que tu dis. Socrates dist : Laisse ypocrisie. 

Ypocrisie est quifairU amer devant les gensy 

et par derriere est inobediens, Vun des disciples 

Ini demanda : EsUil nulle autre maniere d^y- 

pocrisie de quoi on se doive garder? Socrates 

respondy : llestaucun homme quien appert y 

et non pas en derriere se monstre obcissant a 

DieUy pour ce que on lc tiengne poiir sainct 

hommcy et quc on lui porte plus d^honneur, 

U est un autre homme qui laisse celle ypo- 

'2 



eo qiueriiur si fecerit , respondet : Deus seit y 
vel non, ut in majori reverentia habeatur 
et dicatur quod hypocrita non est qui ho- 
minibus factum suum nolit propalari. Gredo 
etiam paucos esse qui aUquo hujus hypo- 
crisis genere non participent. Videte igitur 
ne hac seducti, laboris vestri praemio prive- 
mini , quod ne contingat omnia facite mundiSL 
intentione , ne inde gloriam habere quaerads. 
Dixit alius philosophus : Si Deo firmiter im- 
mitteris , omnia erunt prospera quocumque 
ieris/Balaam , qui Gngua arabica vocatur Lu- 
caman ' , dixit filio suo : FiU , ne sit formica 
sapientior te , quee congregat in aestate unde 
vivat in hyeme, Fili y ne si^t gallus vigilantior 
te, qui in matutinis vigilat, et tu dormis. 
Fili , ne sit gallus fortior te , qui justificat de- 
cem uxores suas , tu solam castigare non po- 
tes. Fili, ne sit canis corde nobilior te, qui 
benefactorum suorum non obliviscitur : tu 
autem benefactorum tuorum oblivisceris. 
Fili, ne videatujr tibi paxum unum habere 
inimicunK,. vel nimium mille habere amicos; 
dico tibi. 



> II << 

crisie et sert aplus grande, Car quant iljune 
ou ilfait aumosnes et on lui demande s Hl Va 
faicte^ il respond : Dieu ,le scet se je Vay 
faicte , oii non ; pour ce que on Vait en plus 
grande reverence^ etque on cuide cestui n'est 
pas jrpocrite quand it ne veult mie mamfester 
ce qu^Ufait* Je crojr que pou de gem soient 
qm ne partissent k celle maniere d^ypocrisie. 
Gardez^vous doncques que vous ne soyez mie 
de ceulx , et que vous neperdez mie le loyer 
de vostre traveilj et pour ce qu^elle ne vous 
ai^iengne ^faictes toutes choses a bonne inten^- 
tion , et ne querez mie a as^oir gloire de ce, Un 
autre philosophe dit : Se tu Vtffiezfeiinement 
en Dieu , ta chose te vendra a ta volente en 
quelque lieu que tu voises. Balaam , qui en 
la langue dArabieest nommez Lucaman^ dist 
a sonfilz: Soyes sages aussicomme lefourmil^ 
qui assemhle en Veste dont elle vit Vyver, 
Beaux filz^ ne soyes mie moins noble que le 
cfuen : il ne m^scongnoist mie ceuLc qui bien 
lui fbnt si comme tu fais. Beaux filz , fie 
soyes mie plus pareceux du coq qui justice 
dix femmes^ et tu n*en pues justicier une. 
Filz, se tu as un ennemiy c^esttrop. 



13 



FABULA I. 

/Arabs moriturus vocato filio siio dixit : Dic, 
fili, quot tibi , dum vixisti , acquisieris amicos? 
Respondens filius dixit : Centum , ut arbitror, 
acquisivi amicos. Dixit pater, quia philoso- 
phus dixit : Ne laudes amicum donec proba- 
veris eum. Ego quidem prior natus sum , et 
unius dimidietatem vix mihi acquisivi; tu 
ergo centum quomodo tibi acquisisti.^ Vade 
igitur probare omnes , ut cognoscas si quis 
hominum tibi perfectus erit amicus. Dicit 
fiUus : Quomodo consulis ? Dicit pater : Vitu- 
lum interfectum et frustatim comminatum 
in sacco repone , ita ut saccus forinsecus san- 
guine infectus sit , et cum ad amicum vene- 
ris, dic ei : Hominem, care mi, forte inter- 
feci, rogo te ut eum secreto sepeUas, nemo 
enim te suspectum habebit, sicque me sal- 
vare poteris. Filius fecit sicut pater imperavit. 
Primus amicus ad quem venit, dixit : Fer te- 
cum mortuum super coUum tuum ; sicut fe- 
cisti malum, patere satisfactionem , in do- 



i3 



CONTE I. 



Quant VArabien douU morir ^ il appella 
sonJUz et lui dist : Dy^Jilz^ quans amis a^^tu 
acquis en ta vieP Lefilz respondy : J^en ay 
cent acquiz si commeje croy. Lepere dist : Ne 
loe mie ton ami jusques a tant que tu Vayes 
esprouve. Je suiplus viel de toy^ et a paine 
ay-je acquiz la moitie d^un ami^ et toy^ cont' 
menten as acquiz cent? Or va doncques^ et 
se les espreuves tous , et saches lequel fest le 
plus parfait ami. Lefilz dist: Pere^ conseilliez 
moy commentje les esproweray. Dist le pere : 
Tu tueras un veel et le porteras a la maison 
de ton dmi par nuit , et diras : Jmis^ vechy 
ung homtne que fay tue y je te prie que tu 
Venfeuches priveement ^ nul ne Ven aura en 
souppecon, de ce fait , et ainsi me pourras^tu 
sauver mon honneur etma vie. Lefilzfist ce 
que le pere lui commanda. Le premier ami a 
qui il vint^ dist : Se tu as aporte ce mort sur 
ton coly si le remporte ; Se tu as fait le maly 
si enfay la penitance y car cn mon hostel nc 



» i4 « 

mum meam non introibis. Cum autem per 
singulos sic fecisset, eodem responso omnes 
responderunt. Ad patrem rediens , renuncia- 
vit quae fecerat. Dixit pater : Gontigit tibi ut 
dixit philosophus : multi «unt dum numeran- 
tur anaici, sed in necessitate pauci. Yade ad 
dimidium amicum quem habeo , ^ ride quid 
dicat tihi* Venit, el: siout aliis dixieiat huic 
dixit, cpii ait : Intra donaum, non eslhoc «e- 
cretum quod -vicinis debeat propalari. Emissa 
ergo uxore cum omni familia sua, sepuhur 
ram fodit Gum autem ille omniayideret pa- 
rata, rem prouterat disseruit :gratias agens. 
Demum retulit patri qu3^ fececat Pater Tero 
dixit : IVo tali amico philosophuB ait : hic 
est Tere amicus qui te adjuvat cum tibi ssb- 
culum deficit. Dixit filius ad patrem : Yidisti 
hominem qui integrum sibi amicum lucratus 
£ueritP Tunc pater : Non yidi quidem, sedau- 
diyi. Tunc filius : Renuncia mihi de eo, ^ 
forte talem mihi acquisiero. At paCer : 



enterras^tu ja. Et ainsi ala lejilz a tous lcs 
centf lesquelz il cuidoit ses amis , et tous lui 
respondirent ainsi comme le premier, Lefih 
retowma au pere et lui dist ce quHl avoitfait 
et irouve. Lepere lui dit : Ilt^est avenu ce que 
te phylosophe dist: Moult de gens sont appeU 
hz amis en prosperitey mais pou en sont au 
besoitig, Va k mon demi^ami que fay^ et 
saehes quHl te dira. Celiui innt a Iniy et lai 
dist ainsi qu'il anoit dit aux auiyes^ et U lui 
respondjr : Entre bientost en ma maison , car 
je ne ^vueil que nulz de mes voisins sache de 
ceste chose. Puis envoia safemme et sa mais^ 
nie hors de son hostely etfist unefiosse pour 
erifomr ee mort, Quant hfih vit que cellui 
aifoU ce appareillietj il Im dist : Je ^vous en 
rens grans graces^ et lid commenca afiaire 
tout son cffaireypuis s^en revint a son pere 
et lui raconta tout ce quHl avoitfait, Lepere 
lui dist : Cellui est vray ami qui t ^aime quant 
tous tes autres tefaillent. Lefilz demanda a 
son pere : Vcystes^vous oncques nul homme 
qtd eust acqtds un ami entierp Lepere dist: 
Je ne vejr oncques^ mais fen ay qy parler 
d*un* Lefilz dist : Percy je vous prie^ dictes 
moy comment. Le pere respondy : Je te le diray 
volentiers. 



i6 



FABULA II. 



Relatum est mihi de duobus negotiatori- 
bus quorum unus erat in iEgypto , alter Bal- 
dach , seque solo auditu cognoverant et per 
internuncios pro sibi necessariis mittebant. 
Contigit autem ut qui erat Baldach in negb- 
tiationem iret in .Slgyptum. iEgyptiacus au- 
dito ejus adventu , occurrit ei et suscepit eum 
gaudens in domum suam. In omnibus ei ser- 
yivit sicut mos est amicorum per octo dies , 
et ostendit ei omnes manerias cantus quas 
habebat in domo sua. Finitis octo diebus in- 
firmatus est , quod valde graviter dominus de 
amico suo ferens, accivit omnes medicos 
aegyptiacos ut amicum viderent. Medici vero 
palpato pulsu iterum et iterum respecta uri- 
na, nullam in eo cognoverunt infirmitatem, 
et quia per hanc corporalem cognoverunt 
infirmitatem, amoris sciunt esse passioneiti. 
Hoc agnito dominus venit ad eum et quaesi- 
vit si qua esset mulier in domo sua quam di- 
ligeret.«Ad hoc ajger : ostendc mihi omnes 



^ 17 <^ 



CONTE II. 



Jadiz fnejust dit qiie deux marchans es^ 
taimt; rimestoit m Egypte et Fait^Fe a Bal - 
dachy sin^ayoit.Vun oncques vu Vaup-e^ ains 
s^entrecongnoissoient par messages et par l^f" 
tres que Vwi envoioit a Vautre pour marchaU' 
dise. II avint que cellui qui estoit a Baldach 
ala en Egjrpte pour aucunes ses besoingnes, 
Quant cellui d^Egypte oy dire quHl venoity 
ii aUk encontre san ami et le recut Uement en 
son hostel^ et le s^iyi bien et honnourahlement 
si comme il affiert a amiy et le retintpar sept 
jours en sa maison , et lui monstra toutes ses 
ckoses. Au chiefde huitjours cestui marchant 
de Baldach fut moultfort malades , dont le 
seigfifiur de Vhostelfut moult dolent de son 
amiy et manda tous les bons m^decins d*E^ 
gjrptc quHls veni^sent h son hostel. Les me^ 
decias tc^ter^nt son pulz et regarderent squ 
orinCf et ne trouverent en lui quHl eust au- 
cune mdladie , et par ce congnurent-ih en lui 
quHl n^avoitfors la maladie d*amours, Quant 
le seigneur de Vhostel sceut ce^ il lui deman- 
da s*U aifoit en sa maison nullefemme quHl 
amast. Le malade dist : Montrez-moy toutes les 

3 



^ i8 « 
domus tuoD raulicres, et si forte inter eas 
hanc videro, til>i ostendam. Quo audito, 
ostendit ei cantatrices et pedisequas quarum 
nulla ei placuit. Post hoc, ostendit omnes 
filias, has quoque sicut et cceteras omnino 
repulit atque negglexit. Habebat autem do- 
minus quandam nobilem puellam in domo 
aua quam jamdiu educaverat ut eam accipe- 
ret in uxorem, quam et ostendit ei. ^ger 
vero aspecta hac ait : ex hac est mihi mori , 
et in hac mea yita. Quo audito dedit puellam 
in uxorem aegro cum omnibus quae erat cum 
ea accepturus , et praeterea dedit ci quae erat 
daturus puellae si eam acciperet in uxorem. 
His completis , accepta uxore et his quae cum 
uxore acceperat, et negotiatione facta , rediit 
in patriam, Gontigit autem post hoc ^gyp- 
tiacus omnia sua multis modis amitteret , et 
pauper effectus. cogitayit apud se quod iret 
Baldach ad amicum suum quem ibi habebat 
ut sui misereretur. Iter ergo nudus et fame- 
lius arripuit , atque Baldach intempeste noc- 
tis silentio pervenit, pudor autem eiobstabat 
ne domum amici adiret , ne forte incognitus 
taU tempore expelleretur , templum vero 



> 19 < 

/emmes de votre maisofiy ct seje voyceUeque 

j*awtey je le retendray\ Quant le seigneur oj 
ccy il lui monstra toutes les danioiselles dc 
layensj chamberieres et autres, Cellui les /d- 
garda, mais il n*en vey nulle qui luiplaist. 
Apres il lui monstra ser JilleSj mais il les ref' 

fusa toutes aussi comme les premieres. Le sei" 
gneur avoit une gentile damoiselle en sa mai" 
son^ laquelle ilgardoitpourprendreafemmej 
si lui monstra, Quant le malade la vitj il dist 
au seigneur : En cestepuceUe gist ma mort ou 
ma vie, Lors le seigneur oyant ces paroUes^ 
lid 4onna la puceUe hfemme et tout le douaire 
qu Hldevoit avoir avec eUcj et avec ce lid donna 
ce quHl devoit donner a la puceUe , s Hl Veust 
prise afemme, Quant ces clwsesfurentfaictesy 
et il eut prise safermne et Vavoir qu^il eut 
avec eUe , et il eutfaicte sa besoingne pour &- 
quelle il estoit venus en Egypte, il retourna 
en son pays. Aucun temps apres il avint que 
le marchant dEgypte perdy tout son ai^oir et 

fiU poi^res f sipensa en luimesmes quHlyroit 
voir son ami a Baldackpour savoir sHlauroit 
merci de lui, si se mist a la voiepovre et men* 
dianty et vint tantpar ses journees au mieulx 



quoddam intravit ut ibidem pernoclaret. Sed 
cum »bi anxius molta diu secum volyerety 
occuti^nt sibi duo viri prope templum in ci- 
vitate, quonim unus alium interfecit, clam> 
que aufiigit. Mtdti igitur cives pro strepitu 
decurrentes^y interfectum repperiunt et quse-- 
rentes quisnam horaicidium perpetrasset ^ 
intraverunt temphim sperantes homicidam 
repperire. ^gyptium vero repperunt ibi , et 
sciscitantes ab eo quisnam virum interfecis- 
set, audierunt ab ipso quia ego interfeci 
eum , paupertatem enim suam morte saltem 
fihire cupiebat : Captus itaque incarceratus 
est. Mane autem facto ^roducitur aifte ju- 
dices , et ihorte condempnatus ducitur ad 
crticem. Multi ergo de more occurrunt , quo- 
rum Unus fuit amicus ejus cujus cattsa adie- 
rat Baldach. Hic acutius eum intuetis de- 
prehendit esse amicum quem in JEgfpto Te- 
liquerat; reminiscens itaque bonorum quse 
Bibi in ^gypto fecerat, cogitans quia post 
mortem retribuere illi non poterat , mortem 
pro iUo se subire decrevit, voce ergo magna 
clamavit : Quid innocentem condempnastis , 
qtiove eum ducitis? non marlem meruit, 



> 21 «^ 

qu*ilpeuty qu^il aPri\^a a Baldack une vespree 
tart; mais honte hdfut d^aler en la maison de 
son ami h celle heure et ainsipovres , car il cre* 
moitque a teleheure iln*y fast mie congneusi; 
si ^ntra en un temple poury dormir la nuit, 
Ainsi comme il estoit Ih dolans et pensifs^ deux 
liommes aeoururent prez dutemple ou il estoity 
et VwvdeceS: deux occist VaiUrey puis s^en 
fouy le murdrier coyement, Les gens accou- 
rurent a la noise, et troui^erent cellui mort; 
sicommencerent a querir ceUui qui Vavoitfaity 
et entrerent ou temple pour savoir.se cellui j 
estoit boutez qui Vomicide avoitfaity sitroU" 
verent VEgyptien et lui demanderent qui cest 
homme avoit occiz. 11 respondy i JeVai tue; 
car paraifenture il avoit plusehieramorir que 
devivre en telepovrete; sifutpris et menez en 
prison, Au matin > onlemena devant lesjuges^ 
etfut condempnez a moriry slfut menezxau 
gibetpour pendre. Moult de gcns y acpoum" 
renty si comme coustume est , et entreles autres 
y fut Vami de VEgyptien qui jugiez estoity 
pour qui il estoit venus a Baldach, Si le re^ 
gurda moulty et eongneutque c^estoit son>ami 
qu^il oifoit laissie en Egypte^ et pensa que 
apres sa moH il ne luipourroit rendre les biens 
qu^il lui avoit faiz j si voult souffrir la mort 
pour luiy et eria aux juges h haulte voix : 
Pourquoi condempnez - vous cest hoinme P II 



^ 22 < 

ego virum interfeci. At illi inj«*rerurit maniis 
in eum, atque ligatum secum ad crucem 
traxerunt, aliumque a pocna mortis absolve- 
runt. Homicida vero in eodem agmine lioc 
intuens gradiebatur atque secum dicebat: 
Hunc interfeci et iste dampnatur. Hic inno- 
cens supplicio deputatur, ^go vero nocens 
libertate fruor. Quaenam causa est hujus in- 
justitiae ? Nescio , nisi sola Dei patientia sit. 
Verum Deus judex justus impunitum nul- 
lum scelus dimittit. Ne igitur posterius in me 
duriiis vindicet, hujus me prodam criminis 
esse reum, sicque eos solvendo a morte, 
quod commisi luam peccatum. Objecitque se 
in periculo dicens ; Me , me qui feci , istum 
dimittite innoxium. Judices autem non parum 
ammirantes, hunc , aUo a morte absoluto, Uga- 
verunt, jamque de judicio dubitantes , hunc 
ciun reUquis prius Uberatis ante regem ad- 
duxerunt eique omnia ex ordine referentes 
ipsum etiam hesitare compulerunt. Com- 
muni itaque consiUo rex eis omne crimen 
quod sibi imposuerant condonavit, eo ta- 
men pacto ut criminis sibi impositi causas 
patefacerent , at ilU rei veritatem ei expo- 
suenmt; communi autem consensu omni- 
bus absolutis , indigena qui prd amico mori 
decreverat, ipsum in domum suam intro- 
duxit, eique omni honore pro ritu facto in- 



S> 23 < 

n^a coii/p^s cn cefaitj oh le menez-^vous ? J^ay 
tue Vomine^ cestui u*y a mort desservie, Les 
juges jetterent lesmains a lui, si luilojerent 
les mains et le menerent au gibety et deUvrerent 
Vautre de mort, Cestui qui Vomme avoit tucy 
estoit entre les gens et vf ceste chose , si dist 
a luimesmes : Je tuay Vommcy pourquoy ceulx 
qui n*y ont coulpes sont condempnez a morir^ 
etje qui en sui coulpables en voj quittesy et 
si sui cause de toute ceste iniquitey et affln 
que Dieu ne me vende trop griefment ce mef- 
faitf je m^en vueil monstrer coulpabUs, si 
deliverrajr ces deux^ et soujferray lapaine de 
mon mesmes meffait, Ainsi se mistenperil et 
dist : Je suis cellui qui tuajr Vomme^ laissiez 
ceulx^cy qui n*y ont coulpes, Les juges s^es- 
merveilUerent moult et deUvrerent ceUui qui 
lojez estoit, puis amenerent ceUui et les deux 
autres devant le roy, et lui conterent tout ainsi 
. comme illeur estoit avenuy et le roy mesmesfut 
en douite dcfaire lejugement, En lafin le roj 
leur pardorma par commun conseil tout le 
meffait par tel si quHls lui desissent toutes les 
causes du mejfait quHlz avoient pris soubz 
eulxy et ilz lui en dirent Ui verite^ sifurent 
tous trois deUvrez par commun assentement. 
CeUui de Baldach qui voult morir pour son 
amiy Vemmena en son hostel, et mouh Von" 
noura et lui dist : Se tu Ven veulx r^aler en 



» 24 <? 

quit : Si mec^m manere acquiescis , omnia 
nobis , prout decet , erunt communia ; si vero 
repatriarc volueris , quae sunt mea sequa lance 
partiamur. At ille natalis soli dulcedine irre- 
titus, partem totius substantiae quam ei ob- 
tuleratrecepity sicque repatriaviy His itaque 
relati», inquit filius ad patrem : rix poterit 
repperiri amicus. 

Dixit alius philosophus : Propter amicos 
non probatos provide tibi semel de inimicis 
et millies de amicis , quia forsan quandoque 
amicus fiet inimicus, et sic levius. poteris 
requirere dampnum tuum. Item alius philo- 
sophus : Gaye tibi a consilio illius a quopetis 
consilium , nisi sit tibi fidelis comprobatus. 
Item alius : Consule amico tuo in bonum 
quantum poteris, etsi tibi credere noluerit; 
justum enim est ut sibi consulas, licetrectum 
ut inconsultus tuum non sequatur consilium. 
Alius : Noli consilium tuum omni hominire- 
velare; qui enim consilium tuum in corde 
suo retinet, sui juris est melius eligere. AUus : 
Consilium absconditum quasi in carcere tuo 
est retrusum ; revelatum vero te in carcere 
suo tenet ligatum. Alius : ne te associaveris 



^ a5 <E 
ton pays y partons mon avoir a moitie, Cellui 
d^Egjrpte desiroit r^aleren son pdfs, si retint 
.toutela moitie de Vasfoir que son ami lui offry, 
€t ainsi retourna en son pays, Quant le pere 
€Ut dicte ceste chosej lejils lut respondy : A 
paine pourroit-on trouver un ami en toute sa 
Tfie , et qui Va , si le garde bien , sifera comme 
sage. 

Un autre philosophe dit : Pour ses amis qui 
ne sont mie esprouvezy on espreuve maintesjbiz 
ses ennemis que on cuide ses amis , car les amis 
deviennent maintes foiz ennemis , et ainsi te 
pourras garder de dommage, Un phylosophe 
dit : Garde toy du conseil de cellui a qui tu 
demandes conseily sHl n*est moult ton loyal 
anU esprouve. lln autre dit : Conseille ton ami 
en hien tant comme tupues, combien quHlne 
t6 vueille mie croire ; car droit est que tu con" 
seiiles ton amijja soit ce qu V/ ne vueille suivre 
ton conseiL Un autre dit : Ne descuevre mie 
ton conseila toutes gensy car qui conseilade-^ 
dens son cuer, il puet eslire le meilleur. Un 
autre dit : Le conseil quiest enclos dedens son. 
cuer est ainsi comme en chartre emprisonnez , 
mais le conseil que tu as manifeste^ Va ainsi 



i> 26 < 

inimicis tuis , cum alios possb repperire so- 
cios : quad enim male egeris notabimt, quas 
vero bona fuerint devitabunt. Dixit quidam 
versificator : Elst una de adversitatibus hujus 
tfoeciili gravioribus libero homini quod neces- 
sitate cogitur ut sibi subveniat requirere ini- 
micum. Quaesivit quidam a quodam Arabe 
quae majbr adversitas contigit tibi in hoc 
sceculo ? Arabs : Necessitas compulit me 
convenire inimicum ut quae volebam mihi 
concederet. Alius : Ne te associes leccatori, 
cujus consortium est tibi dedecus. Alius : Ne 
glorieris in laude leccatoris, cujus laus est 
tibi vituperium, et vituperium laus. Quidam 
philosophus transiens per viam , alium phi- 
losophum repperit cum quodam leccatore 
jocantem , et ait : Sibi simile attrahere ada- 
mantis est. At ille inquit : Numquam me sibi 
adjunxi. Ad hoc transiens : Cur ergo ei ap- 
plaudebas ? At ille inquit : Non , sed magna 
necessitate cogitur etiam honestus homo la- 
trinam adire. Alius philosophus : Fili , grave 
est arduas mentiones ascendere et ab eisdem 
descendere facile. Alius philosophus : Me- 
lior est inimicitia sapientis quam amicitia 



^ 27 

comme loyet en sa chartre. Un autre dist: Ne 
t^dccontpaigne mie avec tes ennemis qiidnt tu 
pues avoir autre compaignie^ car ilz repren^ 
dent tesmatdi^ et se taisent de tes biens. Un- 
7}ersifleur dist : Neccessite est une des plus 
grandes adifersitez de ce siecle a hommefrancy 
car il est constraint de requerre ayde a son ami 
par neccessite, Ung homme deinanda conseil a 
un Arabien et dist : Neccessite me constraint 
que se je mon ennemi trais en cause y qu^il 
m^octroiera ce queje vouldray, Un autre dist: 
Ne i*acompaigne mie a lecheur de qui com" 
paignie tu ayes honte, Un autre dist : Ne te 
gloriffie mie se unjecheur te loe^ car sa loenge 
est hlasme , et son hlasme loenge. Un philoso^ 
phe trespassoit parmi une voie et trouva un 
autre philosophe jouant avec un lecheur^ si lui 
dist : La nature de Vayment est de attraire ce 
quil Im est semblable. A ce respondy le tres^ 
passant : Pourquoy joues-tu dont a lui? Cil 
lui dist : Par neccessite va Vomme a lafoiz a 
la chambre priifee. Un autre philosophe dit a 
sonfilz : Grieve chose est de monter en hautes 
jnaisonSj et legiere chose estdeen descendre. 
Un autre dist: Uayde du sage est meilleur que 
Vamistie dun sot. Un autre dist : Neprisemie 



» 28 « 

insipientis. Alius philosophus : Ne habeas 
pro magno amicitiam stulti, quia non est 
permanens. Alius philosophus : Dulcior est 
sapienti aspera vita inter sapientes, quam 
dulcis vita inter insipientes. Alius philoso- 
phus : Sapientiae duae sunt species , una na- 
turalis, altera artificialis, quarum una non 
potest manere sine alia. Alius : Ne commit- 
tas stultis sapientiam , quia eis esset injurio> 
sum , neque sapicntibus eam deneges , quia 
suum est eis conferre. Alius : Hujusmodi 
dona diversa sunt, quibusdam enim datur 
rerum possessio , quibusdam sapientia. Qiu- 
dam enim loquens filio ait : Quid malles tibi 
dari, censum an sapientiam? Gui fiUus : 
Horum quodlibet alio indiget. Fuit quidam 
sapiens versificator egregius, sed egenus et 
mendicus, semper de paupertate sua amicis 
conquerens , de qua etiam versus composuit, 
talem sensum exprimentes : Tu qui partiris , 
monstra cur pars mea mihi desit. Culpandus 
non es , sed dic mihi quem culpabo , nam si 
constellatio mea est mihi dura , a te quoque 
ed factum esse indubitabile est. Sed inter me 
idipsamtu orator et judexes. Tudedisti mihi 



29 « 
moult Vamistie d^un sotj car elle ne dure mie 

longuement. Un autre dist : Le sage aime 

mieubc a mesaise vii^re entre les sages^ que aise 

entre les sos, Un autre dist : Deux manieres 

sont de sapiencey Vune est naxurelle^ et Vautre 

est acquise par art, et nepuet Vune demourer 

sans Vautre, Un autre dist : Ne charge mie 

sens aux sos, car tu leurferoies torty et ne le 

refuse mie aux sages^ car c'est leur droit de 

Vavoir, Un autre philosophe dist : Les dons de 

ce monde sont dii^ers : aux uns sont donnecs 

richessesy et aux autres sens. Un autre philo* 

sophe dist a son filz : Lequel ameroies - tu 

mieulxy ou avoir^ ou sapience? Le filz res^ 

pondjr : Vun de ces deux a mestier de Vautre. 

II fut jadis un moult sage versifieury mais 

povre estoit et besoingneuxy et se complaignoit 

ades a ses amis de sa povretCy et enfist vers 

quiavoient tele sentence : Tu quiparSy dy moy 

pourquoy ma part y fault, Tu nefais mie a 

hlasmer de ce^ mais dy moy qui je en blasme" 

ray^ car se ma destinee est h moy durcy non 

pourquant certaine chose est que tu mefais 

ceste durte; mais tu es advocat et juge entre 

moy et ma destinee, Tu m^as donne sapience 

sans soustenance, dy moy quefera le sens sans 



^ 3o <€( 
sapientiam sine substantia, dic ergo mihi 
quid faciet sapientia sine substantia. Accipe 
partem sapientiae et da mihi partem pecunise. 
Ne patiaris me illo indigere , dampnum cujus 
erit mihi pudori. Dixit alius philosophus : 
Tribus modis unus indiget alio. Cuicumque 
benefeceris , in eo major eo eris , quo non 
indigueris , par ipsius eris ; quo vero indigue- 
ris , minor. Alius : Sapientia mortua cor- 
pora yivificat claritate sua , velut terra arida 
humiditate pluviae virescit. Alius : Glaritas 
animae est sapientia y census vero est claritas 
corporis. Discipulus magistro : Quomodo me 
habendo inter sapientes discipulos computa- 
bor ? Magister : Serva silentium donec sit tibi 
loqui necessarium. Maledicam linguam in- 
dictum emendat silentium; ait enim philo- 
sophus : Silentium est signum sapientiae, et 
loquacitas signum stultitiae. Ne festines res- 
pondere donec fuerit finis interrogationis , 
nec quaestionem in conventu factam sdlvere 
temptes , cum sapientiorem te ibi esse per- 
spexeris , nec quaestioni alii cuiquam' factae . 
respondeas , nec laudem appetas pro re tibi 
incognita. Philosophus enim dicit : Qui de 



3i < 

soustenance. fieprens une.partie de sapiencey 
et simedonne une partie de richesse. Ne me 
Jajrjnie^ avoir besoing de ce dont le dommage 
tourne a honte, Un autre philosophe dist : En 
trois manieres a Vun mestier de Vautre, A ceU 
lui a quitufais bien tu es plus puissant de lui, 
en ce que tu luifaiz bien, Tu es egal a cellui 
de quitun'as mie mestier; et de cellui de qui 
tu as mestier es - tu moindre en ce cas, Un 
autre philosophe dist : Sapience ravive parsa 
clarte les corps qui sont mors; ainsi comme ta 
humidite de la pluie raverdist les terres qui 
sont seches, Un autre dist : Sapience est la /tn 

clarte de Vame^ mais sens est la clarte du - « A ^ 
corp/.Unphilosophedistasonmaistre:;Com' \ ^ 



ment me mamterrai^je qffin queje soje contez 
entre les sages disciples? Le maistre respondy: 
Tien silencejusques a tant que soit besoing que 
tuparolles; silence est meilleur que langue mal 
parlant : car un philosophe dist : Silence est 
signe de sapienccj et moult parler est signe de 
sotise, Ne te haste mie de respondre devant que 
cellui qui demande aurafne son compte; et 
ne te haste trop de respondre a demande que 
onfait a autruiy et ne quiersmie ai^oir loenge 
de chose que tu ne scez : ccir le philosophe dist: 



» 32 « 

re sibi ignota laudem appeut^ illum menda-» 
cem probatio reddit. Alius : Acquiesce veri- 
tati sive a te prolatae, siye tibi objectse. Ne glo- 
rieris in sapientibus Tcrbis tuis , quia pf out 
philosophus testatur, qui in suis Verbis sa- 
pientibus gloriatur , stultus esse comproba- 
tur. Alius : Qui prudenter inquirere voluerit 
solutionem , prudenter intelliget. Alius : Qui 
brevi tempore pro pudore disciplinam non 
patitur y omni tempore in pudore insipientias 
permanebit. Alius : Non omnis qui sapiens 
dicitur sapiens est, sed qui discit et retinet 
sapientiam. Alius : Qui in doctrina defecerit, 
parum generositas sua ei proderit. Dogmate 
indiget nobilitas , sapientia vero experientia^ 



\ ■- - 



» 33 <sr 

Quiloenge quiert de chose qu'il ne scety il est 
mensongier prouve. Un autre dist : Congnois 
write soitpour tojy ou soit contre toy. Ne te 
glojifies mie en tes sages paroUes : car le phi' 
losophe tesmoingne que celluyqui se glori/ie en 
ses sages parolles est sot, Un autre sage dist : 
Qui sagement vuelt respondre a ce que on lui 
demande^ il doit sagement entendre, Quipour 
honte ne pmt souffrir discipline un pou de 
temps ponr aprendre^ il sera tousjours en la 
honted^ignorance, Unautredist: Tousceulx 
ne sont mie sageSy qui sont appellez sagesj 
mais cellui qui aprent et retient sapience. Un 
autre dit : A cellui qui ne ^eult estre doctri" 
neZy prouffitera pou sa noblesse. Nohlesse a 
hesoing d^enseignement et sapience d^experi^ 
ment. 



r *"*^^'- 



34 



FABULA III. 

Arabs : Quidam versificator prudens et 
facetus, sed ignobilis, cuidam regi versus 
suos optulit. Cujus notata prudentia , rex eum 
honorifice suscepit; huic igitur invidebant 
aUi versificatores sua superbi generositate 
regi convenientes ita inquiunt : Domine rex, 
cur hunc tam vili ortum prosapia adeo mag- 
nificas ? Ad hoc rex : Quem vituperare pu- 
tastis , magis laudastis. Ipse vero qui vitupe- 
rabatur haec adjunxit : Rosa ex spinis orta 
nequaquam blasphematur. Rex autem maxi- 
mis honoratum muneribus eum dimisit. 



Contigit ut quidam versificator nobili ortus 
prosapia , parum disciplinatus , regi cuidam 
versus suos offerret. Quos acceptos rex male 
quidem compositos sprevit, nihilque sibi 
dedit. Inquit igitur versificator regi : Si non 
pro versibus , saltem pro generositate aUquid 
mihi tribuas. Rex ergo ait : Quis est pater 
tuus ? At iUe sibi indicavit. Ait rex : Semen in 



A 



35 



CONTE III. 

Un sage versifieur qui n'estoit mie de noble 
ligniy offry jadis ses vers a un roj, Quant le 
rojr congnut sa sapience^ il le retint honnou" 
rablement; adont en eurent envie les autres 
versifieurs qui orguilleux estoient pour leur 
noblesse. Ih vindrent au rojr et lui dirent : 
Sire^ pourquoy honnourez^vous cellui qui est 
extrais de si basse lignie? A ce respondy le 
roj : Or ai^ez^vous plus loe cellui que vous 
cuidiez leplus blasmer, A ce dist leversifieur 
que on auoit blasme : La rose qiU naist d^es* 
pineSy n*est pas pour ce blasmee. Le roy Von" 
noura moult et lui donna grans dons a son 
partement. 

II avint que un autre versifieur estant de 
haulte lignicy pou disciplinez^ 9J[f^ ^^^ "^^^^ 
au roy. Le roy retint ses vers et ne lui donna 
riens. Le versifieur dist au roy : Se tu ne 
me vuelz donner pour mes vers , au moins 
donne moy pour ma noblesse. Le roy lui de^ 
manda : Qui est ton pereP Et cellui lui 
dist. Le roy respondy : La semence de tonpere 




» 36 « 
te degeneravit. At ille : Rex, saepe in fru* 
mento oritur siligo. Ad hoc rex : Te minoris 
generositatis quam patrem tuum probasti, 
illumque immunem sic dlmisit. 

Alius versificator item venit ad regera, 
patre ignobili , sed matre generosa. Incom- 
positus equidem incompositos optulit versus. 
Gujus mater habebat fratrem Utteratum et 
facetia splendidum. Rex autem eum nequa- 
quam honorifice suscepit , quaesivit tamen ab 
eo'Cujus filius erat, at ille praetendit ei avun- 
culum suum , unde rex in nimium risum se 
convertit. Aiunt ei sui familiares : Unde iste 
tantus risus procedit? Ait rex : Fabulam 
quandam in Ubro quodam legeram quam hic 
oculis conspicio. At illi : Quaenam est illa ? 
Ait rex : Mulum noviter natum vutpes in 
pascuis invenit, atque admirans ait : Tu quis 
es? Mulus dicit se Dei esse creaturam. Cui 
vulpes : Habesne patrem aut matrem ? Mulus 
ait : Avunculus meus est equus generosus. 
Sicut ergo muhis non recognoscit asinum pa- 
irem suum , eo quod pigrum et deforme ani- 
mal est, sic iste patrem suum cpnfiteri erubes- 



» iy <i 

fourligne en^ toy. Et cellui dist au rojr : Ou 
founnent naist^ a lafoizy croist soillez^ Ha^! 
respondjr lerofy maintenant as^tu prouve 
que tu es de moindi^e nohlesse que ton pere : 
et ainsi le laissa le roy sans lui rien donner, 
Un autre versifieur qui estoit gentil de par 
sa merey etpoint depar son pere^ vint au roy. 
II qui rude estoity offry au roy rudes vers, La 
mere de cellui versifieur avoit unfrere moult 
sage etprudent homme, Le roy ne le recut mie 
moult honnourailement y mais il lui demanda 
quifilz il estoit , et cellui lui nomma son oncle. 
Le roy commenca a rire, Ses gens lui deman^ 
derent pourquoy il rioit, Le roy dist : J^avoie 
n^a gaires leu une fahle en un livrej etje le 
voy cy a mes yeubc, Et ceuhc dirent , quelte 
fahle est doncques? Et le roy leur dist : Un 
renart trouva en un pasturage ung mulet nou* 
vellement ne, Le renart s'en esmerueil/a, et 
lui demxmda^ qui es - tu? Le mulet dist qu*il 
estoit une creature de Dieu. Dist le renart, as^ 
tu ne pere ne mere? Dist le mulet : Un gentil 
cheval est mon oncle, Ainsi comme le mulet ne 
vouloit mie congnoistre que Vasne fust son 
percy pour ce que c^est une heste parecheuse et 
layde^ pareillement cestui a honte de nommer 



$»• 38 « 
cebat pro incrtia sua incogpitum. Rex tamen 
convertens se ad versificatorem ait : Yolo ut 
indices mihi patrem tuum. At ille sibi indica- 
vit Cognovit igitur rex quia pater ejus vilis et 
indisciplinatus erat, et ait servis suis : Demus 
huic de rebus nostris j quia non degenerat. 

Arabs ait patri suo : Miror me legisse in 
temporibus praeteritis nobiles facetos sapien- 
tes honorari, modo vero soli honorantur lec- 
catores. Ad quod pater : Ne mireris , fili , quia 
clerici clericos, generosi generosos, faceti 
facetos honorant, leccatores a leccatoribus 
venerantur. Filius : Vidi et aliud , quod cle- 
rici pro sapientia sua non sunt honorati , 
unde facti sunt leccatores, et ad magnum 
venere honorem. Tunc paier ait illi : Hoc 
quidem hac inertia temporis contigit. Ad 
quod filius : Edissere mihi , pater carissime , 
veram nobilitatis diffinitionem. At pater : 
Ut, inquit Aristoteles in epistola sua quam 
Alexandro regi composuit, meminit, qui cum 
ab eo quaereret quem sibi ex hominibus con- 
siliarium faceret, taliter per epistolam res- 
pondit. Accipe, ait, talem qui septem libera- 
libus artibus sit instructus , industriis septem 



5> 39 «^ 

son pere qui n^estoit mie congneu par sapa' 
resse» jidonCy dist le rojr au versifieur : Je 
veiUl savou* qui est ton pere^ et il lui dist la 
^erite. Si congnut le roy que c^estoit un vil^ 
lain viel et rude, et dist a ses sergans : Donnez 
a cestui aucune chose , car il neJburUgne mie. 
UArahien dist a son pere : Je rne mer'- 
veille que oii temps qui est passe on soloit 
honnourer les nobleSy les courtois et les sages, 
mais maintenant on honneure sans plus les 
Jlateurs et bourdeurs, A ce respondy le pere : 
Filzy ne t^en mers^eille mie, car les clers hon^ 
neurent les clers , les nobles honneurent les 
nobleSy les courtois honneurent les courtois y 
et les mauifais lecheurs et Jlateurs leurs sem^ 
blables* Le Jilz dist : J^ay veu autre chose , 
c^estque les clers ne sont mie honnourez pour 
leur sapiencey mais les Jlateurs viennent a 
grans honneurs. Le pere respondy : Ces choses 
aviennent par la mamaistie du temps. Pere, 
dist le JUzy aprenez moy la vraie distinction 
de noblesse. Le pere dist : Si comme dist Aris^ 
tote en uneepistre quHlenvoia au r6y Alexan^ 
dre, Quant le roy lui demanda de quel homme 
iljeroit son conseillier^ il lui rescrivy en telle 
mxiniere : Prens tel homme qui soit bien apris 



s^ 4o •< 

eruditus , septem etiam probitatibus edoctus ^ 
et ego aestimo hanc perfectam nobilitatem. 
At filius : Haec nobilitas in tempore meo non 
contigit, immoauri et argenti tota estquam 
video nobilitas , ut ait quidem versificator : 
Glorificant gazae privatos nobilitate , pauper- 
tasque domum premit altera nobilitate. Ver- 
sificator quidam de adversitatibus saeculi quae 
superveniunt nobiles inquit : Dic illis qui pro 
adversitatibus quae nobis accidunt, nos con- 
tempnunt , quod saeculum nullis fecit contra*- 
rium nisi nobilibus tantum. Nonne vides 
quod mare devehit stercora et paleas , et pre- 
tiosi lapides in fundum vadunt ? Nonne vides 
quod in coelo sunt stellae quibus nescimus 
numerum ? At insuper nulla quidem patitur 
eclipsim , praeter solem et lunam. At pater : 
£x temporis inertia accidit quod homines in 
divitiis solum judicant gloriandum. Unus ex 
discipulis interrogavit magistrum suum di- 
cens : Cum septem sint artes et septem pro- 
bitates et*septem industriae, vellem ut has 
mihi, sicut se habent, enumerares. Magis- 
ter : Enumerabo. Hae sunt artes : dialectica, 
arithmetica, geometria, physica, musica, 



des sept ars liberaulxy bien enseignie des sept 
aUrempures et des sept proesces bien doctrinezj 
etje crojr que ce soit noblesse parfaicte. Dist le 
filz : Ceste noblesse n*est mie en mon temps, 
mais d^or et d^argent est noblesse dicte main" 
tenantf sicomme dist un versifieur : Richesses 
anoblissent ceulx qui ne sont mie nobles^ Un 
Dersifieur dist : Ce sont aversitez qui nous 
aviennentj car le siecle n'est a nuUui con^ 
traireforsauxnobles. Et ne vois-tu que Vava" 
ricieuxportelesperleset les pierres precieuses^ et 
ne vois^tu quHl a tant d^estoilles oii ciel que 
on n'en scet le conte^ mais nulle n^en sueffre 
Veclipse fors seulement la lune et le soleiL 
Dist le percy ce vient de la mamaistie du 
terhps que on loe et honneure les riches tant 
seulement. Un disciple demanda a son mais^ 
tre et dist : Ils sont sept ars et sept proesses 
et sept atrempanceSy je voudroie que tu me 
contaisses qui elles sont. Le maistre reS" 
pondjr : Je les te nommeray volontiers. Les 
sept ars de gramaircy logique, rethorique, 
arismetiquey geometrie^ musique et astrono^ 
mie \ Les proesses sont chevauchier, noery bien 

< L*ancieii traducteur a omis ici une partie du texte latin. 



astronomia. De septiina vero* diversae sunt 
plurimorum sententiae quaenam sitj philoso- 
phi qui prophetas non sectantur, aiunt ni- 
gromantiam esse septimam. Aliqui ex illis qui 
prophetiis et philosophiae credunt, nolunt 
esse scientiam quae res naturales vel elementa 
mundana praecellit. Quidam qui philosophiae 
non student, grammaticam esse affirmant. 
Probitates vero hae sunt : equitare , natare , 
sagittare, cestibus certare, aucupare, sca- 
chis ludere, versificari. Industriae sunt ne 
sit vorax, potator, luxuriosus, vinolentus, 
mendax, avarus et de mala conversatione. 
Discipulus : Hoc tempore puto neminem hu- 
jusmodi esse. Correxit quidam philosophus 
fiUum suum : Gave mendacium , quia dulcius. 
est carne voluchrum , cum aUis leve sit men- 
dacium proferre , quare videtur grave veri- 
tatem dicere. Alius philosophus : Si dicere 
metuas unde poeniteas , melius est njumquam 
dicere sic verecundia negandi, cave ne inferat 
tibi necessitatem mentiendi, quia honestius est 
rem negare quam longos terminos dare. Alius : 
si mendacio quiUbet salvatur, multo magis 
veritate servatur. 



» 43 «CE 
traire d^arc'^ bien jetter la pierre^ hienjouer 
de bastons d*armeSy oyseler^ jouer aux eschis 
et bien versifier. Les atrempances sont que 
homme ne soit mie oultrageuxj mengeur^ ne 
beuveur^ qu^ilne s^enysfrepas volontiersy quHl 
ne soit menteur^ ne avaricieuxj ne de mau^ 
paise contenanccy ne luxurieux. Dist le dis^ 
ciple : Je necroy mie quHlsoit hommevivant 
qui ait toutes ces choses. Un philosophe chaS" 
tioit sonfilz et lui disoit : Garde toy de dire 
mensongey c^est nne chose oii en enchiet plus 
Tfolentiers que a dire verite. Un autre dist : 
Garde que honte d^escondire ne teface men^ 
tiry car plus honneste chose est escondire la 
chose que de donner long terme. Se mensonge 
qyde a lafoisj mieulx doit aidier verite^ 



^44 •« 

Accusatus quidam ductus est ante regem 
judicem, negansque crimen impositum tan- 
dem convincitur. Cui rex : Dupliciter punie- 
ris, semel pro crimine commisso, secundo 
pro crimine negato. Alius cum similiter accu- 
satus quod commiserat non negavit, dixe- 
runt regi qui astiterant , de crimine confesso 
judicium sumet. Non ita, rex inquit, quia 
philosophus dicit : Confitenti peccatum ratio 
est relaxare judicium, sicque Uber factus 
a rege discessit. Socrates : Sicut homo men- 
dax in principiis comitatu non convenijt, sic 
a regno coelorum excludendu^ erit. Quidain 
philosophus dixit filio suo : Sicut ignis ignem 
non punit, sic malum malo non cedit; ut 
ignem aqua extinguit , sic bono malum qui- 
Ubet destruit. Ne reddas malum pro malo , 
ne sis similis malo, sed redde bonum, ut 
melior sis malo. Alius philosophus : Ne con- 
fidas in malo si periculum evaseris ut aUud 
ineas , quia iUud non facies ut simile per- 
transeas. Dixit Arabicus fiUo suo : Si videris 
quemUbet malis operibus praegravari, ne te 
intromittas , quia qui pendulum solverit , 
^uper eum erit. 



4S <k 

Un homme fiU jadis accuse d*un crime de^ 
vant le roj^, etfut amenez pourjugier, II nyoit 
le crime que on lui mettoit sus^ toutesfoiz il 
fut convaincus, Le roy dist : Tu seras dou^ 
hlement pugnizy V une foiz pour ton meffaitj 
et Vautre pour ce que tu as menti. Un autre 
homme meffist en tele maniere et ne nya mie 
le meffaity si dirent ceulx qui devant le roy 
estoientf il sera pugniz pour son meffaiU Non 
sera , dist le roy^ car le philosoplie dist : Qui 
congnoist son pechie^ on lui doit par raison 
pardonner sa paine, Ainsi se parti cellui im" 
pugny de la presence du roy. Socrates dist 
aussi : Si comme tomme menteur n^est mie 
conifenable en compaignie^ aussi.doit'il estre 
dessevrez du royame des Cieulx, Unphilosophe 
dist a sonfilz : Pareillement que Veaue estaint 
lefeu , ainsy destruit chascun le mal du bien. 
Ne rens mie mal pour maly affin que tu ne 
scyes sendflables aux mauvais. Un autre dist : 
Se tu as eschappe auperily ne te affie mie teU 
lementau mal que tu entres en un autreperily 
car tu n^en pourroyes mie par aventure si 
bien eschapper comme tufeis de Vautre, UAr* 
rahien dist a sonfilz : Se tu vois aucun qui 
soit agrevez pour ses mauvaises oeuvresj nete 
entremes mie de lui, car, qui larron jugiet des^ 
loye de la hart, il est subget a luf. 



46 



FABULA IV. 

Transiens quidam per sylvam , inyenit ser- 
pentem a pastoribus extentum et stipitibus 
alligatum, quem mox solutum calefacere 
curavit. Calefactus serpens circa foventem 
serpere coepit, et tandem ligatum graviter 
strinxit. Tunc homo : Quid , inquit , facis ? 
Cur malum pro bono reddis ? Ad haec ser- 
pens : Naturam meam facio. Bonum , ait ille , 
tibi feci , et illud malo mihi solvis ? lUis sic 
conlendentibus , vocata est inter eos ad ju- 
dicium vulpes, cui totum ut evenit ex ordine 
monstratum est. Tunc vulpes : De hac causa 
per auditum judicare ignoro, nisi qualiter 
inter vos primum fiierit ad oculum video. 
Religatur iterum serpens ut prius. Modo, 
inquit vulpes , o serpens , si potes evadere , 
discede ; et , homo , de solvendo serpente noli 
laborare. Nonne legisti quia qui pendulum 
solvit, super illum erit. 

Dixit Arabs filio suo : Si gravatus fueris 
aliquo modo et facile possis liberari, non 



47 



CONTE IV. 

Un homme trespassoit par uneforesty si 
trouva un serpent que les pasteurs avoient es* 
tendu et loye a petis bastons. Pitie prist a 
Tomme^ si le desloya et reschauffa en son sein, 
Quant le serpent senty la chaleur de Tomme^ 
il se loya entour lui et Testraint moult for^ 
ment. Haa^ dist l*omme, quefais^tup Pour-- 
qttoy me rens-tu mal pour bien? Le serpent 
dist : Je fais ma nature. Je Vay fait bien^ 
dit Vommcy et tu mefais maL Comme ils es» 
trivoient ainsy^ ils appellerent le renart pour 
faire ju^ement entr^eulx y et Ifii dirent tout 
ensi que auenu leur estoit. Le renart dist : Je 
ne saroie jugier ceste cause par oyr dire^ se 
je ne le veoie a Tueil ainsicomme ilfutpre^ 
mierement entre vous deux, Ilz reloierent le 
serpent ainsi comme devanU Or dist le renart 
au serpent : Se tupues y si i*en va; puis dist 
a Vomme : Or ne te traveille jamais de des^ 
loier serpent, Ne as^tu pas oy^ qui desloye le 
.pendable^ quHl sera subget a luiP 

UArabien dist a sonfilz : Se tu es agrevez 
en aucune maniere et tu te pues legierement 



48^ 

«xpectes, quia diim expectabis liberari faci- 
lius , gravaberis amplius , et ne tibi contingat 
quod contigit gibboso de versificatore. Et 
quomodo , inquit tilius ? 



FABULA V. 

Qtjidam versificator versus faciens praesen- 
tavit regi , et laudavit rex ingenium , jussit- 
que ut donum pro facto exposceret. Qui do- 
num tale expostulat ut se janitorem suae civi- 
tatis per mensem faceret, et ab omni gibboso 
denarium , de scabioso denarium , de mono- 
clero denarium, et de impetiginoso dena- 
rium, et de hernioso denarium haberet, quod 
rex concessit et sigillo roboravit. Qui , mi- 
nisterio suscepto, portae assedit et ministe- 
rium suum egit. Quadam die gibbosus bene 
capatus cum baculo port^ intravit, cui 
versificator obvius denarium postulat, qui 
dare denegat. Versificatore vim infereiite, 
dum caputium levat de capite, gibbosum 
deprehendit inonoclerum esse, duos ergo 
denarios postulat a quo prius unum expetiit. 



*^-^-..—- •■ -* 



» 49 "< 

deliifrerj n^attens mie longuementy cartandiz 
que tu attenderaSy ton cas se pourra plus le* 
gierement agrever^ et quilne Vaviengne ainsi 
comme il avint au bochu. Et comment Ven 
avint^il^ dist le filz? 

CONTE V. 

Un versifieurfuty dist le pere^ quifist de 
beaux vers et les presenta au rojr. Le roy loa 
mouh cellui et ses verSy puis pria le yersifiewr 
au rojr qu*il lui donnast un don^ Le roy lui / 

octroya, Le versifieur demanda qu Hlfustpor' 
tierde sa cite un moysy et que de chascun bo' 
chu ileut un deniery de chascun qui n ^eust que 
une oreille un denier^ d^un tygneus un deniery 
d*un roingneux un denier y et d^un rous un 
deniery et d'un borgne un denier, Le rojr lui 
octroia et lui afferma son don par ses lettres 
scellees de son sceL Quant cellui vcrsifieur eut 
receu ses lettres et son office , il ala seoir a la 
porte. llavintque un bochu bien vestu de robe 
et dechaperony apuiant d^un baston^ entra en 
lacite. Le versfieur lui demanda un denier^ 
et cellui ne lui voult mie donner, Le versi" 
fieur le traist par le chaperony si vit qu'il 

7 



/ 



I^ 5o 

Noluit dare , retentus est. Non babens auxi- 
lium fugere Toluit, sed per caputium re- 
tractus, capite nudato apparuit scabiosus. 
Interrogat protinus tres denarios. Videns gib- 
bosus neque fuga, neque auxilio se posse 
defendi, coepit vi resistere, defendensque 
se nudatis brachiis apparuit habens impeti- 
ginem ; quartum vero denarium postulat. Cui 
defendenti cappam abstulit, et cadente illo 
in terram, berniosum comperit, quintum 
ergo denarium extorsit. Sic contigit ut qui 
unum dare noluit, quinque invitus dedit. 



Dixit philosophus fiUo suo : FiU , vide ne 
transeas per sedem gentis iniquae , transitus 
namque causa fit status , status occasio ses- 
sionb , sessio causa operis. 



5i 



estoit borgne et lui demanda deux deniers y ct 
devant ne lui en demandoit que un, Cil lui 
denoya et s^en voult fouir y car il n*avoit nul 
qui luL aidast y et le portier Vaherdy par le 
chaperonj si iui descouvri la tdste et Dey qu*il 
estoii tygneuxy si lui demanda trois deniers. 
Quant le bochu vit qu 'il ne s 'en pourroitjbuir 
ne avoir ayde de se deffendre^ il s^efforca 
moult des mains et apparut en ses bras quHl 
estoit rongneuxy il lui tolfy sa chappe pour 
quatre deniers. Le bochu chey a terre et il vej 
quHl estoit derrompue^ si lui osta parforce 
cinq deniers. jiinsi avint que celluiquine lui 
voult donner un denier^ et puis Ven donna 
parforce cinq, 

Un phUosophe dist : Garde que tu ne passes 
par lieux de mauvaises gens^ affin que ton 
passer ne soit cause d^arrester^ et ton arrest 
ne soit occasion de seoir^ et ton seoir ne soit 
occasion d^euvre. 



FABULA VI. 

Dictum cst duos clericos de civitate exisse 
vespere ut expatriarentur. Venerunt ergo in 
locum ubi potatores conyenerant. Dixit alter 
socio suo : Divertamus alia via, quia philo- 
sophus dicit non transeundum per sedem 
gentis iniquae. Respondit socius : Transitus 
non nocebit, si aliud non fuerit; et trans- 
euntes audienuntin domo. cantilenam. Sus- 
titit alter retentus dulcedine cantus. Monuit 
socius ire, qui noluit. Receden^e socio re- 
mansit solus, illectusque cantu domum in- 
travit. Undique vocatus sedit, sedens cum 
aliis potavit. Et ecce praeco explbratorem ci- 
vitatis fugientem sequens , post illum domum 
potantium intravit. Invento exploratore in 
illa domo, ipse et omnes capti sunt : Hic, 
inquit, hospitium hujus exploratoris fuit, 
hinc exiit, huc rediit, omnes conscii et socii 
fuistis hujus. Ducti sunt omnes ad patibulum, 
et clericus inter illos magna voce praedicabat 
omnibus : Quisquis iniquae gentis consortio 



53 



CONTE VI. 

Carj ^ay oy de deux cerfs ' quiyssirentjadiz 
d^une cite vers le vespre pour aler eshanoier. 
llz vindrent en un lieu ou veneurs estoient 
assemblez, Uun dist a son compaignon : Alons 
par autre voie^ car le philosophe dist : 11 ne 
fait mie hon passerparDoie de mauvaise gent; 
le passery dist^ilj ne grieve point s^ilne vient. 
Ainsi quHlz trespassoient y ils oyrent chanter 
une chanson. Uun arreste pour la douceur du 
chant, Son compaignon Ven voultmenery mais 
cilz ne vouloit partir, Son compaignon s^en 
ala^ et cilz demoura et entra en la maison 
pourlechant, On Vappella detoutes pars y il 
s*assist et heut avec les autres. Atantestvenus 
un sergent qui suivoit une espye qui espioit la 
cite et le suivi jusques en celle maison ou les 
veneurs estoient, Si prist Vespie et tous ceulx 
de la maisony etdist : Cest Vostelde cest espie, 
II yssi 4^ cyy et sy y est revenus ; vous estes 
tous ses compaignons, Sifurent tous menez au 
gihetj et le cerf crioit a haute voix qu*il onc^ 

< Cerffl est mis ici ponr jeunes gens. 



l^ 54 <? 

fruitur , procul dubio mortis immerite poenas 
lucratur. 

Fertur de duobus discipulis quod exeuntes 
de quadam civitate yenerunt in locum ubi 
▼ox cujusdam foeminae valde sonora audie- 
batur^verbaque cantus bene composita erant, 
et cantus ipse musice constructus valde de- 
lectabilis et amatorius insonuit. Sustitit alter 
cantilena retentus , cui socius : Divertamus , 
et diverterunt hinc , quia interdum volucris 
decipitur cantu quo ad mortem producitur y 
et iterum unus : Ista vox dulcior est illa quam 
ego et magister meus jampridem audiera- 
mus. £t qualis erat, inquitalter, et quomodo 
illam audistis? Evenit, dixit socius, quod a 
civitate exieramus, et sic vo!x una asperrima 
audiebatur, et cantus incorapositus, verba- 
que inordinate sonabant, quique eantabat 
saepius per idemrepetebat, et suo licet aspero 
cantu quasi delectabili detinebatur. Tunc 
mihi magister : Si verum est quod homines 
dicunt vocem bubonis hominis mortem por- 
tendere, tunc ista sine dubio vox bubonis 
homini mortem annimtiat« Gui ego ; Miror, 



5d 



ques n^aifoiteste entre compaignie de mamaise 

^ent; et qui y va^ il acquiert paine de mort 

sans desert^. 

Un autre philosophe dit de deux clers qui 

yssirent d*une cite et vihdrent en ung lieu oii 
ih oyrent une voix haulte d^une /emme. La 
chanson estoit bienjaite et le chant estoit bel 
et delitable. Uwi s^arresta pour la doueour 
du chant et dist a son compaignon : Partons 
nous 4^ cjr. Ils s'en alerenty car ilz scavoient 
que Voisel est souvent deceu du chant de Voi* 
seleur si quHl en vient a la mort, Et Vun dist : 
Ceste voix est plus douce qne ceUe que mon 
maistre et moy oymes Vautrefois. Et quelle 
estoit^elle^ dist Vautre cierc, et comment Voy^ 
teS'VQ^s ? II avint, dist cellui, que nous estions 
yssus de la cite^ et oymes une aspre voix dont 
le chant estoit malfait et les mos mal ordou" 
nez, et cellui quicantoit recommencoit toudiz 
ce qWil aifoit dit^ et lui plaisoit son chant 
ainsicomme sHlfust delitables. Lors distmon 
maistre : Cest verite que les gens dient que le 
chant de chuette signifie mort d*homme, Je le 
dy et me men^ille pourquoy cestui se glorifie 
si en son chant qui est si horrible, II dist: Or 






». 56 

cum cantus sit tam horridus , cur iste tantum 
in illo delectatur. Et ille mihi : Non recorda- 
ris illius philosophi qui dicit : In tribus delec- 
tatur homo, et si bona non sunt , in sua voce , 
suo carmine , suo filio. Ut istud de se et de 
magistro narraverat, digressi sunt inde ambo. 
Dixit quidam philosophus filio suo : Se- 
quere scorpionem, leonem, draconem, sed 
malam foeminam non sequeris. Alius philo- 
sophus : Ora Deum ut te Uberet ab ingenio 
nequam foeminarum,.et tu ipse ne decipiaris 
tibi provide. Dictum namque est de philo- 
sopho quod transiens in talem locum quo 
auceps rete retenderat avibus decipiendis , 
vidit mulierculam cum eo lascivientem ; cui 
dixit : Qui aves decipere conaris, vide ne 
avicula factus hujus visco tenearis. Dixit 
quidam discipulus magistro suo : Legi in 
libris philosophorum quibus prsecipiunt ut 
ab ingenio foeminae perversae custodiat se 
homo , et Salomon in Proyerbiis hoc idem 
admonet*. Sed tu si super ingenio ejus sive 
de fabuUs, sive deproverbiis aliquid memo- 
riter tenes, veUem enarrando me instrueres. 

' Gap. V, vers. 8. nn^ainns St^ aipn Sk 



*.57 

ne te recordes^tu du renart qui dist : En trois 
choses se delite Vomme^ ja soit ce qu'elles ne 
soient mie bonnes^ c'est en sa voix^ en sa 
chanson et en lajin d*icelle. Quant cellui eut 
dittes ces choses^ il se parti dHllecques. 

Un philosophe dist a sonfilz : Sieus aincoTs 

le scorpiony le lyon et le dragon que la mau- 

Viuse femme, Un autre dist : Prie a Dieu quHl 

tegarde d^engiendemauvaisefemmey et si te 

garde que tu n^en soyes deceus, Unphilosophe 

DVt un oiseleur tendre aux oiseaulx et si se 

jouoit a une femm^y le philosophe lui dist: 

Toy qui tens pour prendre oyseaulx , garde 

que tu ne soyes pris au glu par cellefemme 

ainsi comme sont les oyseaulx, Un disciple dist 

jadis a son maistre : Pay leut livres dephilo^ 

sophie ou il commande que Vomme se garde 

de engien defemmey et Salomon Vammoneste 

mesmes en ses Proverbes, Mais se tu scez au^ 

cune chose de leurs engiens ou enfables ou en 

proverbeSy je te pnie que tu le m^ racontes, Je 

leferaiy dist lemaistrcy volentiers pour toy^ 

mais je crains que se aucunes simples gens 

lisent noz escrips que nous faisons des ars et 

8 



» 58 •«( 
Faciain, inquit, tui causa libenter, sed ve- 
reor ne si qui nostra simplici animo legentes 
carmina quae de mulierum artibus ad earum 
correctionem et tuam et aliorum instructio- 
nem scribimus, viderint videlicet quomodo 
earum, nescientibus viris , suos advocent 
amasios , et complectentes deosculentur ad- 
vocatos, et quae illarum expetit lascivia in 
ipsis expleant earum nequitiam in nos redun- 
dare credant. Discipulus : Ne timea» hoc , 
magister, quia Salomon in libro Proverbio- 
rum ', et multi sapientes pravos earum corri- 
gendo mores talia scripserunt, nec culpam 
sed laudem inde promeruerunt. Tu similiter 
de illis scribens, rogata sine cunctatione 
demonstra. Tunc magister. 

FABULA VJL 

Perrexit quidam vendemiare vineam : 
quod uxor illius videns, intellexit illum circa 
vineam diutius moraturum , et misso iiuncio 
convocat amicum , conviviumque parat. Ac- 

X V. 2 , 3 , 4 » ^> 6 , et alibi passim» 



des engiens desjemmes pour elles amender^ et 
pour toy et les autres instruire conunent elles 
appeUent leurs amis et accollent et baisent que 
leiirs mariz ne sceventpas^ et en ont leurs vo^ 
lentez , qu'elles ne cuident que nous le sachons. 
Dist le disciple : Maistre, nen doubtez mie, 
car Salomon oh livre des Proverbes et moult 
d^autres sages escrirent d*elles choses pour 
amender leurs mauvaises coustumes, et toutes^ 
Joiz ilz.n^en sont mieblasmeZy mais loez, Or 
me .dittes aussi de leurs coustumes. Dist le 
nuUstre. 



CONTE VII. 

Un hommey laboureur devignesy alajadis 
Tfendengier sa vigne, Safemme entendy qu*il 
devoit longuement demourer entour celle vigne, 
si appareilla a mengier et manda son ami. 11 
avint que un raim de la vigneferjr Vomme 



\ 



l^ 60 « 

cidit autem ut dominus ramo vineee in oculo 
percussus domum citb rediret, nihil de oculo 
percusso videns , veniensque ad portam do* 
mus suae ostium pulsavit» Quod uxor intel- 
ligens nimium perturbata convocatum ami- 
cum abscondit seorsum, domino suo postea 
aperire currit, qui intrans et graviter pro 
oculo tristis et dolens jussit cameram parari 
et lectum sterni , ut ibi posset quiescere. 
Timuit uxor ne intrans cameram amicum 
latitantem videret, dixit ei : Quid tantum 
properas ad^lectum? Dic mihi quid tibi sit 
prius. Narravitque ei totum ut acciderat. 
Permitte, inquit illa, karissime domine, ut 
oculum sanum medicinali arte confirmem et 
carmine , ne ita eveniat de sano ut mihi eve- 
nit jam de percusso , quia dampnum tuum 
commune est nobis. Apponens os suum ad 
oculum sanum tam diu fovit quousque a loco 
ubi erat absconditus amicus , viro nesciente , 
discessit. Tandemque se «rigens : Modo , in- 
quit , karissime vir^ sis secum^ ne similiter 
de hoc oculo eveniat qualiter de altero evenit. 
Jam, si placet^ potes ad lectum descendere. 
Tunc discipulus ait magistro : Bene me 



» 6i <i 

en Voeily pourquojril revint tost a sa maison , 

car il ne pouvoit veoirde Voeil bleschie y sivint 

et hurta a la porte, Quant lafemme le oy^ elle 

Jii mouit troublee et repust son amij puis cou" 

rut encontre son mari et ouvri Vuys, Uomme 

estoit douloureux et commanda que sa chambre 

fust appareillie pour lui reposer. La femme 

doubta que se il entrast en la chamhre quHl 

ne veist son ami qui Va estoit repus y si lui 

dist : Pourquoy vous hastez tant d'aler en 

"vostre litP Dictes^moy aincois comm^nt ilvous 

est, Le bon homme raconta ainsy que avenu 

lui estoit, Celle dist : Souffrez que je charme 

Voeil sain j affin que la doleur et le sang de 

Voeil bleschie n'y aviengne , car a vous est 

nostre commun dommage. Elle mist sa bouche 

encontre Veeil sain tant que son ami qui en la 

chamhre estoit muchiez sefu partis dHllecqueSy 

telement que le bon mari n 'en sceut rien. Adonc 

se leva elle et dist : Mon amy^ soyes seurs que 

de cestui oeil ne Vaviendra pas ainsi comme 

de Vautre. Or s*il te plaist^ tu pues aler a 

ton lit. 

Le disciple dist au maistre : Bien m'a5 main^ 



» 62 « 

instruxisti , et quod de illarum artibus retu- 
listi desideranti animo commendatur, nec 
quod inde scio pro diyitiis Arabum commu- 
tare volo, et si placet, progredere, et quod 
transferre in altum publicae amministratio- 
nis futurorum Taleamus edissere. Faciam, 
inquit. 



FABULA VIII. 

Dictum est de quodam qui peregre profi- 
ciscens commisit uxorem suam suae socrui. 
Uxor autem sua alium quemdam adamavit, 
et matri hoc indicavit, quae commota pro 
filia favit amori, et convocans eumdem coepit 
cum illo et filia epulari. Epulantibus illis su- 
pervenit maritus et ostium pulsavit. Et con- 
surgens mulier procum abscondit et ostium 
postea domino aperuit, qui, postquam intra- 
vit, ut lectus sibi pararetur praecepit, nam 
quiescere volebat et lassus erat. Turbata mu- 
lier dubitavit quid faceret. Quod videns ma- 
ter : Ne festines, inquit, filia, lectum parare 
donec monstremus lintheum marito tuo quod 



> 63 -^ 
tenant instruity et j^ajr bien mis en memoire 
ce que tu as dit de leurs ars ; je ne vouldroie 
mie avoir la richesse des Arabiens pour ce que 
fen scajr; sHl te^plaist^ dy aincoires. Etje le 
feray Dolentiers^ dist le maistre^ 



CONTE VIII. 

Un homme ala en pelerinage , si laissa sa 

femme avecques sa mere pour ce qu*elle fust 

plus seurement, Sa femm^ amoit un autre 

jone compaignon et le dist a sa mere^ laquelle 

souffry Vamour et coucha avec ette, Unjour 

avint que celluijone mengoit avec elles en leur 

hostely et tandiz le mari hurta a Vujrs, Sa 

femme se leva et repust son ami hastivement, 

puis ala ouvrir Vuys, Le mari entra ens et 

commxinda que son lit fust appareilliez ^ car 

il estoitfort lassez et traveillieZy si vouloit aler 

reposer, La femme fut dolente et esbahic , et 

ne sceut quefaire, La mere vitce, sidist: Ne 

te haste mie defaire le lit jusques a tant que 



» 64 « 

fecimus. £t extrahens lintheum vetula, quan- 
tum potuit unum cornu ilUus sustulit, et 
alterum filiae sublevandum dedit , sicque lin- 
theo extenso delusus est nifkritus quousque 
qui latuerat egrederetur amicus. Tunc ait 
filise suae : Extende lintheum super lectum 
mariti tui , quia manibus tuis et meis est 
compositum et contextum. Gui maritus : £t 
tu, domina, scis tale lintheum praeparare? 
£t illa : O fili, multa hujusmodi praeparavi. 



Ad haec discipulus : Mirabile quid audivi, 
sed vellem amplius me instrueres, quia quanto 
plus ingenium iUarum attendo , tanto magis 
ad mei custodiam exacuor. Respondit magis- 
ter : Adhuc tibi dicam et sic tibi ad instruc- 
^tionem exempla nostra sufficient. Discipulus , 
ut placet. 



65 <^ 

nous aurons monstre a ton seigneur les lin' 
cheux que nous avons fais, La vielle prist le 
lincheula Vun comet et le leQa devant Usyeulx 
.du mari au plus hault qu*ellepeut. Safille 
leva Vautre debout. Quant le lincueilfut ainsi 
estendus devant les yeulx du mari^ cellui qui 
muchiez estoit s^en ala. Quant il s^enfut alez , 
la mere dist a sa fille : Va estendre ces heaux 
lirtcheux sur le lit de ton mari, Dame , dist le 
hon mariy savez^vous faire telz Uncheux? 
Doulz amisy dist^elUy fen ay moult fait de 
telz, 

Dist le disciple : Je oy menfeilles ; je voul" 
drois hien que me monstrassiez aincoires de 
leurs arSy car com plus oy de leurs engins^ 
tant aprens a moy en garder, Dist le maistre : 
Je i*en diray aincoires , sitepourras instruire 
phr noz exemples, Dist le disciple : Bien^me 
plaist, Le maistre dist. 



66 



FABULA IX. 

Relatum est, inquit iterum, quod quidam 
proficiens commisit conjugem suam socrui 
suse servandam. Uxor autem introduxit ama- 
tum juvenem. Quibus epulantibus dominus 
yeniens januam pulsavit. Surrexit itaque uxor 
e't dimisit maritum intrare ; sed mater cum 
amasio filise remanens, quia locus ubi abs- 
conderetur non erat, quid faceret prius du- 
bitavit. Sed dum filia suo aperiret ostium 
marito, arripuit vetula nudum gladium et 
commisit amasio, jussitquc ut ante ostium 
in introitu mariti filiae suse stricto gladio sta- 
ret, et si aliquid ei maritus loqueretur, nihil 
responderet. Fecitut jusserat, et aperto os- 
tio, ut illum maritus sic stare vidit substitit. 
Quis, inquit, tu es? Quo non respondente 
cum primum obstupuisset, tunc magis exti- 
muit. Respondit intus vetula : Care gener, 
tace , ne aliquis te audiat. Ad hsec ille magis 
mirans : Quid hoc est, inquit, cara domina? 
Tunc mulier : Bone fiU, venerant huc tres 



•V ■ — 



67 



CONTE IX. 



// aifint jadis que un bon homme aia kors 

du pays et laissa safemmje en garde a sa m^re, 

Lafomme amena un jovencel a son hostel^ le* 

guel elle amoit* II avint que le mari vint tan^ 

diz quHlz se seoient au mengier^ ilhurta a la 

porte. Lafomme se leva et ala ouvrir Vuys a 

son mnri; mais la mere qui demeura a\^ec 

Vami de sajille ne sceut ^uele chosefairey car 

il n*y at/oit mie lieu ou elle le peust muchier, 

Tandiz donc que safille ouvroit Vuys a son 

maiyy la vielleprist une espee nue et le bailla 

aujovencel et dist qu^il le tenisttoute nue a 

Ventree de Vuys^ et se le mari luidisoit aucune 

choscj qu^il ne respondist riens. Ilfist le com» 

wjandement de la vielle, Quant Vuys fut ou* 

vert et le niari de lafille le vit la ester, il ar^ 

resta tout quoy etdist : Qui es^tuP Cellui ne 

dist motf ains tenoit Vespee toute nue em-- 

poingnie, Lemarifut tous esbahiz etse doubta. 

La vielle lui dist : Beaux filzy taisiez^vous 

que on ne vous oye, Ators s^esmers^eiUa plus 



» 68 < 
persequentes istum , et nos aperto ostio 
hunc cum suo gladio intrare permisimus 
donec discederent qui illum interficere vo- 
lebant, qui tunc timens te aliquem ex illis 
esse , stupefactus nihil tibi respondit. Et ait : 
Bene habeas, domina, quaehoc modo hunc 
liberasti a morte ; et introiens advocavit ama- 
sium uxoris suse et secum sedere fecit, sic- 
que dulcibus alloquiis delinitum circa noc- 
tem exire dimisit. 

Discipulus : Miranda dixisti, sed nunc 
magis illarum praraumptuosam miror auda- 
ciam. Yolo tamen ut adhuc mihi de earum 
ingeniis , si non fuerit grave , dicas. Quantum 
enim magis dixeris, tantum majora mere- 
beris. Ad quod magister : Nonne tibi suffi- 
ciunt ista ? Tria tibi narravi , et tu nondum 
desinis instigare? Discipulus : Tria dicendo 
nimium auges recitando numerum , si pauca 
sonuerunt verba. Dic ergo unum quod longa 
verbositate meas repleat aures, et sic mihi 
sufficiet. Magister : Cave ne contingat inter 
nos quod inter regem et suum accidit fabu- 
latorem. Discipulus : Quid , care magister , 
quid tandem accidit? 



» 69 
le mari que des^ant et dist : Belle dame , qiii 

est'il P La vielle lui dist : Trois hommes le 

suivoient maintenant et le vouloient tuer: nous 

ouvrismes Vuys etle laissames entrerceanSy et 

pour ce quHl craint que tu ne soyes Vun de 

ceulx^ ne veut^il respondre a toy, Damcy dist 

le maryy vousfoistes bien quant vous le deli- 

prastes de mort, II entra en la maison et ap^^ 

pella Vamide sa fomme et lefist seoiraveclui 

au disner. 

Le disciple dist : Tu m^as dit merueil/es y 

mais assez ne me puis esmersfeilUer de leur 

grant hardement, Je te prie que tu me dyes 

aincoires de leurs ars sHl ne te grieve. Dist le 

maistre : Ne te soujfist^il pas aincores quant 

tu en asoy dire trois exemples, Dist le disciple : 

Toutes ces trois n^ont contenu que un pou de 

parolleSy mais je te prie que tu me dyes une 

longue narration , si me tendray atant, Dist le 

rnaistre : Garde quHl ne Vaviengne ce qu'il 

avint entre le roy et sonfahuleur. Dist le dis^ 

ciple : Beaux maistre, quette chosefut-ce qu*il 

leur avint? Dist le maistre. 



70 



FABULA X. 



Rex quidam suum habuit fabulatorem qui 
singulis noctibus quinque sibi narrare fabu* 
las consueverat. Contigit tandem quod rex 
jcuris quibusdam sollicitus minime posset 
dormire, pluresque solito quaesiyit audire 
fabulas. Ille autem tres super hoc narravit 
fabulas, sed parvas. Qiisesivitrex plures. Ille 
vero nullatenus voluit, dixerat enim, sicut 
visum fuerat sibi, multas. Ad haec rex : Plu- 
rimas jam narrasti , sed brevissimas : vellem 
te aliquam rem narrare quae multis produca- 
tur verbis , et sic te dormire permittam. Con- 
cessit fabulator et sic incipit. 

Erat quidam rusticus qui mille soUdos ha- 
buit. Hic autem proficiscens comparavit bis 
mille oves , singulas sex denariis. Accidit eo 
redeunte quod magna inundatio aquarum 
succresceret, qui cum neque per pontem, 
neque per vadium transire posset , abiit soUi- 
citus quaerens quo cum ovibus suis transvehi 



» 7' 



CONTE X. 

Jadis fut un homme riche qui a^oit un 

fabuleur qui chascune nuit lui racontoit cinq 

fables, Avint une nuit que cestui homme qui 

rof estoit^ pensa tant a aucune chose qu'il n6 

povoit dormir. Quant lefabuleur eut dit cinq 

fableSy il lui requist qu'il en desist aincoires 

deux autres. Lefabuleur en dist trois petites. 

Le roy qui dormir nepovoit^ lui pria de ain^ 

coires une fable, Cellui ne voulty car il lui 

sembloit qu*il en avoit moult dit, Le roi dist: 

Tu en as dittes plusieurs y mais toutes sont 

brieves: je te pricy dy*ent une longue et puis 

je te lairay dormir. Lefabuleur lui octroia et 

dist en tele maniere. 

Un riche paysant fut jadis qui avoit mile 
solz, li achata deux mile brebisj chascune six 
deniers. Quant il res^int de lafoire les eaues 
estoient telement cruttes quHl nepeutpasser la 
riviercy et quist en quellieuou commentilles 
pourroit mettre oultre, En lafin trouva une 
petite naisselle ou il ne povoit entrer que deux 



posset. Inyenit tandem exiguam naviculam , 
et necessitate coactus duas oves imponens 
aquam transiit. His dictis fabulator obdor- 
miyit. Rcx siquidem illum excitans ut fabu- 
lamquam inceperat finiret, commonuit. Fa- 
bulator ad hoc : Fluctus ille magnus est, na- 
vicula autem minima, et grex ovium innu- 
merabilis , permitte ergo supradictum rusti* 
cum suas transferre oves, et quam incepi 
fabulam ad finem perducam. 

Fabulator etenim hoc modo regem longas 
audire fabulas gestientem pacificavit. Quod 
si amplius me praedictis etiam alia subtexere 
compuleris , jam dicti prsesidio exempli me 
deliberare conabor. Discipulus : Dictum est 
in antiquis proverbiis quod non eadem com- 
punctione dolet qui pro muneribus lacrima- 
tur , et qui sui corporis dolere gravatur. Ne- 
que regem adeo dilexit fkbulator sicut et tu 
me diligis. Yoluit enim fabulis suis eum ali- 
quantum seducere y sed praelibala mulierum 
ingenia pande. Magister. 



^ ^3 «^ 
brebis a lafois y si les comnienca a mettre oultre 
deux et deux. A ces paroles le fabulewr s ^en." 
dormi. Le roy Vesveilla^ et lui commanda a 
pardire la fable quHl avait commencie. Le 
fabuleur respondy : Sire^ la riviere estgrande 
et largey la naisselle estpetitCy etsy j a moult 
de brebis : souffrez que le bonhomme ait mis 
ses brebis oultre^ et puis je acheveray lafdble 
que fay commencie, 

Lefabuleur appaisa en tele maniere le roy 
qui oyr uouloit longuesfailes, Setu me cons^^ 
trains de plus dire , je useray de tel exemple, 
Le disciple dist : On dist en anciens proverbes 
que cellui ne se deult pas en tele maniere qui 
pleure pour avoiry que cellui qui pleure pour 
doleur de corps. Ne le faiuleur ne ama pas 
tant le roy comme tu me aimeSy car il se voloit 
excuser au roypar sesfables; mais , je teprie, 
instruis^moy aincoires de Vart desfemmes. Le 
maistre dit : Folentiers leferay. 



lO 



I 



74 



FABULA XI. 

Dictum est quod quiclam nobilis progenie 
haberet uxorem castam nimium et fornio- 
sam. Contipt forte quotl orationis studio 
Romam ^ellet adire, sed alium custodem 
uxoris sux nisi semetipsam noluit deputare , 
illius castis moribus satis confisus et probi- 
tatis honore. Uxor rero caste viyendo et in 
omnibus prudenter agens remansit. Aecidit 
landem quod necessitate compulsa a donio 
sua propria suam conventura vicinani egre*^ 
derelur, quae peracto negotio ad propria 
remeavit. Quam juvenis aspectam ardenti 
amore diligere ccepit, et ad eani plurinios 
direxit nuncios , cupiens ab illa quantum 
amabat amari. Quibus contemptis eum peni- 
lus sprevil. Juvenis cum se sic contemptuni 
sentiret, dolens adeo efficitur ut nimio infir- 
mitatis onere gravaretur, ssepius tamen illuc 
ibat quo dominam egressam viderat, desi- 
derans eam convenire, sed nequaquam valuit 
efGcere. Cui prae dolore lacrimanti fit obvia 



73 



CONTE XI. 

Jadis fut un gentil homme qui avoit une 
moult belle et chaste femme, Ai^int que cestui 
homme voult aler a Rommepour aifoir abso* 
lution de ses pechieZy et laissa $a femme a 
son hostel sans autre garde, car il sefroit 
moult en ses honnes moeurs et en sa bonne con'" 
versation, Lafemme demoura et vesqui chaS" 
tement et honnestement. Un jour avint que 
cellefemme ala veoirsa voisine, etpuis revint 
a son hostel, Un jovencel le vit^ si se com» 
menca a amer ardamment et envoia moult de 
messages a elle pour avoir son amour; mais 
elle ne se vouloit nullement consentir a teUes 
parolles. Quant lejovencel vit qu'elle le deS" 
prisoit ainsiy il en eut si grant doleur qu^il en 
chey en une tres^grande maladie ^ et nonpour* 
quant il aloit souvent la oh il veoit la dame 
alery car il desiroit aparler a ellcy et nepovoit 
trouver lieu, Avint quHl commenca a plourer 
pour le grant dueil qu *il avoiiy si eneontra une 
vielle qui lui demanda la cduse de celledoleur; 



3»- 76 <5 
anus religionis habitu decorata quserens quae- 
nam esset eausa quae eum dolore compel- 
leret; sed juvenis quid in sua versabatur 
conscientia minime detegere volebat. Ad 
quem anus : Quanto quis infirmitatem suam 
medico revelare distulerit, tanto graviori 
morbo attritus fuerit. Quo audito narravit 
ex ordine quae acciderant et suum propalavit 
secretum. Cui anus : De his quae jam dixisti 
Dei auxilio remedium inveniam , et eo relicto 
ad propria remeavit. Quae caniculam quam 
apud se habebat, duobus diebus jejunare 
coegit. Oie tertia panem synapi confectum 
jejunanti largita est, quae dum gustaret, pro 
amaritudine oculi ejus lacrimari coeperunt. 
Deinceps anus illa ad pudicae domum foe- 
minae perrexit quam juvenis praedictus ad- 
amayit , quae honorifice pro magnse religipnis 
specie ab ea suscepta est. Hanc autem sua 
sequebatur canicula. Cumque vidisset mulier 
illa caniculam lacrimantem, quaesivit quod 
haberet et quare lacrimaretur. Anus ad hoc : 
Cara amica, ne quaeras quid sit, quia adeo 
magnus dolor est quod nequeo dicere. MuUer 
magis instabat ut diceret, cui anus : Haec 
quam conspicis caniculam mea erat filia casta 



77 
mais lejovencelse doubtoit, a descouvrirde ce 

quHl avoit, La vielle dist : Tant plus coile 

homme sa maladiey de tant lui grieve elle 

plus. Quant le jone gallant oy la vielle ainsi 

parlerj il lui ra^onta tout ce quHl lui estoit 

avenu^ et lui dist etpria qu^elle le tenist secret, 

La vielle dist : De ce te donrai^ge bon conseil^ 

si vint a sa maison et laissa ahr le jovenceL 

Elle avoit une chiennette , laquelle elle fist 

juner deux jours , et au tiers jour lui donna 

a mengierpain trempe en moutarde. Quant la 

chiennette Veut mengie^ les yeulx luiplourerent 

d^angoisse, Tantost la vielleprist sa chiennette 

et s^en ala a Vostel de la dame que le jovencel 

amoit. La dame le receut honnestement pour 

sa simple conversation, Quant la dame vit la 

chiennettCj elle lui demanda qu*elle avoit et 

pourquoy elle plouroit. La vielle respondy : 

Douce amicy me demandez^vous qu^elle a? 

Je vouspricj ne me le demandez plus y carj^en 

ay sigrant doleur que je ne le scay a qui dire. 

Adonc la dame liUpriaplus que devant qu* elle 

lui deist. Lors dist la vielle : Ceste chiennette 

que vous veez cy est mafille, laquelle estoit 

moult belle et vivoit moult chastement, Un 



^ 7" '^ 
nimis etdecora, quam juvcnis adamavitqui- 

dam ; sed adeo casta erat, ut eum omnino 

sperneret, et ejus amorem respueret. Unde 

dolens adeo efficitur, ut magna aegritudine 

stringeretur, pro qua culpa miserabiliter haec 

$upra dicta filia mea in caniculam mutata est. 

His dictis prae nimio dolore erupit in lacrimas 

anus illa. Ad haec foemina : Quid , cara do- 

mina, simiUs peccati conscia, quid, inquam, 

factura sum ? Me etenim dilexit juvenis , sed 

amore castitatis eum contempsi , et simili 

modo ei contigit. Cui anus : Laudo tibi , cara 

amica, ut quam citius poteris hujus mise- 

rearis et quod quaerit facias , ne et tu simili 

modo in canem muteris. Si enim scirem inter 

juvenem praedictum et filiam meam amorem , 

numquam in canem mutaretur filia. Cui ait 

mulier casta : Obsecro ut consilium hujus rei 

utile dicas , ne propria forma privata efficiar 

canicula. Anus : Libenter pro Dei amore et 

remedio animae meae, et quia misereor tui, 

hunc supradictum juvenem quaeram, et si 

quo invenire potero, ad te reducam. Cui 

gratias egit mulier, et sic anus artificiosa 

dictis fidem praebuit. Quem promisit reduxit 

juvenem , et sic eos adsociavit. 



79 
jovencel Vamoity mais elle estoit si chaste 

qu^elle desprisoit et reffiisoit cellui qui la ^voloit 

aiHer, Le jo\^encel eut si grant doleur quHl 

eti chey ert une grande nialadiey et pour cc 

meffait ma chaitive fiUe fut muee en chien"- 

nette. Et quant la vielle eUt ce dit, elle cotft" 

mencd a larmoier et a dolouser. Et cofnnterit , 

dist celle qui se sentoit coulpahle de ce meffait^ 

que ferai^ge y dame? Un jovencel m^aima eti 

celle maniere comme vous dittes , et je Vay 

desprisie pour ma chastete garder^ dont il est 

malade, Dist la vielle : Chiere amicy je tc 

conseille que tu ayes merci de lui au plus tost 

que tu pues^ et si fay ce quHl requiert affin 

que tu ne soyes muee en chiennette ; et s'il te 

plaisty pour Vamour de Dieu et de toyjeyray 

volentiers devers lejovenCel et luiferay assa^ 

i^oir ta honne volerUe^ sHl te plaist le moy 

nommer, La dame Ven remercia moultdefois^ 

et ainsi U fist la vielle croire en ses dis par 

engien et par arty et amena le varlet ainsi 

qu^elle lid promist , et les accoupla en tele 

maniere. 



3»> 8o < 
Discipulus magistro : Numquam audivi 
tam mirabile quod et puto fieri arte dyaboli. 
Magister : Ne dubites» Discipulus : Spero 
quod si quis tam sapiens erit utsemper timeat 
se posse decipi arte mulierb, forsitan ab illius 
ingenio se custodire valebit. Magister : Au- 
divi de quodam homine qui multum laboravit 
ut suam custodiret, sed nihil profuit. Disci- 
pulus magistro : Dic mihi quid fecit, ut me- 
liussciam, si quam duxero, iUam custodire. 
Magister. 



FABULA XII. 

Quidam juvenis fuit qui totam intentionem 
suam et totum senstim et adhuc totum tem<> 
pus suum misit ad hoc ut sciret omnimodam 
artem mulieris, et hoc facto voluit ducere 
uxorem. Sed primitus perrexit quaerere con- 
silium et sapientiorem illius regionis adiit 
hominem. Qualiter custodire posset quam 
ducere volebat quaesivit uxorem. Sapiens 
vero hoc audiens sibi dedit consilium quod 
construeret domum altis parietibus lapideis , * 



^ 8i «< 

Dist le disciple : Je rCoy oncques tele mer'^ 

veille; cefuty distnly par art de dyable. N^e/t 

doubtez mie, dist le maistre. Le disciple dist : 

Je crojr que s ^aucun estoit qui s ^entremist tous^ 

jiyurs a estre garde d^art de femme, que a 

pou ou nullement s^en pourroit^il garder. Le 

maisire dist : J*ajr ojr parler dun'homme qui 

laboura moult ad ce qu*il peust garder sa 

femme , mais il laboura en vain. Le disciple 

dist aumaistre : Dy mojr quHlfisty iiffin que 

se je prens femme, je sache comment j'e le 

pourrajr garder. Le maistre disU 



CONTE XIL 



Vn jos^encel fut jadis qui mist toute son 
entente ad ce qu'il sceust toute maniere d^art 
de femme, Apres ce il vouit prendre femme ; 
^ais premierement il ala querre conseil au 
plus sage homme de toute la contree, et lui 
demanda comment ilpovoitmieux garder une 
femme quHlvoloitprendre. Le sagehomme lui 
dist qu^ilfeist une maison a hautes parois de 
pierre , etmist safemme dedens , et lui donnast 



II 



»■ 8a <«! 
poneretque intus mulierem, daretque sibi 
sads ad comedendum et non superflua indu- 
menta , faceretque ita domum quod non esset 
in ea nisi soluin ostium solaque fenestra per 
quam videret, et tali altitudine^per quam 
nemo intrare posset vel exire. Juirenis yero , 
audito consilio sapientis, siouti ei jusserat 
egit. Mane yero cutn juyenis exibat de domo , 
ostium firmabat et similiter quando intrabat. 
Quando autem dormiebat^ sub capite suo 
clavem abscondebat. Hoc autem longo tem- 
pore egit. Qua.dam yero die dum juyenis iret 
ad forum , mulier , ut erat solita facere , as- 
cendit fenestram et euntes et redeuntes in- 
tente aspexit. Hac una die cum ad fcnestram 
staret, yidit quemdam juyenem formosum 
corpore atque facie, quo yiso statim illius 
amore succensa fuit, et ut supra dictum est, 
custodita coepit cogitare quoniodo et qua arte 
posset loqui cum adamato juyene. At ipsa^ 
plena ingenio ac dolositatis arte cogitavit 
quod clayes domini sui furaretur dum dor- 
miret, et ita egit. Heec yero assueta erat 
dominum suum unaquaque nocte inebriare 
vino ut securius ad amicum suum posset 



AaB»<^-^. 



» 83 « 
<assezamengier et non pas trop a vestir; etjist 
Ja maison en telle maniere quHl n*yeust que 
un huis et une/enestre pour avoir la lumierey 
et si haulte que nul homm^ ne peust par la 
entrer nejrssir. Lejoi^enceljist tout ainsi comme 
le sage lui avoit enseignie* Au matin quant le 
jovencel yssoit de sa maison , Ufermoit Vuys , 
et quant ily entroit aussi; et quant iidormoiiy 
ii mettoit ia olef dessoubz son chi&f^ et fist 
ainsi long tems. Ung jour tandis que le jo^ 
vencel estoit au marchicy la femme monJta a 
lafenestre ainsi comme elle soloil , et esgarda 
moult bien tes alans et les venans. Elle vit 
un jovencel bel de corps , deface et de main'' 
tieUy sifut tantost esprise de son amour et 
commenca a penser comment et par quel art 
elle pourroit parler a lui que elle tant amoit. 
Sipensa que par aucun engien elle embleroit 
les clefs de son seigneur tandiz quHl dormiroiu 
^insi se d^iermina la dame et commenca a 
enyi^rer son mari de vin chascune nuity q^n 
qu^elle peust plus seurement yssir de la mai- 
soUy et aler a son amy pour aocomplir sa vo^ 
lente. Le mari qui hng tems aiH^it mis a sayoir ' 
toute maniere dlengien et art defemnte^ com" 



» 84 

exire et suam voluntatem eitplere. Dominus 

vero illius philosophicis jam edoctus monids 

sine dolo nullos esse muliebres actus ^ coepit 

cogitare quid sua conjux strueret frequenti 

et cotidiana potatione , quo4 ut sub occulto 

poneret se finxit ebrium esse. Cujus rei mu- 

lier inscia de lecto nocte consurgens, perrexit 

ad ostium domus, et aperto exivit ad ami- 

cum. Yir autem suus in silentio noctis sua- 

yiter consurgens , venit ad ostium et apertum 

clausit, firmavit, fenestram ascendit, stetit- 

que ibi donec in camisia uxorem suam re- 

vertentem vidit, quae domum rediens ostium 

pulsavit. Vir raulierem suam audiens et vi- 

dens, ac si nesciret interrogavit quis esset. 

At ipsa culpae veniam petens et numquam 

amplius se hoc facturum promittens nihil 

profecit, sed vir iratus ait quod eam non 

intrare permitteret, sed esse suum suis pa- 

rentibus ostenderet. At ipsa magis et magis 

clamans dixit quod nisi ostium reduderet, 

in puteum qui juxta domum erat saliret et 

ita vitam finiret, sicque de morte sua amicis 

et propinquis rationem redderet. Spretis mi- 

nis dominus susd muUeris , intrare non per- 



85 < 

menca a penser pour quoy sa femme le eny^ 

vroit chascune nuity sifaingnjr une nuit qu^il 

-estoityvre, Celle owri secretement Vuys etyssi 

pour aler a son ami, Le mxiri qui point ne 

dormoitj^ se leva tout coyem^nt et s*en ala a 

Vuys^ si le ferma et monta a safenestrcy et 

fut la en sa chemise jusques a tant quHl 'vit 

sa femme reveniry et lui demanda qui eUe 

^stoity ainsi comme cellui qui n ^en sceust riens. 

La femme lui pria merci et lui promist que 

jamais telcas ne lui a^endroit. Prieres ne tui 

7>alurent riens^ car le mari estoitiriez et cour^ 

rouchiezy si dist qu^elle h*y enterroit point^ 

ains monstreroit k ses parens de quelle vie elle 

-estoit. Et elle commenca a prier de plus en 

plus et dist que sHl ne lui ouvroit VuySy elle 

sauldroit oupuis qui estoit pres de celle mai^ 

sony si lui conviendroit rendre raison de sa 

mort a sesparens et amis, Le mari dist etjura 

qu^elle n*y enterroit ja. La dame qui estoit 

plaine de art et d*engin , prist une pierre et le 

jetta oUpuis et pensa que son mari penseroit 

au son de lapierre qu^ellefust cheutte dedens 

le puis. Quant lafemme eut cefait^ elle se 

miicha etplus nedist fnot. Uomme qui simple 



> 86 < 
misit. Mulier vero pleni^ arte et calliditate 
suinpsit lapidem quem projecit iik puteum , 
hac intentione ut vir suus audito sonitu la* 
pidb in puteum ruentis putaret sese in pu- 
teum cecidisse, et hoc peracto muUer post 
puteum se abscondit. Yir simplex atque in* 
sipiens, audito sonitu lapidis in puteum ruen- 
tis , mox de domo egrediens , celeri cursu ad 
puteum venit, putans v^rum esse quod mu- 
lierem ^udbset cecidisse. Mulier vero videns 
ostium domus ^pertum, et non oblita est 
3U89 arti^ 9 iptravit domum 9 firmatoque ostio 
ascendit fenestram* lUe autem videns se esse 
4ecep|um, inquit : mulier fallax, plena 
arte dyaboU , permitte me intrare , et quic- 
quid mihi foris fecisti me condonaturum 
tibi crede. At illa eum increpans introitum- 
que domus omnino et sacramento denegans 
ait : O s^ductor, tuum esse atque tuum faci-' 
nus p^entibm tuis ostendam , quia ^inaqua'- 
que nocte es sollicitus ita fiirtim a me exire 
et meretrice* adire; et ita egit. Parentes vero 
haec audientes atque verum existimantes in- 
crepaverunt eum , et ita mulier illa hberata 
arte sua flagitium quod meruerat in virum 



87-« 

estoit, quant il oy le son de la pierre oii puis, 
cuida qu^elte fust saillie dedens le puis y si 
yssi de sa maison et s^en ^vint courant au puis 
cuidant qu^ellefust nojree ; tnais la/emme 
qui muchie estoit^ quant e/le Vejr Vuys de sa 
maison ouverty ne s^oublia mie, ains entra 
coyement en la madson etferma Vuys sur son 
mari, puis monta a lafenestre, Uomme qui 
estoit cUnsi deceu^ commenea a dire : O tu 
femme decevable plaine de Vart du dyable, 
biisse mojr entrer layens etje te pardonneray 
tpn malfait, Celle le commenca k blasmer et 
vituperery et jura qu*il fa h*jr enterroity ^ti 
criant et disant telles et semblables parolles : 
Haa, desloyal homme, je monstreray h mes^ 
parens et amis et aux tiens aussi comment tu 
esfauh et desloyal^ et comment chascune nuit 
tu te depars de moy et vas h tes foles femmes 
et ribaudes, et ainsi le fist-elle, Quant tes 
parens oyrent ce, ilz cuiderent que cefust 
verite , si Ven blasmerent et moult lui dirent 
de villonie. Ainsi se deUvra lafemmeparson 
art et encoulpa son mari de ce qu'eiie mesmes 
avoit desservi* Ainsi ne prouffita gaires a 
Vomme ce quUl regarda ou sa femme aloit. 



> 88 « 
detrusit, cui nihil profuit immo offuit mu«- 
lierem custodisse. Nam iste etiam accidit 
cumulus miseriae quod existimatione pluri- 
morum quod patiebatur meruisse crederetur, 
unde quidem bonis quampluribus pulsus , di- 
gnitatibus exutus , existimatione foedatus ob 
uxoris maliloquium, incestus tulit supplicium. 
Discipulus : Nemo est qui ab ingenio mu- 
lieris custodire se possit, nisi quem Deus 
custodierit , et hsec talis narratio ne ducam 
uxorem magna est dehortatio. Magister : Non 
debes omnes mulieres credere tales esse , 
quoniam magna bonitas atque castitas in 
multis repperitur mulieribus , et scias in bona 
muliere bonam societatem repperiri posse. 
Bona muiier fidelis custos est et bona domus. 
Salomon in fine libri Proverbiorum suonim 
viginti duos versus de laude atque bonitate 
mulieris bonae composuit'. Discipulus ad 
haec : Bene me confortasti , sed audisti tameu 
aliquam mulierem quae sui sensus ingenium 
niteretur in bonum mittere ? Magister : Au- 
divi. Discipulus : Refer mihi de illa , quia 
videtur mihi res nova. Magister. 

» cap. xxxt, V. IO-31 mo^ ♦Q Vn-nw» 



»9 
ains lui nidsj moulty car sa mesaise estoit 

plus grande pour ce que les gens cuidoient 

quHl Veust desserui, que de ce quHl souffroit 

pourle meffait d^adultere que safemme avoit 

prouve par son maleflcey dont il estoit des^ 

pouilliez et esloingiei de mouU de biens et de 

mouU de dignetez, 

Dist le disciple : Nul homm^ ne se puet 
garder d*art defemmcy se Dieu ne Ven veult 
mesmes garder ; telles generations me ostent 
volente de prendre femme, Dist le maistre : 
Tu ne dois mie croire que toutes femmes soient 
teleSy car on treuve en moult defemmes chas* 
tete et grande continence^ et sachez que honne 
compaignie est de bonnefemme. Femmefait 
bonne maison^ et sigarde loyaument sonmary. 
Salomon escriyy en tafin de ses Proverbes de 
la loenge et de la bonte de bonne femme. Le 
disciple dist : Tu m'as bien conforte , mais 
oys^tu oncques parler de femme qui toumast 
son engien en bienP Oyl y dist le maistre, Dy 
moy doncques de ce^ dist le disciplcy car ce ms 
semhle chose nouveile. 



i^x 



90 



FABULA XIII. 

Dictum fuit mihi quod quidam Hispanus 

perrexit Mech , et dum ibat pervenit in 

iEgyptum , qui deserta terrae intrare volens 

et transire, cogitavit quod pecuniam suam 

in JEgjfto dimitteret, et antequam dimittere 

voluisset interrogavit si aliquis fidelis homo 

esset in illa regione cui posset committere 

pecuniam suam, et ostenderunt ei antiquum 

hominem nominatum probitate fidelitatis, 

cui de suo mille talenta commisit, demum 

perrexit , factoque itinere ad illum rediit cui 

pecuniam commisit, et quod commiserat ab 

eo quaesivit. At ille plenus nequitiae illum 

numquam antea se vidisse dicebat. Ille vero 

sic deceptus perrexit ad probos homines 

regionis iUius, et quomodo tractasset eum 

homo ille cui pecuniam commiserat eis re-> 

tulit. Vicini vero illius de eo lalia audientes 

credere noluerunt, sed nihil hoc esse dixe- 

runt. Qui vero pecuniam perdiderat, una- 

quaque die ad domum illius qui retinebat 



^ 9^ 



CONTE XIII. 

// mefiitdii^ dist le maistre, que un Espai" 
gnol riche homme vint en Egypte a tout moult 
grant avoir^ et pour ce quHl voloit passer 
parmi les desers^ U pensa quHl lairoit ses de^ 
niers en Egypte^ et demanda s*il trouveroit 
nul homme leal en toute la region , auquel il 
peusist laissier ses deniers. On lui enseigna un 
homme que on disoit quHlestoit lojral et feal 
preud^homme, A cestui homme chargea cestui 
pelerin a garder mil hesans et puis s ^en ala 
parfaire son pelerinage, Si revint par aucun 
pou de temps apres de son pelerinage^ et ala 
vers Vomme auquel il avoit charge ses deniers 
pour les ravoir, Cestui estoit plain defaussete 
ct dist au pelerin que oncques ne Vavoit veu. 
Quant le pelerin oy ce quHl ainsi estoit deceu 
en tele manierey il ala aux preud^hommes de 
la contrecy et leur dist comment celiui homme 
l^avoit harete auquelilas^oitses deniers bailliez, 
Quant les voisins oyrent ces parolles , ilz ne le 
vouldrent mie croire et lui dirent qu'il ne po^ 



» 9^ < 
injuste pecuniam ibat, blandisque precibus 

eum deprecabatur ut pecuniam redderet, 
quod deceptor audiens , increpavit eum di» 
cens ne amplius tale quid de eo diceret vel 
ad eum veniret, quod si faceret, poenas ex 
merito subiret. Auditis minis illius qui eum 
deceperat, tristb coepit redire , et in redeundo 
obviavit cuidam vetulae pannis heremitalibus 
indutae. Haec autem baculo suo fragiles artus 
sustentabat, et per viam laudando Deum la- 
pides ne transeundum pedes laederentur lo- 
cabat. Quae videns hominem flentem, cogno- 
vit eum esse extraneum. Commota pietate in 
angiportum vocavit et quid ei accidisset in- 
terrogavit. At ille ordinate narravit. Foemina 
auditis verbis ejus inquit : Amice , si vera 
sunt quae retulisti , feram tibi inde auxilium. 
Et iUe : Quomodo potes hoc facere , ancilla 
Dei ? At illa inquit : Adduc mihi hominem 
de terra tua cujus factis et dictis fidem ha- 
bere possis. At ille adduxit. Demum decepti 
socio praecepit decem cofros externis pre- 
tiosis depictos coloribus , atque ferro dear- 



voit estre. Mais cellui qui sa peccune ai^oitper- 
ducy aloit chascun jour a la maison de cellui 
qui-le tenoit a tort^ et lui prioit doucement 
quHllui rendist ses deniers. Quani le trecheur 
oyoit cellui qui tel argent lui demandoity il le 
laidengoit de parolles et disoit qu V/ se gardast 
de dire de lui telles choses^ et quHl jamais en 
son hostel ne venist^ et sHl le faisoit^ il le 
comparroit. Quant le pelerin oy que cestui 
homme le menachoit et qu^il estoit deceu^ il 
s*en partiatant moutt triste et dolant, et troma 
en son chemin une viellejemme vestue a guise 
d^ermite qui s*apuyoit d^un haston y car elle 
avoit les memhres faiUiz etfrailesy et aloitpar 
la rue loant Dieu et ostant les pierres de la 
voie^ affin que les trespassans ne hlechassent 
leurspies. Elle vit cestui pelerin plourer et hien 
congnut quHl estoit estrangier. Elle en eut 
pitie et lui demxmda comment il lui estoit, Et 
il lui dist toutpar ordre ainsicomme avenu lui 
estoit. Quant la femme oy ses parolles , elle 
dist : Amis y se tu m'as dit verite , je te con" 
seilleray etaideray bien, Cestui dist : Comment 
pourras ce faire , amie de Dieu P Elle dist : 
Amxiine moy un homme de la terre en qui tu 



94 <^* 
gentato ligatos cum bonis seris emere et ad 

domum sui hospitis afferre, lapidibusque 

comminutis implere. At ipse ita egit. Mulier 

vero ut vidit omnia illa quae praeceperat esse 

parata , ait : Nunc decem homines perquire 

qui euntes ad domum illius qui te decepit 

mecum et cum socio tuo deferant scrinios 

unus post alium venientes ordine longo, et 

quam cito primus venerit ad domum homi- 

nis qui te decepit et requiescet ibi , veni et 

interroga pecuniam, et ego tam confido in 

Deum quod reddita tibi tua pecunia fuerit. 

At ipse sicuti vetida ju3serat fecit , qu» non 

oblita incepti quod praeceperat, iter incepit 

et venit cum socio decepti ad domum decep- 

toris et inquit : Quidam homo de Hyspania 

hospitatus mecum fuit et vult Mech adire, 

quaeritque antea pecuniam suam quae est in 

decem scriniis servandam alicui homini do- 

nec revertatur commendare : precor itaque 

ut mei causa in aede tua custodias , et quia 

audivi et scio te bonum hominem et fidelem 

esse, nolo aliquem alium praeter te solum 



95 

puisses avoirfiance enfais et en diz, Lepelerin 
lui en amena un auquel elle commanda qu V/ 
achatast dix coffres paintures dehors de riches 
couleurSy et bendez defer serrez a bonnes ser^ 
rureSf et iceulx fist^elle porter a son hostel et 
emplir de petites pierrettes, Cestui homme fist 
tout ainsi comme la vielle lui avoit commande, 
Puis lui dist : Quiers dix hommes quiportent 
ces dix coffrespar ordre^ Vun de Vautre bien 
loingy a la maison de cellui qui t*a decut y et 
vendront aifec moy et avec ton compaignon ; 
et quant le premier vendra a la maison de 
ceUui qui t*a decuty il se reposera, La viens 
adont et demxinde tes deniers , et je croy que 
ton avoir te sera rendu. Le pelerinfist ainsi 
Gomme la vielle lui conananda, Elle ne s ^ou^ 
blia pas y ains vint avec le compaignon du 
degut a la maison du deceveur et luidist : Ung 
homme d^Espaigne se herbergera avec moy qui 
veult aler oultre mer. mais il veult aincois ses 
deniers quisont en ces coffres chargier a aucun 
preuxVhomme jusques a tant quHl reviengne ; 
je te prie que pour Vamour de moy les lui 
vueilles garder^ et pour ce quefay oy dire et 
scay certainement que tu es preud^homme et 



fm» g6 ^ 
hujus pecuniae commendatorem adesse. Et 

dum ita loqueretur venit primus deferens 
scrinium , aliis a longe apparentibus. Interim 
deceptus praeceptorum yetulae non oblitus, 
post primum scrinium sicut ei praeceptum 
fuerat yenit. Ille vero qui pecuniam celaye- 
rat, plenus nequitiae et malae artis , ut yidit 
hominem venientem cui pecuniam celaverat , 
timens ne si pecuniam requireret, alius qui 
suam pecuniam adducebat non committeret, 
contra eum ita dicendo perrexit : O amice, 
ubi fuisti et ubi diutinasti ? Yeni et accipe 
pecuniam fidei ine« jamdiu commendatam, 
quia inveni et amodo taedet me custodire. 
At iUe laetus et gaudens recepit pecuniam 
gratias agens. Yetula , ut vidit hominem pe- 
cuniam suam habere , surrexit et inquit : 
Ibimus ego et socius meus contra scrinios 
nostros et festinare praecipiemus ; tu vero 
expecta donec redeamus et bene serva quod 
jam adduximus. Ille autem laetus animo quod 
acceperat servavit, adventumque eorum , 
quod adhuc potest, expectavit, et ita bono 



* 97 *< 
lojraly je te prie qite pourfamour de moy lui 

vueilles garder^ carje ne vueil chiez autrui 

herbergier son auoir, Tandiz que la viellepar* 

loit ainsij vint lepremier homme qui aportoit 

un cojfre , et puxs le second et puis les autres 

apresj et derriere vint cellui qui deceu estoit 

par avanty etfist ce que la vielle lui avoit dit. 

Cellui qui Vas^oir avoit denjre estoit plain de 

faussete etde mauvais art. Quant il vey Vomme 

venir auquel il avoit denjre son avoir, si 

craindjr que cellui qui demandoit son avoir , 

que Vautre qui Va faisoit le sien apporter ne 

lui chargast mie , si ala encontre lui et dist : 

Amis j ou a{feZ'Vous este et tant demoure? 

Venez et prendez vostre avoir que vous me 

chergastes grant temps a , car je rm le vueil 

plus garder puis que je vous ajr trouvL Cestui 

fut moult joyeux , et prist son avoir , si lui en 

rendy mouli grans graces. Quant la vielle vit 

quele bon homme ravoit son^atfoir, elle se leva 

et dist : Je et mes compaignons jrrons a /'e/i- 

contre de noz autres coffres^ si nous attendez 

jusques a tant que nous les ayonsfait appor^ 

ter. Cestuifut moult joyeux et garda ce qu^il 

avoitreceu. L* autre gardoit et attendoit qu*ilz 

i3 



ingenio yetulae reddita fuit viro summa pe- 
cunie. 

Discipulus : Istud mirum fuit ingenium 
atque utile,nec puto quod aliquis philosophus 
subtiUus cogitaret per quod levius vir suam 
pecuniam recuperaret. Magister : Bene posset 
Philosophus suo facere naturaU ingenio. Dis- 
cipulus : Hoc bene credo; sed si ahquem 
Philosophorum hujus modi reposuisti in cor- 
dis armariolo , largire mihi discipulo , et ego 
fideli memoriae commendabo , ut quandoque 
discipulis lacte philosophia; educatis deUca- 
tbsimum largiri possim aUmentum. Magister. 

FABULA XIV. 

Contigit quod quidam homo habuit fiUum 
cui post mortem suam nihil praeter domum 
dimisit. Iste cum magno labore corpori suo 
vix etiam quae natura exigit suppeditabat , et 
tamen domum suam, Ucet magna coactus 
inedia, vendere nolebat. Habebat autem puer 
iste quemdam vicinum valde divitem qui 



» 99 '^ 
revenissent , mais aincoires peuUil attendre , 

et ainsi par Vengien de la vielle Jut Vas^oir 

rendus. 

Dist le disciple : Bien le croy; mais se tu 

scez d^aucun Philosophe aucune chose, dy le 

mojfy etje le retendray. Et le Maistre dist^ 



CONTE XIV. 



// avintjadiz que un homme ai^oit ungfilz^ 
a cellui ne laissa^il riens apres sa mortj fors 
une maison, Cestuifilz vivoit en grant labour 
et engrant traveil^ et avoit povrement la sous^ 
tenancedu corps^ et ja soit ce quHl fust en 
grant mesaisey toutes foiz ne voloit^il mie 
vendre sa maison, Cestui enfant avoit un 



5^ lOO i«( 

domum emere cupiebat ut suam largiorem 
faceret. Puer autem oec prece , nec pretio 
vendere volebat. Quod postquam iste dives 
comperit quibus ingeniis et quibus -artibus 
puero subtraheret domum cogitabat ; at jiu 
venis secundum posse suum familiaritatem 
ejus devitavit. Denique contristus dives ille 
causa domus et quod non posset puerum 
decipere, quadam die venit ad puerum et 
inquit ei : O puer, accommoda mihi partem 
parvam tuae curise pretio , quoniam in ea sub 
terra decem tonellos cum oleo custodire volo, 
et nihil tibi nocebunt, sed habebis inde 
aUquod sustentamentum vitse. Puer autem 
coactus necessitate concessit et dedit ei claves 
domus. Juvenis vero iterum more solito li* 
beris liberaUter serviens victum perquisivit. 
At dives homo acceptis clavibus curiam juve- 
nis suffodiens ^ quinque toneUos plenos oleo 
ibi recondidit et quinque dimidios , et hoc 
facto juvenem advocavit clavesque domus 
illi tribuens inquit : O juvehis , oleum meum 
tibi committo et in tua custodia trado. Juvenis 
simplex putans omnes' totieUos esse plenos , 
in custodia recepit. At post longum tempus 
contigit quod in terra iUa oleum carum fiiit. 
Dives haec audiens puero inquit : O amice , 



^ lOI <^ 

voisin qui convoitoit a acheter celle maison 
poiir la siennefaireplus grande , mais Venfant 
ne le voloit mie vendre ne parpriere ne autre* 
ment, Quant le riche homme vitceyilcommenca 
a penser par quel art et par quel engien il 
porroit avoir la maison a VenfanU Uenfant 
eschevoit la familiarite de celiui selon sonpo- 
voir, Le riche homme estoit dolans qu Hl ne le 
povoit decevoir y sivint unjoura luietluidist: 
Enfantf preste moy unepartie de ta courtpour 
mes deniers ^jejr vueil garder dix tonneauLc 
d^oile^ ilz ne te occuperont neanty et si Ven 
donray hon lojrer. Uenfant estoit diseteux 
d^argent , si lui octroia et lui bailla les clefz de 
sa maison. L ^enfant servoit aux preud hommes 
et gaignoit son vivre. Le riche homme prist 
les clefz de la maison , et dist : Je te charge 
mon oyle et laisse en ta garde, Lejone estoit 
simple ) et cuidoit que les tonneaulx fussent 
plains et les recut en sa garde. Long temps 
apres avint que Voylefut moult cfuere en la 
terre, Le riche hontme sceut ccy si dist a Ven^ 
fant : ^/wm , viens avant et si alons dejfouir 
mon oyle queje te chargay a garder^ etje te 
paierayton loier, L^enfant dist qu'il lui aide- 



veni ct juva nie oleum effodere quod tuae 
jamdudum mandavi custodiae, et laboris 
praemium accipies et tutelae. Juvenis audita 
prece cum pretio diviti concessit ut secun- 
dum posse suum eum juvaret. Dives non 
oblitus suae fraudis nequissimae , adduxit ho- 
mines ut oleum emerent. Quibus adductis , 
terram aperuerunt et quinque plenos tonel* 
los et quinque dimidios invenerunt. Perceptis 
talibus vocavit puerum ita dicendo : Amice , 
causa tuae custodiae amisi oleum ; insuper 
quod tibi commisi fraudulenter abstulisti, 
quapropter volo ut mihi mea restituas. His 
dictis eum cepit et vellet noUet ad justitiam 
deduxit. Justitia eum videns accusavit , sed 
juvenis quid contra diceret nescivit, atta- 
men inducias unius diei quaesivit , quod jus- 
titia, quia justum erat, concessit. In civitate 
autem illa morabatur quidam Philosophus 
qui cognominabatur AuxiUum egentium , 
bonus homo et religiosus. Juvenis audito 
bonitatis iUius praeconio perrexit ad eum , 
quaesivitque ab eo consilium dicens : Si vera 
sunt quae de te mihi referentibus multis dicta 
sunt more domestico , fer mihi auxiUum , 
etenim injuste accusor. Philosophus audita 
prece juvenis interrogavit si juste vel injuste 



^ io3 

roit a son pooir. Le riche n ^oublia pas sa 
trayson , ains amena gens pour acheter son 
oyle, llz ouvrirent la cave ei trouverent cinq 
tonneaulx plains et cinq demis, 11 appella 
Venfant et dist : Amis , fai perdu mon oyle 
en ta garde , laquelle tu nia tollu faussementj 
laquelle tu m^avois promis h garder ; mais je 
vueil que tu me rendes le mien, Quant il eiU 
ce dit y ilprist celluiy voulsist ou non , et le 
mena a la justicey puis lui demanda qiiil 
avoit fait de toyle, Le jovencel ne seut que 
dire^ non pourquant il demanda le respit dun 
jour. La justice lui ottroia volentiers , car ce 
estoit droit. Ung Philosophe demouroit en 
celle cite , qui avoit nom Ayde de gens : hon 
homme estoit et religieux, Lejovencel oy parler 
desa bonte y si vint a lui et luipria quHl lui 
donnast conseil et ayde : car^ dist^iljje suis 
a tort accusez a la justice, Quant le Philo' 
sophe oy sa priere^ il lui demanda sHl estoit 
accuse a droit ou a tort, Le jovencel Venfist 
serement qu*il estoit accusez a tort, Quant 
le Philosophe oy la verite de cellui y il eut 
pitie de lui et dist : Je Ven deliverray avecques 
tayde de Dieu; mais ne laisse mie que tu ne 



i> io4 *< 

accusarent eum. Juvenis vero quod injuste 
accusaretur firmavit sacramento. Audita rei 
veritate Philosophus pietate commotus ait : 
Auxiliante Deo feram tibi auxilium ; sed sicut 
a justitia respectum usque in crastinam diem 
accepisti, noli dimittere quin eas ad placi- 
tum j ero ibi paratus succurrere tuae veritati 
atque eorum nocere falsitati. Juvenis autem 
quod Philosophus eum jusserat egit. Mane 
autem facto , venit Philosophus ad justitiam , 
quem postquam vidit justitia ut sapientem et 
Philosophum vocavit, vocatumque juxta se 
sedere fecit Inde justitia vocavit accusantes 
et accusatum , praecepitque quod suorum re- 
cordarentur placitorum et ita fecerunt. Illis 
vero astantibus, justitia ait Philosopho quod 
causas audiret et inde judicium faceret. 
Inde Philosophus : Prsecipe , justitia , clarum 
oleum de quinque tonellis plenis mensurari , 
et scias quantum sit tibi clari olei , et simi- 
liter de quinque dimidiis , et scias quantum 
ibi clari olei fuerit. Deinde spissum oleum 
de quinque plenis tonellis sit mensuratum 
et scias quantum spissi olei in eis sit, et simi- 
liter de quinque dimidiis facias mensurari , 
et scias quantum spissi olei fuerit ibi ; et si 
tantum spissi olei inveneris in dimidiis to- 



^ io5 «^ 
so/es de matin devant lajustice ainsi comme 
tu Vas promisy et je serai la et soustendrajr 
la verite et confonderay leur faussete, Le 
jovencel fist ce que le Philosophe lui com" 
manday et le Undemain au matin vint le Phi" 
losophealajustice. Quantceulx de lajusticc 
le veirenty ilz Vappellerent et lefirent seoir 
delez eulx. Apfes appellerent le riche homme 
et le jovencel y et commanda la justice a re^ 
corder la causcy et ilz le firent^ et la justice 
dist au Philosophe quil ojst la cause et enfist 
jugement, Le Philosophe dist : Fay Voyle des 
plains tonneaulx mesurer ^ et saches combien 
ily a de der et combien il y a d'espes; se tu 
treuves autant d^oyle espes es demi tonneaulx 
comme es plainsy saches certainement quc 
Voyle est emblee ; et se tu ne treuves mie tant 
d^oyle espes es demis tonneaulx comme es 
plains , mais seulement selon la quantite de 
Voylcy saches dontque Voyle n*est mie emblee. 
Lajustice conferma cestuijugement etfutfait 
en telle maniere, Ainsifut lejovencel delivrez 
par le conseil du Philosophe, Quant le proces 
futfiney le jovencel rendy moult de graces au 
Philosophe. Le Philosophe dist : Ne oys^tu 

i4 



> io6 < 
nellis quantum in plenis j scias oleum fuisse 
furatum. Et si in dimidiis tonellis inveneris 
talem partem spissitudinis qualem oleum cla- 
rum ibi existens exigit quod quidem et in 
plenis tonellis invenire poteris, scias oleum 
non fuisse furatum. Justitia haec audiens con* 
firmavit judicium , factumque est ita , et hoc 
modo juvenis evasit sensu Philosophi. Fini- 
tis placitis juvenis Philosopho grates reddidit. 
Tunc Philosophus ait illi : Numquamne illud 
Philosophi audisti? Non emas domum ante- 
quani cognoscas vicinum. Ad hoc juvenis ; 
Primum habuimus domum antequam juxta 
nos hospitaretur. Cui Philosophus : Primum 
vendas quam maneas juxta malum vicinum.y 

Discipulus : Tale judicium apparet esse 
Philosophi , et hoc est gratia Dei. Merito vo- 
catus est hoc nomine AuxiUum miserorum. 
Iterum discipulus : Etsi jam audita mente 
sedeantadaudiendumplura incitant. Magis- 
ter inquit : Libenter tibi dicam , et sic inquit. 



107 "^ 

oncques parler d^un Philosophe qui dist cele 
parolle? N^achate mie la maison de ton voi" 
sin, Le jovencel respondy : Nous aviemes la 
mxiison aincois que cestui s V herbergast, Si le 
Dendy dist le Philosophe y aincois que tu de» 
meures empres mauvais voisin. 



Lc Diseiple dist : Bien appert que cestui 
jugement est de Philosophe y et c^est par la 
grace de Dieu , et bien doit estre nomme par 
cel nom , Ayde chaitif, Dist le Philosophe : 
€e quej^ay oy me meut a plus parler de phi" 
losophie, Dist le Disciple : Et jey entendray 
volentiers : et il commenca en tele maniere. 



io8 



FABULA XV. 



Dictum fuit de quodam divite in civitatem 
eunte quod sacculum cum mille talentis defer- 
retsecum , et insuper aureum serpentem ocu- 
los habentem jacinctinos in sacculo eodem, 
quod totum simul amisitQuidam veropauper 
iter faciens invenit, deditque uxori suae, et 
quomodo invenisset retulit. Mulier hoc au- 
diens ait : Quod Deus dedit custodiamus. 
Alia die per viam praeco ita clamando per- 
rexit : Qui talem censum invenit reddat , et 
absque aUquo peccato centum talenta inde 
habeat. Hsec audiens inventor census, dixit 
uxori : Reddamus censum et absque peccato 
centum talenta inde habeamus. Inde mulier 
ait : Si Deus illum voluisset hunc censum 
habere, non amisisset; quod Deus donavit 
custodiamus. Inventor census ut redderetur 
elaboravit, at ipsa omnino denegabat, et 
tamen vellet nollet mulier , dominus reddidit 
et quod praeco promiserat expetiit. Dives 
auteih plenus nequitiae ait : Adhuc alium 



I09 



CONTE XV. 



Un riche homme estoitjadiz qui aloit parmi 
une cite , si portoit avec lui un sachet ou il, 
avoit mil hesans^ et par derriere en ce mesmes 
sachet avoit un serpenteld^or a yeux depierres 
precieuses que on appelle jagonces : il perdy 
ce sachet. Un povre homme qui trespassoii la 
rue le trouva et le porta a sa femm£^ et lui 
conta comment il Vavoit trouve. Quant la 
Jemme oy ce , si dit : Or le gardons quant 
DieU'le nous a envoye, Un jour apres avint 
que un sergant ala crier par la rue : Qui tel 
avoir a trome^ il le rende et on lui donra cent 
hesans , et si lui pardonra^on le pechie, Cellui 
qui Vavoir avoit trouve oyce cri^ sidista sa 
femme : Rendons cest avoir^ si en arons cent 
besans sans pechie, Dist la femme : Si Dieu 
Tjoulsist quHl eust Vavoiry il ne Veust mie 
perdu ; gardons ce que Dieu nous a donne, Le 
hon homme pensoit toujours a ce quHl fust 
rendus , mms saf^mme lui contredisoit ^ et non 
pourquant voukist lafemme ou non , Vomme 



> IIO ^ 

serpentem mihi deesse sciatis. Hoc prava 
intentione dicebat ut pauperi homini talenta 
non redderet promissa ; pauper vero se nihil 
nmplius invenisse dicebat. At homines civi- 
tatis illius diviti favcntes pauperi derogantes 
inoxorabile contra fortunam pauperis odiuiD 
gerentes, illum ad justitiam provocaveriint. 
Pauper autcni , ut supra dictum est , se nihil 
amplius invenisse dicebat. Sed dum sermo 
hujusce niodi pauperum divitumque per ora 
discurreretministris referentibus tandem per* 
cussit ora Regis. Quod simul audivit divitem 
et pauperem et pecuniam sibi praesentari prae- 
cepit. Adductis omnibus,Philosophum scili<:et 
auxilium miserorum cum aliis sapieiitibus 
ad se vocavit, eisque accusatoris vocem et 
accusati audire et enodare praecepit. Philo* 
sophus haec audiens , commotus pietate pau- 
peris ait : Auxiliante Deo te liberare conabor. 
Ad hoc pauper : Scit Deus quia reddidi quan* 
tum inveni. Inde Philosophus ad Regem : Si 
rectum judicium inde vobis audire placuerit, 
dicam. Rex haec audiens ut judicaret rogavit. 
Tunc Philosophus Regi : Iste homo dives 
bonus est multum , et non est credibile eum 



9* III 

le rendy et demanda ce que le sergant avoit 
crie et promis, Le riche homme plain de con" 
voitise et de trayson , dist : Sa^hes , mon ami^ 
que aincoires mejaut^il un tel serpent y et ce 
disoit^il par mauvaise intention pour ce quHl 
ne vouloit mie rendre au povre homme les 
cent besans quil lui avoit promis ; mais ie 
povre homme disoit toujours quHl n*en avoit 
plus trouve. Ceste parole fut contee devant 
povres et devant riches tant que les sergens le 
conterent devant le Rojr. Quant le Roy oy ce, 
il commanda que le povre et le richefussent 
amenezpar devers lui. Le Philosophe qui avoit 
nom Aide chaitifet autres sages avec lui^ et le 
Roy leur commanda a oyr la parolle du riclie 
et du povre et ajugier le droit. Quant le Phi» 
losophe oy ce , il eutpitie dupovre et lui dist : 
Je te aideray a Vayde de Dieu; et le povre 
dit : Dieux scet que je rendy tout ce que je 
trouvay. Le Philosophe dist au Roy : Sire^ 
s ^il vous plaist oyr de ceste chose vray juge* 
gement , je le vous diray, Quant le Roy oy 
ce^ il lui pria quHl jugast droiturierement. 
Adont distle Philosophe au Roy : Sire, cestui 
riche homme ne dist pas chose creaile, car 



^ 112 «CE 

aliquid interrogare quod non amisisset 
alia parte credibile mihi videtur quod 
pauper homo nihil amplius invenit qi 
reddidit, quia malus homo si esset , non q 
reddiditredderet, immototum celaret. I 
Rex : Quid autem inde judicas , Philosop 
Philosophus : Rex , sume censum , et ds 
eo pauperi centum talenta , et quod ren 
serit serva donec veniat qui eensum quse 
quia non est hic cujus iste census sit, et 
dives homo eat ad praeconem et faciat in 
rogare sacellum cum duobus serpentil 
Regi autem placuit hoc judicium , atque < 
nibus ibi circumstantibus. Dives vero qui 
cellum perdiderat, hoc audiens inquit : £ 
Rex , dico tibi in veritate censum istum fu 
meum, sed quia volebam pauperi homini q 
praeco promiserat auferre , dixi mihi al 
serpentem adhuc deesse , sed modo, Rex, 
miserere etquodpraeco promisit reddam { 
peri. Inde Rex censum reddidit diviti , d 
pauperi. Ita Philosophus sensu et ing< 
pauperem liberavit. 

Discipulus : Apparet hoc esse ingen 
philosophiae : hoc exemplo non est mi: 



ii3 < 

it demande ckose quHl n^a niie perdue; et 
d^autrepart il me semble bien que cestuipovre 
homme n ^en trous^a plus que ce qu*il a rendu : 
car sHl fust mauvais homme, il n'^ust mie 
rendu ce quHl trouvay ains Veust tout retena 
et cele, Distle Rojr : Etque jugiez donc de ce? 
Rojfy dit le Philosophey prens Vavoir et en 
donne au povre homme cent besans^ et garde 
ce quHl en demeure jusques ad ce que aucun 
vendra qui Vavoir demandera : car cellui a 
qui cestui avoir est ^ n^est pas yci^ et cestui 
riche homme voist au crieur etjace demander 
le saxihet a deux serpens^ Cestui jugement pleut 
moult bien au Roy et a tous ceulx qui Ik 
estoient presens, Et quant le riche qui avoit 
perdu le sachet cy ce^ il dist : Bon Roy^je te 
dy vre^iement que eestui avoir fut mien , mais 
pour ce que je vouloie tenir au povre homme 
ce que lecrieur lui avoit promis^ je dy que il 
mefailloit aincores un autre serpent ; mais ayez 
mercy de moy et je donray au povre homme 
ce que le crieur lui promist, Le Roy rendy 
tavoir au riche et au povre ce quepromis lui 
estoit, Le Philosophe delivra ainsi Vavoir au 
povrepar son sens et par son engien, 

Dist le Disciple : Bien apert que c'est grant 
sens de philosophe : par cest exemple riest mie 



» ii4 ^ 

quod de duabus mulieribus Salomon judi- 
cavit'. 

Philosophus ait : Ne aggrediaris viam cum 
aliquo nisi prius eum cognoveris. Si quisquam 
ignotus tibi in yia associaverit iterque tuum 
investigaverit , dic te velle longius ire quam 
disposueris , et si detulerit lanceam , vade ad 
dexteram ; si ensem , ad sinistram. Arabs cas- 
tigavit filium suum dicens : Sequere calles 
quamvis sint semitis longiores. Item accipe 
puellam in uxorem quamvis sit vetula, et 
itetum fer merces tuas ad magnas civitates 
quamvis vilius ibi vendere putes. Ad haec 
filius. 

1 ffl Reg. , cap. III , T. 97. riK nS m iDKn "^n p^ 
♦iDN «^T inn^DTi nS nom mn rhn 



FABULA XVI. 



Verum est quod dixisti de magnis viis, 
nam quadam die dum ego et socii mei pei^ 
rexerimus ad urbem sole ad occasum pro- 
pinquante et adhuc longe essemus a civitate, 
vidimus semitam quae secundum visum ituris 



> ii5 «^ 
merveille ce que Scdomon juga entre deux 
femmes, 

Le Philosophe dit : Ne entreprens mie 
voyage avec homme que tu ne congnois. Se 
aucun estrange s^acompaigne a toy en voye^ 
et il enquiertde ton chemin , dy lui que tu dois 
aler par autre voye et par autre lieu et plus 
loing quHl ne t'a dispose^ et sil porte lance^ 
va a dextre , et sHlporte espee^ va a senestre. 
UArahien chastoia son filz et dist : Va par 
les grans chemins combien qu Hlz soient plus 
loing que les sentes; et dist : Prens pucelle a 
femm^^ ja soit quelle soit vielley et si porte 
ton veel aux grandes cites pour le vendre^ 
comhien que tu le cuides piz vendre, A ce 
respondy lefilz. 



CONTE XVL 



Cestverite de ce que tu m*as ditdes grans 
voies , car un jour as^int que moy et mes com- 
paignons alasmesa unecitej etenviron le soleil 
couchant^ nous estanspres dicellecitey veymes 
une sente qui sembloit mouk brieve a aler k 



» ii6 << 

ad ciyitateni promittebat compencUuiii. InYe- 

nimus senem a quo requisivimus de itinere 

iliius semitae : at senex ait : Propius semita 

ducit ad civitatem quam magna via , et tunen 

citius per magnam viam ad civitatem venietis 

quam per semitam. Hec audientes illum pro 

stulio habuimus, et magnam viam prseter- 

mittentes semitae declinavimus , quam insis- 

tentes ad dexteram et ad sinistram quanta 

fuit nox deerravimus , nec ad civitatem per- 

venimus. At si per callem tendissemus , pro* 

cul dubio media nocte civitatem subintras- 

semus. 

Pater ad haec : Hoc nobis alia vice evenit 
cum pergeremus per magnam viam ad civi- 
tatem. Prseeratnobis fluvius quem quocumque 
modo transituri eramus antequam civitatem 
intraremus, sicque nobis iter agentibus in 
duas partes secta est via, quarum una ad 
civitatem per vadum, altera per pontem duce- 
bat. Demum quemdam senem vidimus quem 
de duabus viis quae prius duceret ad civita- 
tem interrogavimus. Senex ait : Brevior est 
via per vadum ad civitatem duobus miUarii« 
quam via per pontem , sed tamen citius 



» 117 * 
la cite. Nous trouvasmes un viel homme et 
lui demxindasmes la voie a la cite : le vieL 
homme dist : La sente maine plus tost a la 
cite que la gmnde voie, nonpourquant on 
vient plus tost a la cite par le grand chemin 
que par la sente. Quant nous ojrsmes ccy nous 
le tenismes pourfol et laissasm^s la grande 
voie et descendimes a la sente, et ne decli" 
names ne a destre ne a senestrey et alasmes 
toute Huit et ne peusmes pdnfenir a la cite; 
mais se nous eussiemes ale par le grant che" 
min , nous eussions en&^e en la cite devant la 
mi^nuit. 

Dist le Pere : Ce nous ai^int l'autre jour 
quant nous aliemes a la cite par la grande 
voie. Unfleuve estoit par devant nous lequel 
nous convenoit passer aincois que nous veniS'' 
sions a la dte, Ainsi que nous aUons, nous 
trousfomes que la voie se partoit en deux : 
lune des voies menoit a la cite par la rivierej 
tautre par un porU. Nous veismes un viel 
homme et lui demandasmes laquelle de ces 
voies menoit plus tost a la cite» II dist : La 
voie par la ripiere estplus droite H plus pro^ 
chaine que cdle par le pont. Les aucuns de 



» ii8 •< 
potestis ire per pontem. Et quidam ex nostris 
iUum senem sicut vos vestrum antea derise* 
runt et per vadum iter aggressi sunt; sed 
eorum alii socios submersos dimiserunt , alii 
equos et sarcinas perdiderunt, quidam yero 
per amnem madefactos alios omnino amissos 
defleverunt , sed nos et senex noster qui per 
pontem transivimus sine impedimento et 
absque omni incommodo processimus et eos 
super ripam fluminis adhuc jacturam deflentes 
repperimus. Quibus flentibus et cum rastris 
et sagena ima fluTii perscrutantibus senex ait : 
Si nobiscum per pontem perrexissetis , non 
ita contigbset. Aiunt : Hoc fecimus quia 
yiam tardare nolebamus. Ad haec senex : 
Nunc magis tardati estis , et illis relictis Iseti 
subintrayimus portas urbis. Tale est proyer- 
bium quod audiyi : Magis valet longa yia quae 
ad paradisum , quam brevis ad infemum. 

Arabs castigavit filium. Fili , si fueris in 
via cum aliquo socio , dilige eum sicut te 
ipsum , et ne mediteris aliquem decipere ne 
et tu decipiaris veluti duobus contigit bur- 
gensibus et rustico. Filius : Refer mihi u>t 
aliquid utilitatis inde accipiant posteri. 



» 119 

nous blasmerent le viel homme ainsi comme 
njousfeistes le vostre^ et alerent par lejleuve 
dont les uns furent nojrez et les autres per^ 
dirent leurs biens et leurs chevauxy et les autres 
passerent a tres grande paine etfurent tous 
mouilliez , si menerent dueil pour leurs com^ 
paignons qiiilz avoient perdus; mais le viel' 
lart et moy alasmespar lepont sans encombrier 
et sans dommagCy et trouvasmes ceulx qui 
plouroient leur dommage sur la rive dufleuve, 
Le viel horrane dist a ceulx qui plouroient et 
queroient leur dommage aufons de la riviere 
a rasteaux et as cordes : Se vous fussiez venus 
avec nouspar lepont , il ne vousfust mie ainsi 
mescheu JIz dirent : Nous lejiismespour avoir 
le plus court chemin, Dist le viellart : Orestes^ 
vous plus atargiez, Nous les laissames la et 
entrames en la citejojreusement, Tel est lepro'* 
verbe quefay oy dire : Mieux vault la longue 
"voie a paradiz que la courte en enfer. 

L ^Arahien chastoia sonfilz et dist : Se tu vas 
en voyage avec aucun compaignon^ aime icellui 
contmetoy mesmeSj et nepenseadecevoirnullui 
que tu ne soyes deceu aussi comme il avint a 
deuxbourgois eta un villain, Lefilzdemanda: 
Pere , comment leur avint^il ? Le Pere dist. 



lao 



FABULA XVII, 



Dictum fuit de burgensibus duobus et 
rustico causa orationis Mech adeuntibus 
quod essent socii victus donec venirent Mech, 
et tunc defecit illis cibus ita quod non re- 
mansit eis quicquam nisi tantum farinae qua 
solum panem et parvum facerenL Burgenses 
▼ero hoc videntes dixerunt ad invicem : Pa- 
rum panis babemus et noster multum come- 
dit socius j quapropter oportet nos habere 
consilium quomodo sibi partem panis auferre 
possimus j et quod nobiscum debet soli oo* 
medamus. Deinde acceperunt hujusee modi 
quod facerent panem et coquerenf , et dum 
coqueretur dormirent, et quisquis eorum 
mirabiliora somniando yideret , solus panem 
comederet. Hsec artificiose dicebant quia 
simplicem rusticum ad hujus modi fictftia 
deputabant. Et fecerunt panem quem coxe- 
runt, demum jacuerunt ut domirent. At 
rusticus, percepta eorum astutia, dormien- 
tibus sociis , traxit panem semicoctum , co- 



121 



CONTE XVIL 



Deiix hourgois et un villain aloient a une 
cite pour ouvrer^ si furent compaignons de 
despens en toute la voie jusque^ pres de lacite 
et adont leurfailfy vitaille telement quHl ne 
leur demx)ura que un pou de farine dont ilz 
firent un petit tourteL Quant les bourgois le 
virenty ilz dirent entr*eulx : Nous as^ons pou 
depain , et nostre compaignon mengue mieulx; 
il nous convient avoir conseil comment nous 
luipourrons tollir sapartie du pain et mengC" 
rons le pain entre nous deux, Ilz prindrent 
conseil quHlz cuiroient le tourtelet dormiroient 
tandis quHl cuiroity et cellui d^eulx qui ver^ 
roitplus grans merveilles en songes , mengeroit 
le pain a par iui, et ce disoient^ilz pour ce 
quHlz vouloient decevoirle villain quisimple 
homme estoit. Si cuirent le pain et se cou* 
chierent dormir tandis quHlcuisoit. Le villain 
perchut leur harat , si traist le tourtel dufeu 
avant quHlfust hien cuit^ si le manga etpuis 
se recoucha. Lwi des bourgois se leva ainsi 

i6 



> 122 < 

iiiedit et iterum jacuit. Unus de burgensi- 
bus sicut somno perterritus esset evigilayit 
sociumque vocavit, cui alter de burgensibus 
ait : Quid habes? At ille inquit : Mirabile 
somnium vidi, nam mihi visum fuit quod 
duo Angeli aperiebant portas coeU et me su« 
mentes ducebant ante Deum. Gui socius: 
Mirabile est hoc somnium quod yidisti ;• at 
ego somniavi quod a duobus Angelis me du* 
centibus et terram findentibus in infernum 
ducerer. Rusticus hoc totum audiebat et se 
dormire fingebat ; sed burgenses decepti de* 
cipere volentes ut evigilarent rusticum vo- 
caverunt. Rusticus vero callide et ut territus 
esset respondit : Qui sunt qui me vocant P At 
illi : Socii tui sumus. Et rusticus : Redistis jam ? 
At ipsi contra : Quo perreximus unde redire 
debeamus ? Ad hoc rusticus : Nimc visum 
erat mihi quod duo Angeli unum ex vobis 
accipiebant et aperiebant portas coeli , duce- 
bantque illum ante Deum; deinde alium 
accipiebant duo aUi Angeii , et aperta terra 
ducebant in infernum , et his visis putavi 
neminem jam amplius rediturum , et surrexi 
et panem comedi. 



*r~ 



» 123 «d 

comme sHl fust iout espoentez et appella son 
compaignon. Eautrebourgois demanda : Que 
as'tu ? Cellui respondy : J^af veu merveilleus 
songe y car il me sembloit que deux Angeles 
me prendoierU et me faisoient fendre la terre, 
et me menoient en enfer, Dist son compaignon : 
Cestuisonge que tu as dit estbien merveilleux, 
et fay veu en songe que deux Angeles OU' 
vroient les portes du ciely si me prendoient et 
menoient def^ant Dieu. Le villain oy ce etfai^ 
soit semblant de dormir; mais les bourgois 
deceus qui decevoir le voloienty Vesveillierent 
et appellerent , et le villain respondy viste* 
ment ainsi comme sHlfust esbahiz : Ou sont 
ceulx qui me huchent? Ceulx respondirent : 
Nous sommes tes compaignons, Dist le villain : 
Estes - vous ja retfenus ? Ils dirent : Et oii 
alames nous dont nous devons revemr? Le 
villain dist : II me sembloit n*a gaires que 
Angeles vous prenoient et out^roient les portes 
ducielet vous menoient devant Dieu , etdeux 
autres prenoient VoMtre et le menoienten enfer, 
etje cuiday que nul de vous ne deust jamais 
retournerj si me lemjTypris le tourtel et le 
mengajr. 



> 124 « 

O fili ! sic cvenit eis qui socium decipere 
volucrunt, quia suo ingenio decepti fuerunt. 
Tunc filius : Ita evenit eis sicut in proverbio 
dictum est; qui totum voluit , totum perdidit. 
Haec est autem natura canis cui faverunt illi 
quorum unus alii cibum auferre cupit, sed 
si naturam cameli sequerentur, mitiorem 
naturam imitarentur : nam talis est natura 
cameli , quando insimul datur praebenda mul- 
tis , nullus eorum comedet donec omnes 
edant insimul; et si unus infirmatur quod 
nequeat comedere, donec removeatur alii 
jejunabunt. Isti burgenses postquamvolebant 
animalem naturam sibi sumere, mitissimi 
animalis naturam sibi debuissent vendicare , 
et merito cibum amiserunt. Quin etiam hoc 
eis evenisse voluissem quod magistro meo 
narrante jamdudum audivi evenisse incisori 
Regis pro discipulo suo proprium nomen 
N ediu , ut fustibus caederentur. Pater ad haec : 
Dic mihi , fili , quid audisti quomodo conti* 
git discipulo , quoniam taUs narratio animi 
erit recreatio. Filius. 



> 125 < 

Filz , dit le Pere , ainsi avint a ceulx qui 
leur compaignon voloient decevoir , quHlz 
furent deceus par leurengin. Lefilz respondy: 
11 leur avint ainsi que le proverbe dist , qui 
tout convoite , tout pert, C*est aussi la nature 
du chien , car Vun veult tollir la viande de 
Vautre^ et ainsi tensuivirent ceulx ; se ilz 
eussent eu la nature du chamel^ ilz eussenteu 
meilleurnature : car la nature du chamelest tele 
que quant on en donne a pluiseurs a mengier 
ensemble y nul d^eulx ne mengera jusques a 
tant quHlz mengeronttous ensemhle; etse Tun 
est malade telement quil ne puisse m^ngier , 
les autres juneront jusques a tant qu'il sera 
ostez de d^emprez eulx. Ces bourgois , pour ce 
quHlz voloientprendre la substance de la part 
de leur compaignon , ilz deussent avoir pris 
nature de debonnaire beste, et pour leur des^ 
serte ilz perdirent leur viande. Mais je vouU 
drois qu Hlleur avenist cequ Hl aifint au tailleur 
des draps du RojTy quifust bien batuspour son 
disciple qui avoit nom Nediu^ ainsi quemon 
maistre me raconte, Dist le Pere : Comment 
le te dist ton mxiistre ^ comment aifintnl au 
disciple^ car telles choses a oir donnent grant 
recreation? Lefilzdist. 



126 



FABULA XVIII. 



Narrayit mihi magister meus quemdam 
Regem habuisse incisorem qui diversos di- 
versis temporibus aptos ei incidebat pannos. 
At ille discipulos sutores habebat quorum 
quisque artificiose suebat quod magister in- 
cisor Regis incidebat. Inter quos unus erat 
discipulus nomine Nediu qui socios arte su- 
toria superabat. Sed die festo yeniente Rex 
suorum incisorem pannorum vocavit et pre- 
tiosas vestes sibi et familiaribus parari prc- 
cepit. Quod ut citius et sine impediinento 
fieret, unum de camerariis suis eunuchuiB 
cujus illud erat officium sutoribus custodeHft 
addidit , et ut eorum curyos ungues abser- 
varet , et eis ad sufificientiam necessaria mi- 
nistraretroga^it. Sed in una dierum ministri 
calidum panem et mel cum aliis ferculis mci- 
sori et consociis comedendum dederunt , et 
qui aderant comedere caeperunt. Quibus epu- 
lantibus eunuchus : Quare absente Nediu 
comeditis nec illum expectatis ? Magister in- 



127 



CONTE XVIII' 



Mon maistre me dist que le Rojr cwoit un 
tailleurqui taiUoit dwersdraps en divers temps. 
Cestui tailleur at^oii pluiseurs varles qui bien 
cognoissoient ce que ie maistre tailloit, Uun 
avoit nom Nediu et passoit les autres de son 
mestier. Le Ray appella son tailleur encontre 
une grande solennite et lui commanda qu*il 
lui taiUast et appareilhast robes a lui et a sa 
maisnie. Et pource qu^ilet ses ^vales se esploi* 
tassent plus tosty il commanda a un de ses 
camhellans quHl prist garde d*eulx et leur 
donnast ee que mestier et besomg leur estoit, 
AvirU un jour que les sergens lew donnerent 
a mengier pain chaut et miet as^ec autres 
"viandes, Ceulx commeneerent- a mengier qui 
la estoient^ Tandiz qu^ilz mengoienty dist 
cellui qui les depoit garder : Pourquoy men^ 
gieZ'Vous sans Nediu, et que ne l^atendez^ 
vous ? Le maistre dit : Pour ce que ^sHi estoit 
cy y si ne meng^it-ii point de mieL Ilz men- 

' Ce conte n*a pas et^ niis en rert. 



> 128 

quit: Qiiiamel non comederet etiamsi ades- 
set, et comederunt. Deinde venit Nediu et 
ait : Quare me absente comedistis, nec partem 
meam reservastis ? Eunuchus ad haec : Ma- 
gister tuus dixit quod mel non comederes 
etiamsi adesses. At ille tacuit et quomodo 
magistro suo illud recompensare posset co- 
gitavit. Et hoc facto, magbtro absente, Nediu 
secreto dixit eunucho : Domine, magister 
meus quandoque frenesim patiens sensum 
perdit et indiscrete circumstantes verberat 
et interimit. Gui eunuchus : Si scirem horam 
quando ei contingit, ne quid inconsulte age-- 
ret Ugarem et loris corrigere constringerem. 
At Nediu ait : Gum videris eum huc et illuc 
aspicientem et terram manibus verberantem 
et a sua sede surgentem et scamnum super 
quod sedet manu rapientem , tunc scias eum 
esse insanum , et nisi tibi et tuis proyideris , 
caput fuste dolabit. TaUbus dictis Nediu 
sequenti die magistri sui forfices secreto 
abscondit , at incisor quserens forfices et non 
inveniens , coepit manibus terram percutere 
et huc et illuc aspicere et a a^ sede surgere 
et scamnum super quod sedebat manu dimo- 



» 129 

gierent , et tantost apris vint Nediu et dist : 
Powquoj" avez^vous mengie sans mojr et ne 
m^avez mie garde ma part ? Le camhellan res- 
pondy : Ton maistre disoit que combien que 
tu eusses este icjr^ si n^eusses tu point mengie 
de mieL Nediu se teust et pensa comment il 
le pourroit guerredonner a son maistre, A^fint 
tantost apres que son maistre ne fut mie la; 
Nediu dist au cambellan secretement : Sire , 
mon maistre est aucunes foisfrenetique etpert 
le senSy sibata desmesure ceulx d^entour lui, 
Dist le cambellan : Seje savoie Veure quHl 
entre en sa maladieyje le loieroiefort pour ce 
qu^il ne fist aucunefolie. Dist Nediu : Quant 
il regarde deca et deta et il se lieve de son 
siege et il remue de sa main le banc sur quoy 
il siet; quant vous verrez ces manieres^ adont 
devendra-il dervez. Le jour apres ces parolles 
Nediu mucha les chiseaulx de son maistre , et 
il les commenca a querre; et quant il ne les 
peut troui^er^ siferi ses mains a terre pour 
taster; si tasta deca et dela et se leva de son 
siege enfaisant chiere esbahie. Quant le cam^ 
bellan vey ce , // appella tantost ses sergens et 
commanda quUlz prissent cestui tail/eur et le 

»7 



^ i3o ^ 
vere. Haec videiu eunuchtis statun suos ¥0*> 
cayit clyentes , praecepitque incisorem ligari 
et ne aliquos yerberaret graviter yerberari. 
Sed incisor clamabat ita dicendo : Quid fo- 
risfeci ut quid talibus me afBigitis verberibus? 
At illi acrius verberando tacebant. Quando 
autem lassi fiierunt verberando exosum vitae 
solveranty qui respirans sed longo temporis 
intervallo qusesivit ab eunucho quid forisfe- 
cisset. Eunuchus ad hoc : Dixit mihi Nediu 
discipulus tuus quod quandoque insanires 
et non nisi vinclis et verberibus correptus 
cessares, et ideo te ligavi. Hoc audito incisor 
Nediudiscipulum suum vocavit et ait: Amice, 
quando me novisti insanum ? Ad hoc disci» 
pulus : Quando novisti me mel non come- 
dere ? Eunuchus et alii hasc audientes riaenmi^ 
et utrumque merito poenas suscqpi^se judi^ 
caverunt. 

Ad hoc pater : Merito hoc illi accidif , 
quia si custodiret quod Moyses praBcepit ut 
diligeret fratrem suum sicut seipsum ' , non 
hoc ei evenisset. 

Gastigavit filium suum dicens : Yide ne 
imponas aliquod crimen socio tuo servo sive 

« Levitic. xrx. i8. ,-pt33 ynS ranm 



» i3i < 
loyassenifori^ et si le batissent bien, pour ce 
qiiil ne batist autrui. Mais le tailleur crioit et 
demandoit qu^il avoit meffait etpourquoy on 
le batoit ainsL Et ceulx se taisoient et le ba^ 
toient tantplusfort. Quant ilzfurent lassez de 
le batre^ ilz le desloierent^ et il maudissoit sa 
vie. Apres ce qu Hlfut revenus a sojr mesmes , il 
demanda au cambellan qu^il avoit foifait. It 
respondjr : Nediu ton disciple me dist que tu 
perdoies aucunesfoiz ton sens et devenois der» 
s^ez , et ne tepovoit-on ckastoier se tu n*estois 
loyez et batus , et pour ce je t ^ay loye, Quant 
le tailleur ojr ce , it appella Nediu son varlet , 
et lui demanda : Amis , quant m^ veis - tu 
derve? Le varletrespondy : Maistre^ me veistes* 
vous non vouloirmsngier de miel? Le cambel^ 
lan et les autres qui l^ojrrent^ commencerent 
fort a rire et dirent que l*un estoit bien vengiez 
de l^autre* 

Dist le pere : Celtui Vavoit bien desservi^ 
car s*it eut /ait comme Dieu le commande^ 
c^est amer son prosme comme soy mesmes , ce 
ne luifust pas avenu. 

Un sage homme ehastoia sonfUz et lui dist : 
Garde que tu ne mettes blasme sur ton com'^ 



» l32 « 

libero , ne ita tibi contingat sicut duobus jo- 
culatoribus contigit ante Regem. Ad hoc fi- 
lius : Narra mihiy pater, obsecro. P^ter : 
Fiat. 



FABULA XIX. 

Yenit quidam joculator ad Regem , quem 
Yocatum Rex cum alio joculatore fecit se- 
dere atque comedere ; sed qui prius erat 
joculator caepit invidere supervenienti quem 
Hex sibi praeferebat et omnes aulici. Quod 
ne duraret diu pudorem illi facere ut sic 
saltem aufugeret cogitavit. Itaque nescienti- 
bus aliis ossa latenter primus joculator coordir 
navit et ante socium posuit, finitoque pran- 
dio in obprobrium socium conjectans struem 
ossium Regi ostendit et mordaciter inquit : 
Domine , socius mcus omnium ossium isto- 
rum vestituram comedit. Rex vero torvis 
oculis respexit. Accusatus autem Regi ait : 
Domine feci quod natura humana requirebat, 
carnes comedi et ossa dimisi; socius autem 
meus fecit quod sua natura sciUcet canina 
inquirebat , quia comedit carnes et ossa. 



» i33 « 
paignoriy ne a ton seify nea tonfilz^ quil ne 
Vaviengne ainsicomme ilfist a deux jongleurs 
devant le Roy, Pere > dist lefilz , dy moi com~ 
ment il leur avint, Volentiets , dist le pere. 



CONTE XIX. 

Avintjadis que un jongleur vint devant le 
Rojr. Le Rojr Vappella et lefist seoir au men-- 
gier avecques un autre jongleur ; mais Upre-- 
mier en ent envie sur luipour ce que le Roy et 
tous ceulx de la sale le prisoient plus des autres. 
Le premier /ongleur se apensa qu'il luiferoit 
blasme et honte , et Venfieroitfiouir^sHlpovoit, 
llprist les os de la char quHlz mengeoienty et 
les mut devant son compaignon pour luifaire 
hontCy et dist : Sire , mon compaignon a men" 
gie toute la vesture de ces os. Le Roy regarda 
cellui , et U dist au Rof : Sire , jefis ce que 
humaine nature demandoit, et cestui est de 
nature de chien qui mengue la char et les os. 



» i34 « 
Dixit Philosophus : HonoTa minorem te et 
da sibi de tuo sicut vis quod major te honoret 
et de suo tibi tribuat. Alius : Turpe quidem 
est multum diyiti esse ayarum, mediocii 
pulchrum esse largum. Discipulus ait : Dif- 
finitionem largi et avari et prodigi mihi sub- 
scribe. Pater : Qui dat quibus dandum est, 
et retinet quibus retinendum est, largus est; 
qui prohibet quibus prohibendum non est, 
avarus est ; qui dat quibus dandum est et 
quibus non est dandum , prodigns. Alins : 
Noli associari rei deficienti et ne proponas 
te rei crescenti. Alius : Magis yalet psffva 
beatitndo quam plena domus auro et argento. 
Alius : Utilia perquire magno sensu, non 
magna velocitate. Alius : Ne respicias difio* 
rem te ne in eum pecces , sed respice pan- 
periorem te et inde grates Deo redde. Alius : 
Non deneges Deum pro paupertate, pro di- 
yitiis noli superbire. Alius : Quisquis mtdta 
cupit, majorum fame tabescit. AMus : Si yis 
in hoc sseculo tantum habere quantum suf- 
fecerit naturae, non multa te decebit congre- 
gare ; et si cupido satisfacere yolueris animo , 
licet congregatis quaecumque in toto mundo 



> i35 ^ 
Le Philosophe dit : Honnewe moindre de 
toy et lui donne du tien aussi comme tu veulx 
que plus grant de toy te honneure et doinst 
du sien. Un autre dit que moult bonne chose 
et honneste de moien homme large. Dist le 
Disciple : Fajr moi scavoir qu'est avaricieux et 
large. Fol large , dist le pere , est cellui qui 
donne a quion ne deveroit donner; et cellui 
qui retient ce qu^il deveroit donner^ est apo* 
ricieux. Un autredist : Mieulxvauit unpou 
de bon eur que une maison plaine d*or et 
d^argent. Un autre dit : Ce qui est prouffi* 
table quiers par grant sens , et non mie trop 
kastii^ement. Un autre dist : Ne prens pas 
garde a plus riche de tojr, que tu ne peches ; 
mais regarde plus povre de tojr^ si en rends 
gracesa Dieu, Un autredist: Ne despitepas 
Dieu pour povrete y ne i enorgueilliz miepour 
richesse. Un autre dit : Se tu veulx avoir en 
ce siecle tant quHl te souffise a ta naiure , il 
ne te convendrapas mdult assembler; et se tu 
veubc saouler le corage du convoiteux , se tu 
assembloies toutes les richesses de ce m^onde^ 
si com^oiteradl aincoires, Un autre Philosophe 
dit : Ne t^aceompaigne pas a chose deffaillant^ 



» i36 « 
ambitu continentur diyitiis , sitis tamen arde- 
bitliabendi. Alius : Quiparce suadispendit, 
diu durant ei possessa. Alius : Qui vult re- 
linquere saeculum , videat ne aliquid retineat 
quod sit illius partium , quoniam tandumdem 
yalent ac si paleis ignem extingueret. Alius : 
Qui pecuniam congregat multum laborat, 
yigiliis tabescitne perdat, ad ultimum dolet 
quando perdit quod optinuerat. Discipulus 
magistro : Laudas congregari pecuniam? Ma- 
gister : Ita ; acquire juste et in bono expende, 
nec in thesauro reconde. Alius : Ne desideres 
res alterius et ne doleas de amissis rebus, 
quoniam dolore nihil erit recuperabile , unde 
dicitur : 



FABULA XX. 



Quidam habuit yirgultum in quo riviilis 
fluentibus herba yiridis erat, etpro habilitate 
loci conyeniebant ibi yolucres modulamine 
yocum cantus diyersos exercentes. Quadam 



et ne met pas derriere chose croissant, Un 
autre dist : Qui espargnablement despent son 
avoiry ses possessions lui durent longuernent. 
Un autre dist : Qui veult relinquer le siecle^ 
garde qu Hlne retiengne aucune chose departie 
carce vauldroit autant comme sil estaingnoit 
lefeu de paille, Un autre dist : Qui assemble 
avoir ^ il labeure moulty soiten dormant, soit 
en veillant ; et si scevent que au derrain ilz 
perdent ce qu*ilz ont assemble, Le disciple 
demanda au maistre : Loes-tu de assemhler 
avoir? Dist le maistre : Oyl ; acquiers ^nste'- 
ment et despens en bon usage , et ne le met 
mie en tresor. Un autre dit : Ne desire mie les 
choses d^autruiy et n^ajres dueil des choses 
qui sontperdues : car par dueil on ne les re^ 
couvre mie , dont on dit que , 

CONTE XX. 



Jadis un homme estoit qui ai^oit un vergier 
ou les ruisseaubc couroient parmi Verbe ver» 
de , et pour la beaute du lieu s ^ assembloient 
illec les oyseaulx oii ilz chantoient delitable" 

i8 



> i38 ^ 
die dum in suo fatigatus quiesceret pomerio, 
quaedam avicula super arborem cantando 
delectabiliter sedit. Quam ut vidit et ejus 
cantum audivit, deceptam laqueo sumpsit. 
Ad quem avis : Cur tantum laborasti me ca- 
pere, vel quod proficuum in mea captione 
sperasti habere ? Ad hsec homo : Solo cantus 
tuos audire cupio. Cui avis : Pro nihilo, 
quia nec prece nec pretio cantabo. At ille : 
Nisi cantaveris te comedam. Et avis : Quo- 
modo comedes ? Si comederis coctam aqua , 
quid valebit avis tam parva? Et etiam caro 
erithispida. Si assata ero, multo minor fuero^ 
sed si me abire dimiseris , magnam utilitatem 
consequeris. At ille contra : Quam ? Avis : 
Ostendam tibi tres sapientes manerias quas 
majoris pretii facies quam trium vitulorum 
carnes. At ille securus promissi avem per- 
misit abire. Cui avis ait : Unum est de pro- 
missis , ne credas onmibus dictis ; secundum, 
quod tuum erit semper habe; tertium, ne 
doleas de amissis. Hoc dicto , avicula arbo- 
rem conscenditet dulci canore dicere caepit: 
Benedictus Dominus qui tuorum aciem ocu- 
lorum clausit et sapientiam abstulit, quoniam 



» i39 •< 

ment, Avint un jour que Vomme estoit tra^ 

veilliez et reposoit en son gardin^ un oiselseoit 

sur un rain d'un arbre , et chantoit doucement. 

Quant Vomme Veut veu et oy j il tendy a lui 

et le prist.. Uoysel qui se trouva pris , lui 

dist : Pourquoy Ves^-tu tant traveilUez de moy 

prendre? quel prouffit cuides-tu avoir de mxi 

prison? Uommerespondy : Je convoite a oyr 

ton chant, Dist Voysel : C^est pour neant^ car 

je ne chanteray ne pour promesse , ne pour 

avoir, Respondy Vomme : se tu ne chantes^ 

je te mengeray, L^oysel dist : Comment me 

mengeras»tu? Se tu me cuis en eaue^ que 

Dauldra si petit oisely ei si en sera la char 

dure? Seje suis rosty^ aincoires serai-ge moin^ 

dres ; mais se tu me laisses aler^ tu en aras 

grantprouffit, Quelprouffity dist le bon homme? 

Dist Voisel y je te monsterray trois manieres 

de sapience qui ihieulx te vauldront que la 

char de trois veaulx. Quant Vommefut seur 

de sa promcsse , si laisse Voiselaler^ et Voisel 

lai dist : Uune maniere de sapience est^ ne 

croy pas tout ce que tu os dire, La seconde est, 

tiens bien ce que tu as ; et la tierce , ne mainc 

pas long dueil pour ta perte. Quant Voisel 



» i4o ^ 

&i intestinorum plicas nieorum pcrquisisses, 
unius ponderis unciae jacinctum invenisses. 
Haec audiens ille caepit flere et palmis pectus 
percutere , quoniam fidem dictis praebuerat 
aviculae. At avis ait illi : Cito oblitus es sensus 
quem tibi dixi. Nonne dixi tibi, ne credas 
quicquid tibi dicetur ? Quomodo credis quod 
in me sit jacinctus qui sit pond^ris unius 
unciae , cum ego tota non sum tanti ponde- 
ris ? £t non dixi tibi , ne doleas de rebus 
amissis ? Quare pro jacincto qui in me est 
doles ? Talibus dictis rustico deriso avis in 
nemoris avia devolavit. 



Philosophus suum castigavit discipulum 
dicens : Quicquid invenies legas , sed non 
credas quicquid legeris. Ad haec discipulus : 
Credo non esse verum quicquid est in libris^ 
nam simile huic legi in libris et proverbiis 
philosophorum : Multae sunt arbores, sed non 
omnes faciunt fructum; multi sunt fructus, 
sed non omnes commestibiles. Castigavit 
Arabs fihum suum dicens : Fili , ne dimittas 



i4i 

eut ce ditf ihvola sur un arbre , et dist dou» 
cement en sa chanson : Benejr soit Dieu qui 
couvry tesjreulx et te tolli sapience y car se tu 
eusses bien quis dedens mon ventre , tuy eusses 
trouve une jagonce d ^une onchepesant, Quant 
le bon homme ojr ccy ilcommenca aploureret 
a debatre ses palmes j car il cuidoit que Vojrsel 
dist verite, Dist Vo\pel : Pourquoy as-tu oubUe 
le sens queje te avoie maintenant apris , et ne 
t ^ai^je dit : Ne croypas tout ce que tu os dire? 
Comment crois^-tu qu*ilait dedens moyj'agonce 
d^une onche pesanty et je ne poise pas tant? 
Et si te dys , ne maine pas dueilppur ta perte^ 
et tu te dueilz pour ce que tu m^as perdu^ c§ 
que tu ne pues recouvrer, Quant Voisel eut 
ainsi gabe le villainy il s^envola, 

Le Phylosophe cha^toia son disciple et dist : 
Lis quanques tu treuveSy mais ne croy pas 
quanques tu lis, Dist le disciple : Je croy bien 
que ce ne soit mie toute verite quanques il a 
en livreSy car selon ce que j^ay trouve es 
livres de philosophie et es proverbesy mouk 
d^arbres sonty mais tous neportentmiejruit: 
Moult defruis sont^ mais tous ne sont mie bons a 
mengier, L^Arahien chastoia sonfilz et dist: 



pro futuris prsesentia, ne forsitan perdas 
utrunique sicut evenit lupo de bobus prO" 
missis a rustico. 



• FABULA XXI. 

Dictum namque fuit de aratore quod bo- 
ves illius recto tramite nollent incedere , qui- 
bus dixit : Lupi vos comedant ! Quod lupus 
audiens acquievit. Cum dies declinaret et 
jam rusticus de aratro boves solvisset , venit 
ad eum lupus dicens : Da mihi boves quos 
promisisti. Ad haec arator : Si verbum dixi y 
non sacramento firmavi. £t lupus contra : 
Habere debeo quia concessisti. Dixerunt tan- 
dem quod irent ad judicium. Quod dum fa- 
cerent vulpi obviaverunt. Quibus abeuntibus 
ait vulpes : Quo tenditis ? Illi quod factum 
fuerat narraverunt vulpi. Quibus dixit : Pro 
nihilo alium quaeritis judicem , quoniam rec- 
tum vobis faciam judicium; sed prius per- 
mittite loqui consilio uni ex vobis et deinde 
alii , et si potero vos concordare sine judicio , 



i43 -^ 

Ne laisse mie cequetu pues maintenant avoir , 
pour ce qui est a avenir, que tu ne perdes et 
Vun et Vautre^ aussicojnm^ il avint au loup 
de ce que le villain lui promist, 

CONTE XXI. 

On listd*un bouvier que ses buefz n^aloient 
mie droite voicy ' et il leur dist : Loups vous 
puissent mengier ! Le loup oy ce et entendy , 
et quant le jour declina , et le bouvier deshia 
ses buefz de la charrue , le loup vint a lui et 
lui dist : Donne^mojr les buefz que tu m*as 
promis, Au derrain se concorderent ad ce 
quHlz yroient aujuge, Ilzy aUrent et encon- 
trerent le goupily lequel leur dist : Ou atez- 
vousP Ceulx lui conterent leur querele tout 
au long, Dist le goupil : Pour neant querez 
autre juge que moy , car je vous diray droit 
jugement ; mais laissiez moy parler a Vun de 
vousa conseil^ etpuis a Vautre , et se je vous 
puis accorder sans jugement rendre , la sen^ 
tence ne sera pas mxinifestee , se ce non , je 
diray jugement en commun, Itz lui octroierent. 



» i44 < 

sententia selabitur; sin autem, in commune 
detur. At ipsi concesserunt. Yulpis primum 
locuta cum aratore ait : Da mihi unam galli- 
nam et uxori meae alteram , et habebis boves. 
Arator concessit , et hoc facto cum lupo lo- 
quitur dicens : Amice, audi : Meritis tuis 
procedentibus pro te debet , si qua est facun- 
dia, laborare. Tantum locuta sum cum rustico 
quod si boves illius dimiseris omnino quietos, 
dabit tibi caseum ad magnitudinem clypei 
factum. Hoc lupus concessit. Cui vulpes ait : 
Concede aratorem boves suos ducere , et ego 
ducam te ad locum ubi parantur illius c^sei, 
ut quem volueris de multis eligere possis. 
Sed lupus astutae vulpis deceptus verbis 
quietum abire permisitrusticum. Vulpes vero 
vagando huc et iUuc quantum potuit lupum 
deviavit, quem veniente obscura nocte ad 
altum puteum deduxit, cui super puteum 
stanti formam lunae semiplenae in ima putei 
radiantis ostendit et inquit : Hic est caseus 
quem tibi promisi, descende si placet, et 
comede. Ad haec lupus : Descende primitus , 
et si sola deferre non poteris , ut te juyem 
faciam quod hortaris. Et hoc dicto viderunt 



..' -^ 



» i45 -^ 

Le goupil parla premierement a conseil au 
bouvier et dist : Donne mojr une geline et h 
mafemme une, et tu auras les buefz, Le bou^ 
i^ier lui octroia, Apres parla le goupil au loup 
etdist : Amis^ pour toy vueil^je parler ^ seje 
scafy car tu tas desseny, Pay tant parle au 
villainy que^ se tu lui en laisses enmener ses 
buefzenpaixj il te donra un Jrommage Jait 
a la semblance et grandeur de la lune, Le 
loup lui octroia. Dist le goupil : Laisse aler le 
bouviera toutses buefzy etje temenrajyou lieu 
oii ce frommage est^ ajjin que tu eslises le 
meilleur et le plus grand. Le loup qui deceus 
estoit par les soubtiles parolles du goupil^ 
laissa aler le villain en paix. Le goupil ala 
deca et dela , et desi^oia le loup tant quHl 
peut et Vemmend par nuit obscure a un puch, 
Le goupil lui monstra laforme de la lune flfe- 
mieplaine qui luisoit oiifons du puchy etdist: 
Cy est lefrommage queje te promis ; descens 
avaly sHlte plaist^ et mengue, Dist le loup : 
Descens premiery et se' tu ne le pues seul ap^ 
porter y adont ferai^ge bien ce que tume diz. 
Tandis qu^ilz parloient^ ilz veirent une corde 
pendant au puchy et pendoit a un bout une 

19 



» i46 -^ 

cordam pendenteni in puteo in cujus caput 
erat urceola ligata et in alio capite cordas 
altera urceola, et pendebant tali ingenio 
quod una surgente altera descendebat. Quod 
vulpes simul ac vidit quasi obsequens pre- 
cibus lupi urceolam intravit et ad fundum 
venit. Lupus autem inde gavisus ait : Cur 
non affers mihi caseum ? V ulpes ait : Nequeo 
prse magnitudine ; sed intra aliam urceolam 
et veni sicut mihi spopondisti. Lupo intrante 
aliam urceolam , ponderis magnitudine ducta 
cito fundum petiit, altera surgente cum vidpe 
quae erat levior. Vulpecula tacto ore putei 
foras exiliit et in puteo lupum dimisit , et ita 
quia pro futuro praesens dimisit, lupus me- 
rito boves et caseum perdidit. 

Arabs castigavit filium suum : Ne credas 
omni consilio quod audies donec fuerit pro- 
batum in aliquo an sit utiie, ne contingat 
tibi sicut latroni contigit qui consilio domini 
cujusdam domus credidit. Ad haec filius 
Quomodo, pater, evenit ei? Pater. 






- - v^ . ^ 



» i47 

seille y eta Vautre bout une autie^ et pendoient 
partelengien , quequant Vune avaloit , Vautre 
montoit, Le goupil congnut et vey Vengieny 
si prent la seille et entra dedens par tenhorte'" 
ment du loup. Quant le loup vit ce quHl 
estoit ens , si dist : Pourquojr ne m^aportes^tu 
ce frommage ? Respondy le goupil : Je ne le * 
puis raporter ^ pour ce qu^il est si grant ; mais 
entre en Vautre seille^ et viens moy aidier 
comme tu m ^aspromis. Le loup entra en Vautre 
seille^ et vint tantost aufons parce quHl pe^ y 
soit moult ; et Vautre seille vint tantost des* 
seure , car le goupil ne pesoit pas tant. Le 
goupil sailli dehors et laissa le loup oii pnchj 
et ainsi le loup , pour ce quil laissa aler ce 
quHltenoity perdy les buefz et lesfrommages» 
Le Arabien chastoia sonfilz^ et dist : Ne 
croy mie tout le conseil que tu orras , jusques 
adont que tu tauras esprouve en aucunechose 
s*il est bon ou non^ quHlne Ven avienne ainsi 
comme il avint au larron qui crut le conseil 
au seigneur dune maison. Percy dist lefilz^ 
commant lui en a^int^ilP Dist lepere : 



i48 



FABULA XXII. 



Dictum est mihi quod quidam latro ad 
domum cujusdam divitis perrexit intentione 
furandi. Ascendens tectum ad fenestram per 
quam fumus exibat et si aliquis intus vigila- 
ret auscultavit. Quod ut Dominus domus 
comperit, suaviter suae uxori ait: Interroga 
alta voce unde venit mihi iste tam magnus 
census quem habeo ; quod ut rem scias mul- 
tum elabora. Tunc ipsa alta voce ait : Domine, 
unde tam magnum censum habuisti cum 
numquam mercator fueris ? At ille : Quod 
Deus donavit serva et fac inde voluntatem 
tuam et non inquiras unde mihi tanta pecu- 
nia venerit. At ipsa sicut injunctum fuerat, 
magis et magis ut rem sciret instigabat. De- 
mum quasi coactus precibus uxoris suse in- 
quit dominus : Yide ne cuiquam secreta 
nostra detegas ; latro fui. At ipsa ait : Mirum 
mihi videtur quomodo tam magnum censum 
latrocinio acquirere potuisti , quod numquam 
audivimus clamorem sive aliquam calumniam 



i49 



CONTE XXII. 

11 mejut dit que un larron ala a lamaU 
son d^un riche homme pour embler, II monta 
a unefenestre de la maison par quoy lafw' 
miere yssoity et escouta se nul veilloit en la 
maison, Quant le sire de la maison le oy^ il 
dist coyement a sa femme : Demande moy 
hault dont si grant avoir quefay me vienty 
et me prie tant queje le te dye. Lafemme 
dist en hault : Sire , dont vous vient si grant 
avoir que vous as^ez^ quant vous ne fustes 
oncques marchant? II respondy : Garde ce 
que Dieu fadonne^ et si enfay ta volente, 
et ne me demande mie dont si grant as^oir me 
vient. Mais com plus Im deffendoity plus lui 
demandoit dont tel ai^oir lui venoit, En la 
fin Vomme , comme ilfust a ce constrains , 
respondy par la priere de sa femme et dist : 
Garde quetune dyes a nulluy nos secres y je 
suis larron. Respondy lafemme : Je me mer^ 
veille comment tu . as peu acquerir si grant 
avoir^ et si n*en oysmes qncques nevoixne 



> i5o ««^ 
inde. At ipse ait : Quidam magistcr meus me 
carmen edocuit quod dicebam quando ascen- 
debam super tectum et veniens ad fenestram 
accipiebam radium lunae manu et carmen 
meum septies dicebam, scilicet, sauiem^ et 
ita descendebam sine periculo. Quicquid pre- 
tiosum inveniebam in domo corrodens sume- 
bam. Hoc facto iterum ad radium lunae 
veniebam , et eodem carmine septies dicto , 
cum omnibus in domo sumptis ascendebam, 
et quod sustuleram ad hospitium deferebam. 
^Tali ingenio hunc quem possideo censum 
habeo. At mulier ait : Bene fecisti quod mihi 
talia dixisti, nam si quandoque filium ha- 
buero , ne pauper degat, hpc carmen docebo. 
At dominus inquit : permitte me dormire 
quoniam somno aggravatus volo qniescere , 
et ut magis deciperet , quasi dormiens ster- 
tere caepit. Perceptis denique talibus verbis , 
fur inde gavisus et dicto septies carmine , et 
sumpto manu radio lunae , laxatis manibus et 
pedibus per fenestram in domum , magnnm 
faciens sonum , cecidit et firacto crure et 
braehio congemuit. At dominus domus quasi 



> i5i ^ 
ramposne. Le sire dist : Vn maistre qne je 
eus me dist et aprist un cherme que je disoie 
quant je venoie sur les maisons , et quantje 
venoie etmontoie sur les maisons a lafenestrey 
je prendoie le ray de la lune a ma main et 
disoie mon cherme sept foisy c^est assavoir 
saulem , et descendoie ainsi sans perily puis 
en la maison prendoie quanques je y trouvoie 
de boin, Quantfavoie tout pris ^ je revenoie 
au rajr de la lune^ et redisoie mon cherme 
sept fois j puis remontoie a tout quanques 
favoie pris en la maison, et Vemportoie a 
mon hostelj etpour ce ay-je tant d^avoir. Dist 
la femme : Tu as bien fait qui le m'as dity 
car quantje aurajr un enfant^ je lui apren^ 
dray cestui charm^ ofjfin quHl ne soit povre. 
Dist le sire : Laisse moydormir^ car fay som;" 
meil et si vueil reposery etpourmieulx dece^ 
voir le larron , il commenca a ronkier ainsi 
comme il dormist. Le larron qui ces parolles 
eut oyes , ful joyeux en son coragCy et distce 
cherme septfois , puis jetta ses mains au ray 
de la luney et habandonna mains et piez de 
la fenestre , si chey en la m^iison et rendy 
grant son ala terre , si quHl rompy Uk cuisse 



S^ i52 < 
nesciens inquit : Tu quis es qui ita cecidisti ? 
Ad haec latro : Ego sum ille fur infelix qui 
tuis credidi fallacibus verbis. 



Ad hoc filius : Pater , tu benedicaris , quo- 
niam dolosa edocuisti me vitare consilia. 
Philosophus : Cave consilium azimum donec 
sit fermentatum. Alius : Ne credas consilium 
monentis quod deneges alterius benefactum ; 
qui denegat coram oculis cernentis omnia se 
accusat. Alius : Si fueris in aliquo bono ne 
pecces inde, quoniam saepissime maximum 
comminuitur bonum vel amittitur. Discipu- 
lus ad magistrum : Prohibuit Philosophus 
benefactum negare. Ad hoc magister : Qui 
denegat benefactum , denegat Deum , et ille 
qui non obedit Kegi victori , est inobediens 
Deo. Discipulus : Ostende mihi rationem 
quomodo hoc esse possit. Magister : Nullum 
benefactum procedit de creatura ad creatu- 
ram nisi exDeo procedat, et illi qui denegant 
benefactores , et ita denegant Deum. Alius : 
Custodi te a Rege illo qui ferus est ut leo , 
cui est levis animus ut puer. Alius : Qui ma- 



» i53 < 

et les bras y et commenca a gemir, Le sire de 
la maison qui oy le tombement ^ ainsi quHl 
rien sceut riens , dist : Quiest la? Distle lar^ 
ron : Je suis le mechans larron qui creus a tes^ 
decepvables paroUes, 

Lefilz dist : Percy beney soyes^tu qid m*as 
enseignie a eschever les mauvais conseilz, Un 
autre dist : Ne croy mie conseil de cellui qui 
t^ammoneste que tu ne prendes mie le bienfait 
d^autrui : car qui denoye devant les yeulx de 
cellui qui tout voit , il s ^accuse. Un autre dist : 
Se tu es en aucun bien , ne pech^ pas pour ce , 
car un grant bien est tost amenuisiez etperdus. 
Le disciple demanda a son maistre : Deffend 
U Philosophe denoyer le bienfaiteur. Dist le 
maistre : Qui denoye le bienfaiteury il Dieu, 
Et cellui qui ne obeist mie au Roy qui tout 
vaincty n*obeist mie a Dieu. Dist le disciple ' : 
Monstre moy raison comment ce puet estre. 
Dist le maistre : Nostre bienfait vient de crea» 
ture a creature^ sHl ne vient de Dieuy etceuloo 
qui denoient les bienfaiteurs y ainsi denoient^ 
ilz Dieu. Un autre dist : Garde^toy de ce Roy 

X n y a Philosopke dans le maauscrit ; mais daiu le latin il y 
a discipulus , et le sens le yeut. 

20 



> i54 m 

lunn dicit de Rege , ante tempus suum mo« 
rietur. Alius : Diutius dunire patitur Deus 
regnum Regis in sua persona peccantis si 
bonussit gentibus et mitis, quam faceret justo 
Regi in sua persona si malus esset gentibus 
et crudelis. Alius : Tene rectam justitiam 
inter homines et diligent te, nec properes 
ulli reddere mutuum boni vel raali, quia 
diutius expectabit te amicus , et diutius time- 
bit te inimicus. 



FABULA XXIIL 

Plato retulit in libro de Prophetiisquod qui* 
dam Rex erat in Graecia senex gendbus cru- 
delis. Huic crevit maximum e multis partibus 
bellum , cujus ut sciret eventum , todus su» 
regionis etviciniaemandavitPhilosophos, qui- 
bus congregatis ait : Videte quoniam magnum 
mihi et vobis ingruat bellum , quod propter 
meum credo vobis evenire peccatum j sed si 
aliquid est in me quod sit reprehendendum , 



(b^ 



> i55 « 

qui est fiers comme lyon , et qui a legier co^- 
raigecommeenfanU Un autredist: Quimaudit 
le Roy , ilestneant devant temps. Un autre dist: 
Dieu laisse plus longuement durer le regne du 
Royquipeche en sa personne, s'ii est hon aux 
gens etdebonnaa^e , qu^il ne/aitd^un Royjuste 
qui est maxwais et cruel aux gens. Un autre 
dist : Tiens droite justice entre les hommes , si 
t^aimeront ; ne te haste pas a aucun de rendre 
le guerredon du bien et du mal : car s V/ est ton 
amif il atenflera plus longuement ; et sHl est 
ton ennemiy il te cremera plusjonguement. 



CONTE XXIII. 

Platon disth sonjilz et raconta ok livre des 
Prophesies que un Rojr estoit en Grece yfelet 
cruel aux gens. Batailles lui crdrent de moult 
departies, etpouree qu*il en voult savoir la 
cause et Voccoisonj il manda tous les Philo^ 
sophes de la region et de la contree, Quant ilz 

m 

furenttous assembleZy il dist : Ne voyez^vous 
pas que une grande bataille est survenue a 
vous et a mojrp Je crojr que ce vous soit avenu 



^ i56 •< 
dicite ct vestro judicio corrigere festinaba. 

Philosophus : De criminalibus in corpore 

Testro nullum scimus, nec quid nobis et 

Tobis venturum sit cognoscimus; sed hic 

prope via trium dierum moratur quidam sa- 

piens homo nomine Marianus , qui per Spi* 

ritum Sanctum loquitur. Ad eum ergo de 

Philosophis nostris aliquos legatte , ipse yobis 

in tota vita vestra quid venturum sit per eos 

declarabit. His ita peractis- septem Philoso- 

phos ad eum misit , qui postquam ubi habi- 

taverat intraTerunt, urbem desertam illius 

maximam invenere partem ; sed illis quaeren-» 

tibus hospitium Mariani , dictum fuit quod 

ipse et multi de concivibus petissent here- 

mum. Istis auditis perrexerunt ad eum. Quos 

ut vidit sapiens, dixit : Yenite , venite legati 

Regis inobedientis. Deus enim«in custodia 

ei diversas nationes subdidit, quarum non 

rectus gubernator sed immitis extitit. Deus 

qui illum et illius subditos de eadem materia 

creavit ejus immoderatam diu passus nequi- 

tiam multimodis correctionitus ut converte- 

ret ammonuit, sed tamdem ad malum eyas 

in illius necem inmisericordes barbaras sus* 



i57 

par mon pechie; mais sHl a en moy aucune 

chose a reprendre y dittes le moy^je Vamen" 

deraytantost touta vostrejugement. Respondy 

un Philosophe : Des pechiez qui sont en vostre 

personne ne savons^nous nul y et ne savonspas 

que avenu vous est; mais prez de ci^ a trois 

journees y a un homme qui a nom Maximien , 

si parolle par le Saint Esperit, Envoiez a lul 

aucun de voz Philosophes , il vousfera bien 

savoirpar ceulx quelle chose il vous est avenu 

toute vostre vie. Le Rojr envoia a liU sept 

Philosophes. Quant il vint a lui , ilz trouve" 

rent du lieu ou il avoit converse, une grande 

partie de gastee, Ilz demanderent celluiy et 

on leur dist qiiil et moult d*autres estoient a 

Vermitage, Et quant ilz oyrent ce , ilz alerent 

h lui. Quant le sage homme les vity il dist : 

f^enez ca , messagez du Roy inobedient, Dieu 

qui a donne a lui pluseurs generations dont 

il n^est mie drois gouverneurs ^ ains a este trop 

cruel; Dieu qui Jist lui et ses suhgetz d*une 

meisme maruere , et qui longuement a souf-' 

fert sa desmesuree felonnie^ Va admoneste en 

moult demanieresde corrections^ ^ffi^^ quHlse 

conveftist; maintenanten la fin lui a amene 



> i58 •< 
citavit gentes : et hoc dicto tacuit sapiens 
homo. Quod audientes Philosophi miraban* 
tur et qui aderant universi. Die vero tertia 
Philosophis quaerentibus licitum repatriandi 
reverendus ille philosophico spiritu dixit: 
Revertimini quoniam mortuus est dominus 
vester , et Deus jam novum regem ibi posuit 
qui sit rectus gubernator et mitis gentibus 
subditis. Auditis talibus Philosophi qui ve- 
nerant, tribus cum prsedicto sapiente rema- 
nentibus , quatuor repatriaverunt qui omnia 
ut eis dictum fuerat vera et constituta inye- 
nerunt. 

Arabs dixit fiUo suo : Ne moreris in civi- 
tate Regis dispensa cujus erit major quam 
redditus. 



FABULA XXIV. 



Dictum namque est quod quidam Rexsuo* 
rum communi assensu procerum cuidam 
suo famiiiari quem antea cognoverat in secu«* 
laribus esse prudentem totius regpi conuni- 



» 1% •< 

gens erueulx et estranges h sa mort pour S€S 
maulx, Quant le sage eut ce dit, il se teut* 
Les Philosophes ^ qui ce cffrent^ s^esmerveil-' 
lerent , et tons ceulx qui lafurent. Au tiers 
jour prindrent congie du sage homme pour 
repairier ; et le sage leur dist de par le Sainct 
Esperit : Repairerez , car vostre Seigneur est 
mort y et Dieu y a ja mis en son lieu nouuet 
Rojr qui sera droiturier gouvemeur et debon" 
naire a ses subgetz, Quant les Philosophes 
qui la estoienty oyrent ces choseSy les trois 
demourerent avec le sage homme y etles quatre 
repairierent en leurs contrees y et trom^erent que 
c^estoit verite ce que le sage leur avoit dit. 

L*Arahien dist : Ne demeure pas en la cite 
du Roy qui de plus grans despens est que. sa 
rente ne vault* 



CONTE XXIV. 

Car on dist qne un Rojr par commun as^ 

sentiment de ses barons, charga a un sien 

famiUer quiproesse ilai^oitparai^antcongneue, 

la baillie de tout son rpjraume ^ et qu^il recust 



ii^ i6o ^ 

sit habenas, qui provinciae redditus suscipe- 
ret et causas tractaret. Gujus firater, alterius 
regni dives mercator, remotam incolebat ci- 
vitatem , qui percepto de fratris sublimatione 
parato comitatu prout decuit ut fratrem vise- 
ret iter incepit, praemisso tandem nuncio 
ne subitus aut improvisus Tcniret, qui de 
adventu suo fratri referret. Givitati in qua 
frater aderat appropinquavit. Audito fratris 
adventu , frater occurrit et hylari vultu satis. 
eum accurate suscepit. Transactis aliquot 
diebus proviso tempore et loco Regis etiam 
fratrem suum advenisse inter caetera quas 
sciebat placere retulit. Cui Rex : Si frater 
tuus tecum in meo regno remanere acquie- 
verit, omniatecum illi etiam rerum mearum. 
custodiam communem esse concedo ; quod 
si laborem renuerit , in hac civitate largas ei 
possessiones donabo et consuetudines et quae 
deberet mihi facere condonabo. Si vero de- 
mum tactus amore natalis soli repatriare vo- 
luerit, plura vestimentorum mutatoria, et 
quaecumque ei fuerint necessaria largire cum 
habundantia. Auditis sermonibus Regis fra-^ 
terfratrem convenit, et quanta dominus pro* 



^ i6i •< 

les rentes de sa terre et traitast les causes. Le 

frere de cestui demeuroit en une cite dun autre 

royaume , et estoit si riche marchant que de 

mert^ei/les. Quant il vit que son frere estoit 

si esleveZj il ala vers lui a grande chei^au* 

chie^ si comme chose convenable estoit, et en* 

voia devajit un message , pour ce qu Hl ne voloit 

mie venir desproweuement» Quant il oy dire 

que son frere venoit^ il ala contre lui^ et le 

receut liement eta bonne chiere. Apris quant 

il vit temps et lieu de choses dire quipleussent 

au Roy , il lui dist que son frere estoit venu. 

Dist le Roy : Se tonfrere veuh demourer en 

ma terre , je lui chargerai avec toi commu^ 

nalement mon royawne en garde ; et s Hl re- 

fuse le traveil et la cure^ je lui donrai en 

ceste cite grans possessions , etluilairay cous" 

tumes et autres usages qui deveroient a moy 

venir. Et quant il vouldra retoumer en son 

pays , je lui donray assez vestures de pluiseurs 

manieres , et toy donne lui largement quanques 

mestier lui est. Quant cellui eut oyes les pa-- 

rolles du Roy , il vint a son frere , et lui ra^ 

conta toutes les parolles que le Roy lui ai^oit 

promises, Dist lefrere : Se tu veulz que je 



^ 162 «€| 

uiiserat ordine retractavit. Cui firater : Si yis 
ut tecum morer, ostende mihi quanti sunt 
redditus Regis. Ipse vero omnes ostendit. 
Deinde interrogavit quas expensas Rex face- 
ret , quod ipse indicavit. Tunc ipse compu- 
tavit cum fratre quia quantus erat redditus 
tanta erat et cxpensa , et dixit fratri : Amice , 
>ideo tantam esse regis expensam quantus 
est redditus , et si consurrexerit bellum Regi 
vestro , vel aliquid tale , unde procurabitipse 
milites suos , vel unde inveniet eis nummos ? 
Frater : Aliquo consilio acquiremus. Cui fra- 
ter : Timeo ne census meus sitpars hujus con- 
silii , et ideo vale , quia nolo amplius morari. 
Phiiosophus : Rex est similis igni , cui si 
nimis admotus fueris, cremaberis; si ex toto 
remotus , frigebis. Filins ad patrem : Si cre- 
didero verbis Philosophi, numquam fami- 
liaris ero Regi. Cui Pater ; Fili , placere Regi 
summa prudentia est. FiUus : Pater , erudi 
me quomodo , si oportuerit me Regi servire, 
ut prudens et bene doctus valeam placere. 
Pater : Ad hujusmodi instructionem multa 
^sent necessaria quae modo ad memoriam 
non revocamus, et fortasse si prflescriberentur 



» i63 « 
demeure avecques toy^ montre moy com grandes 
sont les rentes du Roj", Cellui lui monstra. 
Apres lui demanda com grans depsens ilfai* 
soit, II lui dist : Amisy dist le frere^ je croy 
et vojr que la despense du Roy est aussigrande 
comme sa rente; se bataille ou telle chose sur^^ 
vient au Rojr^ de quoy pourverra^il ses cheva^ 
liers , ou de quoy tromera^il deniers P Cestui 
dist : Par aucun conseil arons-nous deniers. 
Respondj le frere : Je crains que mon avoir 
nefust parti par telconseil^ et pour ce je te 
commande a Dieu , car cjr ne veuil plus de^ 
m^ourer. 

Le Philosophe dist : Le Roy est semblant au 
feUy car se tu vas trop prez dufeu^ tu t^es* 
chauderas. Lefilz distau Pere : Sejecroy le$ 
parolles au Philosophe^jene seray ja famil* 
lier au Roy. Le Pere respondy : Fihy plaire 
au Roj est le souverain sens. Dist lefilz : Perey 
enseigne moy ^ sHl me convient sen^ir, com^^ 
mentje puisse plaire a luiy comme sage et bien 
enseignie. Dist le Pere : A cefaire seroient 
moult de choses nccessaires que je n ^ay pa^ 
en memoire; etpar ayenture seje le te disoie , 



» i64 « 

tibi pusillo, in taedium verterentUTy sed de 
multis pauca el quae si obsenrayeris erunt 
utilia referemus. Ad quem filius : Et si erec- 
tis auribus multa cupio promissa mihi au- 
diendi avidus vehementer efflagito. Pater: 
Qui vult Regi esse familiaris , debet videre 
omni visu mentis quod cum yenerit ad Regem 
stare diu possit, nec umquam sedeat donec 
Rex prsecipiat , nec loquatur nisi cimi opus 
fuerit, nec moretur cum Rege nisi Rexprae- 
ceperit morari , et fideliter consilium taceat. 
Semper sit intentus audire quod Rex dicety 
ne oporteat Regem bis praeceptum repetere* 
Quodcumque praecepit Rex faciat. Cayeat ne 
mentiatur Regi et sic erit ei obediens; ne 
unquam adsociet se homini quem Rex odio 
habebit. Gum haec omnia et multa aha fece- 
rit, forsitan de Rege non magnum habebit 
pro6cuum. FiUus : Nihil pejus contingit ho- 
mini quam diu Regi servire et nihil boni ac- 
quirere. Pater : Hoc multis jam evenit; et 
ideo praecepit Philosophus ne quispiam nimis 
moretur in servitio Regis. Philosophus : Qui 
servit regi sine fortunia , hoc saeculum perdit 
et aUud. Filius : O Pater, quare obUtus es 



» i65 « 
// te tourneroit un pou a ennujr : un pou te 
diray de moult de choses qu^il y convient^ et 
si sont belles se tu ies retiens, Dist le filz : Se 
je n*ajr pas mes oreilles adresckiez a moult de 
choses ojTy non pourquant je suis convoitant 
de le oyr. Si te ptie que tu medyes ce tant que 
tu m^as pronds. Le pere dist : Qui veultestre 
famillier a Roy^ il doit veir de Voeil du cuer 
que quant il vient au Roy^ quHl y puist lon^ 
guement estre , et quHl ne se sieejusques a ce 
que le Roy lui commande j etne parolle point 
jusques adont que besoing soit^ et ne demeure 
mie avec le Rojr, Tous. temps soit ententif a 
oyrce que le Roy dira^ qu^ilne lui comiengne 
deux fois dire son commandement , et face 
quantque le Roy commande. Garde soy qu^il 
ne mente^ ainsi sera-U a lui obeissant, et 
ne tiengne jamais compaignie a homme qu^ 
le Roy haye, Quantil aura ce et mouk d^aiUres 
choses y par aventure n& lui vendra mie moult 
grans prouffiz du Roy. Dist le filz : Grant 
ennui est a homme de servir a Roy duquel ne 

m 

vient aucun bien. Le pere {Ust : Cest avenu 
souventesfoiz ; etpuis commanda le Philosophe 
que on ne demourast trop longuement en ser^^ 



» i66 « 
dicere quomodo debet homo comeder^ co- 
ram Rege? Pater : Non oblitus fui dicere, 
quia nulla est differentia comedere coram 
Rege et alibi. Filius : Dic ergo quomodo ubi- 
que debeam comedere. Pater : Cum ablueris 
manus ut comedas, nihil tangas nisi pran« 
dium donec comedas. Ne comedas panem 
priusqnam Teniat aUud ferculum super men- 
sam, ne dicaris impatiens; nec tantum bo«* 
lum mittas in ore tuo ut micse defluant hinc 
et inde, ne dicaris gluto. Ne glutias bolum 
priusquam fiierit bene commasticatum in 
tuo ore ne stranguleris ; nec pocula sumas 
donec sit os racuum , ne dics^ris vinosus ; nec 
loquaris dum aliquid in ore tenueris , ne ali-* 
quid intret de gutture in intimam arteriam 
ne sit tibi causa mortis. Si videris bolum qui 
placeat tibi in parapside coram sodali^ non 
sumas , ne dicatur tibi prava msticitas. Post 
prandium manus ablue quia physicum est et 
curabile; ob hoc enim multorum oculi de* 
teriorantur quando post prandia manibus non 
ablutis terguntur. Filius : Si quis invitaverit 
me ad prandium, quomodo respondebo .^* 
Concedam statim an non ? Pater : Fac sicut 



^ 167 

vice de Roy. Qui sert a RojTj et riens ne aC'^ 
quierty ilpert ce siecle et Vautre, Dist lefilz : 
Perey pourquoy me avez^vous oublie a dire 
comment on doit mengier devant le Koj? Car 
iln^ya mie diversite de mengier devant le Roy 
et ailleurs , dist le Pere. Dist lefilz : Pere , 
eiy moy doncques comment on doit mengier 
par tout. Dist le Pere : Quant tu auras lave tes 
mains pour mengier^ ne touche de tes mains 
riens se a viande non , tant comme tu mengeras» 
Ne mengue miepain devant que autre viande 
soit mise sur la table , que on ne dye que tu 
soyes impatient, Ne metz mie si grant morsel 
en ta bouche que les mies rechieent hors , qus 
tu ne soyes appellez glouton^ et si n*engloutis 
pai U morsel devant ce que tu Vayes bien mas" 
chie^ €tffin que tu n^estrangles. Neboypasjus^ 
ques a ce que ta bouche soit wide , que on ne te 
appelle lecheur. Neparollemietant que tu auras 
mengie ce qui est en ta bouche , que aucune chose 
n^entre en tes arteres qui te soit cause de mort. 
Se tu vois un bel morsel devant ton compai" 
gnon^ ne le prens mie^ car ce seroit villonnie. 
Apres mengier lave tes mains^ car c^est saine 
chose : car de ce empirent lesyeuloc a moult de 



^ i88 « 
auctoritas Judaeorum pracipit '. Dicit enkn : 
Si quis inyitaverit te ad prandiuniy videas 
personam invitantb. Si enim magna persona 
fiierit, statim concede; sin autem, Secundum 
quod erit, secunda vel tertia vice. Hoc etiam 
refertur de Abraham. Quadam enim die dum 
coram sua staret janua , transeuntes sub hu- 
mana specie vidit tresangelos quos ipse suam 
domum intrare honesto vultu rogavit , pedes 
lavare, cyborum refectionem sumere^ lassos 
artus somno recreare. Ipsi vero, quoniam 
magna persona erat, acquieverunt ejus peti- 
tioni^. Juvenis adsenem:Cuminvitatus fuero 
ad prandium, parum vel nimis comedam? 
Cui senex : Nimis , quoniam si amicus tuus 
fuerit qui te invitavit, gaudebit multum; si 
autem inimicus, dolebit. Hoc audilo risit puer, 
ad quem senex : Recordatus sum verbi quod 
audivi de Maimundo nigro. Quidam enim se- 
nex quaesivit ab eo quantum posset comedere. 
Cui ipse : De cujus prandio , de meo vel sdte* 
rius? At ille : De tuo. Maimundus : Quantum 
magis possum. Senex : Tu modo recordaris 

* Talmud. 

^ Geiies« xvm. i.— 5. 



» 169 « 

gens\ quant on les torche a mains ordes et 
sales, Dist lefils : Seaucun me semont de men'^^ 
gier avecques lui^ comment lui responderai^ge ? 
Lui octroierai^ge tantost? Dist le Pere : Fay 
ainsi comme Vauctorite des Juifz commande. 
Elledit : Se aucun te semont de mengieravecques 
lui, regarde la personne; se c^est grande per^ 
sonncj si lui octroie tantost; se ce non , selon ce 
qu^elle sera a la seconde foiz ou a la tierce 
priere. Et ce treuvc' Ven aussi d^Abraham : car 
unjour tandis qu^il estoit a saporte , ilvit trois 
Angeles trespasser enforme d^homme, II les 
pria honnestement de demourer en sa maisonj 
et leurfist leurs pies laver , et mengieret reposer. 
llzfirent ce qu ^il leur pria , pour ce que c ^estoit 
une grande personne. Dist lejovencel : Quant 
je serajrsemons d^aucunepersonne aumengier ^ 
mengerai^ge oupou, ou trop? Dist le viellart: 
Mengue asseZj car s'il est ton ami^ il en sera 
moultjoyeux; etce c^est ton ennemi^ ilen sera 
dotans, Quandlejoneoyce^ ilenrist. Dist le 
viellart : II me souvient de un nommeMamonde 
le noer^ car un viel homme lui demandacom- 
bien il pourroit bien mengier. Ilrespondy: De 
qui viandcy ou de la mienne, ou de l*autrui? 

22 






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Cieuix dist : De la tienne. Dist Mamonde : Tant 
queje n *en powroieplus. Respondy le viellart : 
Tu recordes les parotks du glout , parescheux , 
sot, bourdeury eteomplus treus^e^Ven de lui^ 
plus treui^e^n h dire, Moult meplaist a oyr de 
lui^ dist lejovencel^ car toutcequede luiesty 
si estpour rire^ et se tu as de ses dis et de ses 
fais aucune chose en memoire^ dy le moy en 
Ueu dedon. Folentiers^ dist le viellart. 

CONTE XXV. 

Un seigneur d*ostel commanda une nuit a 
son seff quHl closist Vuys, Le serf estoit pareS" 
cheuxet nesepeut lever^ si dist que Vuys estoit 
clos. Au matin dist le seigneur : Mamonde , 
Ueve susj emreVnys. Cieulx dist : Sire^je sa^ 
voie bieti que vous voliez quHlfust ouvertyCt 
pour ce je Vai ouvert. Dont sceut bien le sei^ 
gneur quHl Vaifoit laissie oui^ert par paresse. 
Puis lui dist : Lieve-tcy etfof ton euvre , car il 
est jourSy et si est deja le soleil tout kault, 
Dist Mamonde : Se le soleil est haulty donne' 
moy a mengier. Dist le seigneur : Mauvais serf^ 
veus^tu mengier par nuitP Respondy le serf: 



J 



^ 173 ^ 
mitle me domire. Iterum Dominus in nocter 
Bfaimunde, surge et videas utrum pluat nee 
ne. Ipse vero advocavit canem qui jacebat 
extrajanuam, etcumvenissetcanis, palpavit 
pedes ejus, quibus inventis siccis, Domino 
inquit : Domine , non pluit. Iterum Dominus 
ad eum noctu an ignis esset in domo. Ipse 
vero vocato murilego, temptavit si cal^dus 
esset an non ; cum invenisset eum firigidum 
ait : Non. Juvenis : Pigritiam audivi, modo 
garrulitatem ejus audire cupio. Senex : Dic» 
tum est quod Dominus suus veniebat de 
foro laetus pro lucro , qnia multum lucratus 
fuerat, et exivit servus Maimundus contra 
Dominum suum , quem cum videret Domi* 
nus , timuit ne aliquos rumores, ut mos suus 
erat, diceret, et dixit : Cave ne dicas mihi 
rumores malos. Servus : Canis nostra parva 
pipella mortua est. Cui Dominus : Quomodo 
mortua est? Servus : Mulus noster exterritus 
fuit et rupit chamum suum , et dum fugerety 
sub pedibus suis canem suffocavit. Dominus : 
Quid actumestdemuloPServus : In puteungi 
cecidit et mortuus est. Quomodo exterritus 
fuit mulus ? Servus : Filius vester de solario 



» 173 «^ 

SHl est iuncoires nuit, pourquoy ne me laisses^ 
tu doncques domurp Dist le seigneur : Ma^ 
mondej Ueve^ojr et regarde s^ilpleut ou non^ 
Le serf appella le ctUen qui gisoit hors de la 
maisony et lui tasta les pies} et quant U les 
trouva secs , il dist quHl ne plouvoitpoint. Ain^ 
coires iui demanda le seigneur par nuit s^il 
avoitpointdefenen lamaison. Leserfappella 
le chatj si tasta s Hl estoit chaultou non ; quant 
il le sentifroity il dist qu^il n^y avoitpoint de 
feu* Lejone Komme dist tJ^c^ oyde cellepa^ 
resscj mms aincoires convoite^je a oyr de ses 
hourdes^ Dist le viellart : On dist que son sei^ 
gneur venoit du marchie jojeusement pour ce 
qu^il avoit gaignie; Mamonde son serf jrssi 
horSf et ala encontre lui. Quant le seigneurh 
Tfitj ilcraindy quHl ne lui apporta^t mauvaises 
nouvelles, si lui demanda, quelles nous^elles ? 
Sire^ dist le serfy petite nostre chiennette est 
morten Comment morut^elle, dist le sire? ReS'» 
pondi le serf : Nostre muletfu espoentez, si 
rompjr son lojrcol , et ainsi qu *ilfuioit , ilpassa ^ 

dessus la chiennette et la tua^ Et que a^onfait 
du mulet, dist le sire? Respondjr le serf : II 
chey ou p^is , si est mors : car vostrejilz chejf 



» 174 « 

eecidit ita quod moituus est, et inde exter- 
ritus fuit mulus. Dominuft : Quid agit geni* 
trix ejus? Servus : Pr» nimio dolore nati 
mortua est. Dominus : Quis custodit domum P 
Servus : NuUus, quoniam in cinerem versa 
e&t et quicquid in ea erat Dominus : Quo* 
modo combusta fuit? Senrus : Eadem nocte 
qua domina mortua fuit, pedissequa quse ^igi- 
labat pro domina, oblita fuit candelam in 
thalamo et ita combusta fiiit domus tota. Do« 
minus : Pedissequa ubi est? Servus : Ipsa 
Yolebat ignem extinguere et cecidit super 
caput et mortua est. Dominus : Tu quomodo 
evasisti cum tam piger sis? Servus : Gum vi* 
derem pedissequam defunctam effugi. Tunc 
Dominus valde contristatus ad vicinos suos 
venit orans eos ut reciperetur in alicujus 
domo et hospitaretur. Interea obviavit cui« 
dam amico suo qui cum videret eum tristem 
interrogavit quare ita tristaretur. Ipse vero 
retulit omnia quse dixerat sibi servus. Ami- 
cus autem desolato retulit versus amico ut 
consolaretur eum, dicens : Amice, noli de« 
solari quia multociens contingunt homini tam 
graves adversitatum inundationes 9 quod de^- 



^ 1^5 '^ 
€lu sotier^ $i rompi le eol^ dont le mulet s^es* 
poenta. Le se^neur demanda : Que fait sa 
mere? Respondjr le sarf : Elh est mortepourle 
dneil de sonjilz. Dist le sire : Qui garde la 
maison? Respondfie serf : Nuiluiy carelleest 
arse et qumnques U OA^oitdedens, Le seigneur 
demandoi : Comment aT<fy-eUe? Respondyle 
serf: CeUe mesme nmit que ma damefutmorte^ 
la meschine qui ^eilioit pour ma dame, ou^ 
Uia la cbandeiile en /a chambrej et ainsi ardy 
toute ia maison, Ok est lam^eschine^ demanda 
le siref Respondjr ie serf: Elle i>oult estaindre 
lefm , si chiy ens^ etest arse. Dist le seigneur : 
Commeni eifchappas^tUy quies siparescheux? 
Respondf ie serf: Quant je wy iu meschine 
morte^jem^enfouy^ Adont i}int iesire dolans 
a la maison de son wisin, etleurpria qu*itz 
le reeeussent en une de ieurs maisons et le her- 
bergassent. Temdixs il ala a un sien ami^ et 
quatU U le *vit si triste , il iui demanda quHl 
aooit, Etil hUdist tout ee que son serflni as^oit 
dit. Le and lui eommenoa a dire vers pour le 
recoT^orter^ et dist : dmisj ne te descorforte 
pevs f <earmiOultsowentaiHent n Vonvne si grans 
adiwsitez^ qu^U desire a lafoiz temUner sa 



> 176 -^ 

sideret eas etiam inhonesta morte finire , et 
statim eveniunt ei tanta commoda quod pror- 
SU8 dulce sit ei praeteiitanun reminisci adver* 
sitatum; sed haec humanarum rerum tam 
immensa fluctuatio variante meritorum or- 
dine summi rectoris distinguiuir arbitrio. 
Haec et prophetae Job corroborantur exemplo, 
cujus animum non pessum dedit amissio re» 
rum'. Numquid etiam audisti quod dixit Phi- 
losophus: Quis potest in hoc saeculo, cum 
mutabile sit , aliquid stabile habere ? Arabi- 
cus filio suo : Fill , cum forte contigerit tibi 
aliquid adversiy noli nimis desolari nec nimis 
inde tristari, quoniam hoc est genus Deum 
negandi. Deum debes semper laudare tam 
de adversitate quam de prosperitate. Multa 
enim mala contingunt hominibus quae eve- 
niunt eis ut majora mala effiigiant, et multa^ 
contingunt quae in bono finiuntur, et ideo 
debes laudare Deum in omnibus et in eo 
confidere sicut dixit versificator : cum fueris 
in tristitia nihil inde soUicitus eris, sed ho- 
ram in dispositione permitte et renuncia 
semper bonum futurum, et ita eris oblitus 

' lob. I. M. .»nSNS nbsn ^ru vhi avK Kian vh tw Sds 



» 177 "^ 
vie par mort deshormesU^ et tarUost apres lui 

vient si grant eur et si grahs richesseSy qu^il 

lui plaist moult a recorder les adversitez qui 

trespassees sont; mais instabilites des choses 

humaines viennent a lafdiz sans deserte selan 

la volentedenostre Seigneurquitout gouverrie, 

Lesprophetes confortoient Job par cest estemple 

qu*il ne se tourmentast pas poitr at^oir quHl 

perdisti Etne as^tu oy que le Philosophd dit: 

Quipuet avoir en ce siecle aucune chose que 

cestmiracle? UArabienditasonJilz : Se aU" 

cuneadversitet^avient^ ne te dueilmie^ nedeS" 

conforte trop^ carc^est une maniere de Dieu 

renoier. Tu dois tous temps Dieu loer aussi 

bien des adversitez comme des prosperitez :car 

moult de maulx aviennent a gens pourplus 

graris maulx eschever^ et moult de choses leur 

avienrkent qui en bienjinent^ etpour ce tu dois 

Dieu loer en toutes choses, ettoyfier en luiy si 

comrrhedistle versifieur : Quanttu seras en ad- 

versite, ne soyes soliciteuxy mais mets tojr en la 

disposition de Dieu et te souviengne tous temps 

du bien qui esta.aveniry ainsi ouilieras^tu les 

maulzy car moultde maulz aviennent quifi^ 

nent en bien. Un Philosophe dit : Les biens de 

23 



» 178 « 

malorum, quia multa mala eyeniunt quae in 
bono finiuntur. Philosophus : Hujus saeculi 
bona commixta sunt : non enim comedes 
mel sine veneno. Alius : Quascumque in sae- 
culo sunt , commutabilia sunt j et quae ex eis 
tibi sunt bona ventura , licet sis debilis , ta- 
men habebis et mala viribus devitare non po- 
teris. Alius : Quod pigro assequi desiderata 
donat , idem consequi cupita velociter negat. 
Alius : Se per venustatem saeculum dedecorat 
et per optantem se terra deglutit et vorat. 
Alius : Quasi in ictu oculi finit gloria mundi , et 
cura fragilis maneat non exoptantem se videt. 

FABULA XXVI. 

Proverbialiter dicuntSocratem secubres 
tumultus devitantem et agrestem vitam cu- 
pientem nemus incoluisse et tugurii loco di- 
midium inhabitasse dolium , cujus fundum 
vento opponebat et imbri , et quod erat aper- 
tum jocundo soli y quem venatores Regis in- 
ventum dum intuerentur et illuderent pedi- 
culos suffocantem coeperunt avertere solis 
radiorum amenitatem. Quibus ille placido 



» 179 « 
ce siecie sont meslezy car tu ne mengeras pas 

miel sans venin. Un autre dist: Celluiquifait 

au parescheux attaindre son desirier^ cellui 

mesmes ne sueffre mie a lafoiz au legier at" 

taindre ce quHl conifoite. IM autre dist : La 

gloire de ce siecle trespasse aussitostcomme ceil 

elot et euvre* 



CONTE XXVI. 

On dist en unproverbe que Socrates * pour 
esches^er les tenebresy habita es boscages en 
la moitied^un chemin en un tonnel ^ si tourna 
souvent lefons au vent et contre la pluie, et 
Vai^tre lez devers le soleiL Les sergens du Rojr 
le trouverenttandiz quHl s^espluchoit au soleiL 
II leur dist debonnairement : Ne me tollez mie 

■ L*aateiir latm attribae ici a Socrate ce qac riiistoire noas 
dit ^tre arriye.k Diog^e ! (M*a pas ^te mis en vers.) 



> i8o « 
vultu : Quod mibi non datis, auferre non 
praesumatb. Talibus irati delare quo degebat 
expellere voluerunt etinde yia abducere, ne 
pratereuntis oculi domini tam vilis persona 
offenderet, quo4 non valentes minati sunt 
ei dicentes : Vide ne quid mali ex protervi- 
tatis studio tibi contingat, quia Rex et domi- 
nus noster cum familiaribus suis et primatibus 
est hac parte transiturus. Illos autem in se 
latrantes Philosophus intuens, non est, in- 
quit, vester dominus dominus meus, sed 
potius est mei servi servus. Quod audientes 
et novercali vultu eum respicientes , quidam 
detruncare proposuerunt. Minus improbi 
donec Regis sententiam audirent, placere 
decreverunt. Dum vero in hunc modum de- 
tricarent, Rex adveniens et quae causa litigii 
foretperquirens, quae gesta fuerant vel dicta 
famulis referentibus cognovit. Volens itaque 
Rex an ficta fuissent cognoscere , ad Philoso- 
phum properavitinquirens quid de sediceret. 
Sicui prius famulis, ita eum sibi sui servi 
servum esse asseruit, quorum sententiam 
verborum Rex benigno affatu diligenter eno- 
clari sibi postulavit. Ad quem Philosophus , 



» i8i « 
ceque nem^povez donner, Les sergens se cour" 
roucherent et le vouMrent bouter hors de son 
hostelj et menerhors de la voie ; pour ce quHl 
ne depleust au Rojr qui la devoit passer, a 
veir sivilepersonne. Ilz ne peurent y sileconi' 
mencerent a menachier et dire : Garde queja" 
mais ne t^aviengnepourle desirer de ton estude , 
carnostre sire le Rojr^ ses princes etsa maisnie 
passeront tantost par cy* Le Philosophe les 
qjfarU en telle maniere parler^ dist : Fostre sei- 
gneur n^estpoint seigneur, ains est serfde mon 
serf. Quant ceulx oyrentce, ilz le regarderent 
cruelment; Vun lui voloit copper la teste^ 
les autres dirent qu*on attendist le comman~ 
dement du Roy. Tandiz quHlz estrivoient en 
tele numiere, le Rojr vint, et demanda pour 
quele cause ilz estrivoient contre cestui homme, 
Le$ sergens luidirent ce quefaict et ditestoit. 
Quant le Rojr entendyce, ilvoult savoirse le 
Philosophe disoit veritCy si vint a lui^ et lui 
demanda quelle chose il disoit de lui. Le Phi" 
iosophe lui dist pareilles paroles quHl avoit 
dittes a ses sergensy c*est assavoir quHl estoit 



$»> l82 < 

serrata Tultus dignitate, leniter inquit : Vo- 
luntas quidem subjecta est et servit mihi , 
non ego sibi. Tu e converso subjectus es vo- 
luntati et sibi servis^ non ipsa tibi, itaque 
seryus es ejus qui mihi servit. Tunc Rex, de- 
fixo paululum visu, sic incepit : Ut patet in 
verbis nihilum esse potentiam confiteris. Cui 
Philosophus in angustam suae mentis sedem 
receptus ait : Scis ipse nimium tibi ambitio- 
nem mortalium rerum dominatam fuisse et 
materiam rebus gerendis te optavisse quod 
ne virtus tua, ut ipse fateris, consuesceret 
tacita, sed ob cupidinem gloriae, sicut rei 
sinceritas est, fecisti adipiscendae , quse quam 
sit exiUs et totius vacua ponderis sit consi- 
dera. Tuae praeterita gloriae potentia ut pote 
quae jam nulla est, metuenda non est, sed 
neque futura , cujus eventus dubitabilis est 
et incertus. De praesenti constat quia ita 
parva est, ita momentanea et quae in ictu 
oculi adnuUanda : ob hoc enim nuUa sui parte 
estformidanda. Perceptis denique Philosophi 
verbis , Rex ait compUcibus suis : Servus Dei 
est, videte ne qujd molestum ei faciatis aut 
inhonestum. 



» i83 < 
^erf de son serf. Le Roy lui pria honnement 
quHl lui exposast la sentence de ses parolles. 
Le Philosophe dist : Ma volente est subgette a 
mojry non pas moy a elle; mais tu es subject 
a ta Dolenteet serfa eUe^ nonpas elle a toy ^ 
et ainsi es serfde cequi sert a moy. Le Roy 
le regarda et dist : II appert par tes parolles 
que tu diz^ que la puissance de ce siecleest 
nulle* Le Philosophe regarda estroitement en 
sapensee^ si dist : Tu scez que la convoitise 
des choses deee siecle t^a mis en subjectiony 
mais par aventure tu Vasfaispour la convoi^ 
tise de vainegloire. Or pense et regarde que 
pou de vaine gloire qui est trespassee , est nulle^ 
et doncques nefait-ellepoint a cremir : car ce 
n*est pas chose dont tu soyes certain, Et ce 
que maintenant est apperte chose^ est en pou 
d*heure trespassee et va a neant aussi tost que 
on clotun osil^ pource nefait^elle point a crc" 
mir en nuUe partie. Quant le Roy eut oye la 
parolle du Philosophe , il dist a ses sergens , 
cestuihomme estserfdeDieUjgardez que vous 
ne luifachiez nuMe mx>leste ne chose deshon-- 
fieste. 



» i84 ^ 

Discipulus magistro : Cumceleria ista sunt 
exilia, cur praeparamus tanta quasi dura- 
bilia? Magister : Quoniam yitsd terminus 
est incertus. Philosophus : Operare pro fii- 
turo saeculo quasi nunc sis moriturus, et 
pro praesenti sicut semper yicturus ; melius 
enim est quod post tuam mortem a te quae- 
sita habeant inimici , quam in yita egeas 
quod tibi subyeniant inimici. Ob haec ita- 
que cum honestate tibi omnia provide , 
quia brevis est cursus yitse. Alius : Saecu- 
lum est quasi fons instabilis cujus introi- 
tus est matris uterus , et ejusdem mors 
erit exitus. Versificator : 

Mors est poHa patens terrenis perria cunctis , 
Sed queero post hanc quas sit habenda domus, 

Est domus delitiarum Deo famulantium est 
et diversa pcenas promerentium. Arabs ad 
patrem : Fater , quomodo domum delitia- 
rujyi et gloriam ejus lucrari potero? Pater: 
Quicquid melius et pretiosius habes repone 
in ea custodiendum et invenies , cum illuc 
veneris, tibi paratum. Filius : Quomodo 
possum in eam domum pecuniam praemit- 
tere cujus ostium non novi adire ? Pater : 



» i85 

Dist le desciple a son maistre : Pmsque ces 
choses sont si tost trespassees et allees a neant, 
pourquqy les gardons^noits et assemblons ainsi 
comme se elles deussent tousjours durerp Le 
maistre respondy : Pource que nous ne sommes 
pas certain de la fin de nostre vie, Un autre 
Philosophe dit : Fay pour Vautre siecle aihsi 
comme se tu deusses maintenant morir ,* etpour 
ce siecle aussifay comme se tu deusses toujours 
dwrer^ et tous temps vivre : car mieulx vault 
que apres ta mx>rt tes amis ayentce que tu as 
acquiSj que tu ayes mestier de leur ayde en ta 
vie^ etpowrce tepowvoyhonnestementde tout 
ce quHt te fauU : car le cours de ceste vie est 
mouk brief, Un <iutre dist : Cestui siecle est 
aussi comme unefontaine muahle de laquelle 
VerUree est le ventre de la mere , et Vissue est la 
mort, Un versifieur dist : La mort est une porte 
ouvertepar laquelle toutes choses terriennes pas- 
sent^ maisje demande quelle muison on ara 
apres ceste de delices y mais ceulx qui dessen^ent 
paine, auront maison ditferse, UAraJbien dc" 
manda-asonpere : Pere^ dist^ily commentpor- 
rai-je gaignier la maison de delices et la gloire 
qui dedens est? Dist lepere : Met en ellegarder 

24 



^ i86 « 
Audi quod fecit filius consiliarii Regis post 
obitum patris. Filius : Pater, fare, nec sub- 
terfugiam monitis obedire. Pater. 



FABULA XXVII. 

Rex quidam habuit sapientem consiliarium 
et familiarem qui tandem naturae legibus fa- 
vens parvum reliquit haeredem bene disci- 
plinatum et curialem , cui totam , quae magna 
erat, possessionem et divitiarum acervos 
subscripsit et morti cessit. Quo facto Rex ad 
se puerum vocavit, et de patris occasu ne 
plus justo doleretammonuit, etquaecumque 
pater illi regenda dederat testimonio firmavit 
et insuper quod aetate ejus exigente in patrb 
locum eum susciperet illi promisit. Inde 
vale dicto laetus juvenis ad propria remeavit, 
quem Rex obUvioni tradidit, nec ipse ad re- 



le meilleur et le plus precleux que tu as de tout 
ionas^oir^ si le tromeras appareillie quant tu 
venras illecques. Respontfy le filz : Conunent 
puis-jemettre en la maison mon as^oirde laquelle 
je ne seaytromer les huis? Dist lepere : Et ne 
scez^lu quejist lefilz du conseillier duRoy apres 
la mortde son pere? Respondy lejilz : Pere^je 
teprie , dis le moy^pour ce queje ne reffuse obeir 
a tes commandemens. Dist le pere, 

CONTE XXVII'. 

Un Royfut jadis qui avoit un conseillier 
sageylequelestoitmoultJamiUer a lui, Cestui 
conseillier quifais estoit de nature^ morut^ et 
avoit un petitfilz de luiquifut son hoir liheral 
et bien enseignie, II lui laissa grant avoir et 
grans richesses^ lesquelles il avoit assemhlees^ 
Le Roj apres la mort dupere , appella Venfant 
et lui admonnesta quHlnefeist miedueiloultre. 
raison pour la mort de son pere^ et luipromist 
que quantilauroit eage^ ille tendroiten lieu 
desonpere, L ^enfantpristcongieetrevintjoyeu' 
sement au sien, Le Roy le mist en oubliy mdis 

' ITa pas ete mis en vers. 



» i88 « 
gem remeare properavit. Longo temporis in-> 
tcrTallo in eadem regione in qua puer erat 
coeperunt egere adeo quod cjborum inedia 
periditarentur fame. Quod videns puer bonse 
indolis animo condoluit, condolens horrea 
deplevit et pauperibus distribuit, et de penu 
vinum extraxit et cames quas egentibus ero- 
gavit. Crescente penuria, decrescens pecunia 
indigentibus non sufFecit. Postea dato pro 
annona thesauro vitam fame vel siti laboran- 
tium quousque potuit sustinere non distulit 
nec sufFecit. Hic idem de vestibus et pre- 
tiosis lapidibus egit, et sic transiit circulus 
anni in quo non paucos jam mortis nexibus 
irretitos liberavit. Erat autem in eadem re- 
gione quidam Regis pr»scripti notarius qui 
livoris macula tactus puero invidebat, et 
graves inimicitias latenterexercebat, etRe* 
gem erga puerum in iram exasperabat his 
verbis : Domine , lenitas vestrae moralitatis in 
vestri filium consUiarii cui pater infinitam 
reUquit pecuniam , ne dicam stulte, nimium 
moUis fiiit, modo namque nec vos nec ille 
pecuniam habetis quam inconsultus super- 
flue dilapidavit. Rex vero tahbus in iram 



* 189 

U ne laissa mie de revenir au Roj, Long^tems 
apres en celle region oii Venfant estoit demow- 
rantyfusigrandefamine que les gens moroient 
de disette. Lefilz qui de bonne lignie estoit^ 
quant il vit ce , il enfut mouU dolans , et wida 
ses grainges et departi son avoir auoc povres ; 
sitraist ses vins de ses celiers et ses charsy si en 
donna^ tant comme il durerent^ aux besoin-' 
gneux. Lafamine et la disette croissoit chascun 
jouren la contrecy et lapeccune descroissoit au 
jovencely parquoy il ne peut plus souffire aux 
besoingneux, Apres il donna son tresor pour 
grain, et secourut les povres tant quHl peuty 
mais il ne peut mie souffire a touSy et pareiU 
lementfstHl de ses draps etde sesjoyaux^ ei 
ainsitrespasserent les anset secourut moult de 
gens quifussent mors defaim. En sa region 
avoitun notaire amidu Rqy^ quifut ennemy 
dessus Venfanty et disoittelles parolles au Rojr: 
Sircj trop aves estesoefet mol envers Venfant 
de vostre conseillier auquel son pere laissa si 
grant aifoir^ que vous^ ne lui ne Vavezy ains 
Va despendufolement, Le Roy fut courrou^ 
chiez^ sienvoiapour Venfant^ et lui dist : Fol 
filz de sage hommcy sans vigueur etprodiguCf 



» 190 « 

coniiuotus pro puero legavit cui talia diiit : 
lusipiens fili sapientis, iners artificiosi pro- 
tlige largi , ut quid divitlas sapienter congre- 
gatas et tibi ad servandum commissas de- 
disti pemiciei? Ad haec puer visu in terram 
defixo, principis enim vidtuositatem utpote 
torvis inflammatam luminibus verebatur : 
Doniine, si pace vestra licet dicere non ut 
quibusdam videtur stultus patre sapiente vo- 
bis sum relictus , pater etenim meus thesau- 
rum congregavit, congregatum unde fures 
rapere possint collocavit et mihi cui possetis 
auferre vel ignis comburere, sive aliquis 
casus eripere reUquit. Ego vero eumdem ibi 
collocavi ubi fideliter sibi servabitur et mihi. 
Rex autem quid inde fecisset rogavit. Puer 
vero qiud et quahter fecerat retaxavit. Com- 
perta denique peritia juvenis remuneratuni 
prius eum circunstantibus laudavit, patris 
servitium recompensavit. Qui ex inde lu- 
crando novas et majores prioribus divitias 
acquisivit. Hoc modo quod pretiosus habuit 
fiUus consiUarii Regis , in domo deUtiarum 
thesaurisavit. Auditis sermonibus patris fi- 
Uus inquit : Juvenis iste sapienter egit et 



^ 191 < 

pourquoy as^tu despendufolement les richesses 
qui furent sagement assemhleesy lesquelles te 
furent chargiez a garder? Uenfant qui avoit 
en reverence le visage ouquel il s ^estoit emhrar 
chiez , tourna sesyeux vers terre et dist : Sire^ 
sauf Dostre reverence^ moy hoir de mon pere 
lequel me laissa en vostre garde^ h*ay pasy 
si comme aucuns dient^ ouvre commefol : car 
verite est que mon pere assembla tresor^ et le 
mist la oii larrons le peussent avoir emble^ et 
aussi a moi le laissa a qui vous Veussiez pu 
tollir^ oufeu ardoir^ ouje Veusse peu perdre 
par aucune mescheance; maisje Vay mis oii il 
sera loyaument garde a moy et a lui. Le Roy 
luidemanda quHl en avoitfait. Uerfant lui 
raconta tout ainsi comme il Va^foit departiaux 
povres et besoingneux. Quant le Roi eut en^ 
tendu et esprouvele sens de Venfant^ lequelfut 
moult hezpour son sens^ il lui guerdonna le 
service dupere. Cellui enfant commenca de son 
avoir a gaignier^ et acquist plus grant avoir 
qu*il n^avoit paravant eu. Ainsi demoura le 
filz du conseil du Roy, si enfut pbisprecieux 
a avoir la maison de delices, Quant lefilz eut 
oyes les parolles de son pere^ il dist : Cestui 



magn» ftpeciem bonitatis in se fatiiruTO in- 
<licaYit, et fecit sicut Philosophus filio pra- 
cepit dicens : Fili, vende hoc saeculum pro 
futuro et utrumque lucraberis, quod ita con- 
tingit. Alius filium corrigens dixit : Fili, 
pro fiituro saeculo operare antequam mors 
te segreget ab opere corporali. Alius : Yide 
ne dicipiant te saeculares delitiae, et irretitus 
fallaciis saecularibus mortis Yenturao obliyisca^ 
ris, ne tibi contingat sicut latroni domum 
divitis ineunti. Cui filius : Ede,pater/quid 
accidit. Pater. 



FABULA XXVIII. 

Domum divitis fur intravit, et diversis 
eain gaus plenam invenit. Hinc stupefactus 
de diversis diversa, de pretiosis pretiosiora 
eligere studendo curavit, et quia vilia relin- 
quens in eligendo tempus <;onsumpsit donec 
diesveniens quidfacerevelletdetexit. Exper- 
recti de improviso vigiles domus in digendo 
furem repperiunt, capiunt, indc loris et fus- 
tibus caesum in yma carceris detrudunt. Ad 



^ 193 •< 

joifenceljlst sagement et monstragrantmaniere 

de bonte qui as^enir estoit en luiy etfist ainsi 

comme le Philosophe commxinda a sonfilz : 

Fihy ditMj vendce sieclepour Vautre ^ sigain^ 

gneras Vun et Vautre comme il avint. Un autre 

doctrinoitetenseignoitsonfilz etluidisoit: Lor 

beurepour labour en ce siecle ains que la mort 

te oste Veuure du corps. Un autre dist: Garde 

que les richesses de ce siecle ne te decoivent^ que 

tu ne soyes enlachiez desfaussetez du siecle^ ei 

oublie la mort qui vint au larron qui entra en 

la maison du riche, Respondi le fils : Pere^ 

comment luien avint4l? Lepere dist, 

CONTE XXVIII. 

Un larron entra en la maison d^un riche 
homme^ et la trouva plaine de grans richesses. 
II s^esmerveilla et commenca a eslire lesplus 
precieuses choses et les meilleurs coffres , et en 
eslisant il oublia le iemps qui passoit jusques 
adont que lejour vint. Quant ceulx de Vostel 
s^esveillerentj il trouverent le larron eslisant 
qui point ne s^en gaittoiU llz le bastirent 
de coroyes et de bastons , si le jetterent en 

25 



» 1^4 « 

uldmiuii data siciit jam de confesso senten- 
tia amaras audiens hystorias capitalem sen- 
tentiam subiit, qui si tam prope diem yen- 
turum prsecogitasset, ne loris et fiistibns 
csederetur, yel quod gravius extitit, ne ca- 
pite privaretur pra&cavisset. 

Alius Philosophus dixit : Hujus sseculi di- 
yitiae sunt transitorise sicut hominis somnia 
dormientis , qui eyigilans quaecumque habue- 
rat in aperiendo oculos irrecuperabiliter per- 
dit sicut Yulgo dicitur. 

FABULA XXIX. 

Opilio quidam in somnis mille oycs habuit , 
quas magno quidam cupiens emere ut carius 
yenderet, sicut somnianti visum fiuerat, pro 
unaquaque duos solidos dare Yolebat. Sed 
quivendebat cum duobus solidis denarium 
de unaquaque plus poscebat. lUis de pretio 
contendentibus , hocmodo somnus evanuit; 
sed yenditor , dum esse somnium comperit, 
non apertis oculis clamare caepit : Pro una- 
quaque mihi viginti quinque denarios tribue, 
et quotquot sunt tecum abduc. 



une charrette. Sentence Jiu donnee sur lui , 
et quant il oy quHl fut jugiez a copper la 
testCy il dist : Se feusse pense au jour qui 
prez estoity je n^eusse pas este batus de co^ 
rojres ne de bastonsy et n^eussepas perdue la 
teste, 

Un cuUre PhUosophe dit : Les delices de 
ce monde trespassent aussi comme les songes 
d^un homme qui dort : car quant il s^esveille 
et eui^re les yeux ilpert sans recouvrer quan^ 
ques il avoit songie, 

CONTE XXIX'. 

Aussicomme on dist d \in bregier qui avoitmil 
brebisen songe. Illes vouloit vendrea un hommej 
et luisembloitque cestui homme lui vouloitdon" 
ner pour chascune brebis deux sols, et il en de^ 
mwidoit deux deniers plus pour chascune. Si 
quHlz estrivoient ainsiy le songe s^esvanouy, 
Quant le vendeurpercheutquec^estoit songe^ il 
tinst les-yeux clos , et commenca a crier : Donne 
pour chascune brebis vingt cinq deniers et les 
emmaine toutes. 

> Le poete fran^ais a abandonne ranteur latin depois ce conte 
jas^*a la fin. 



» 196 •* 

Hiinc vero in modum transeuntia mundi 
gaudia sectantes et diTersis ut .retineant in- 
biantes de improviso veniens dies et finis 
vit» intercipit, et quaeque cupita velint no- 
lint adimit. Item filius : Mortis nexus aliquo 
modo fugere poterimus? Pater : Minime, 
quoniam illius est incurabilis morsus, nec 
medicis artibus ejus amaras fugiemus manus. 
Filius : Quomodo ergo, ne nimis laedat, 
sustinebimus ? Pater : Fac sicut dicit versi- 
ficator: 

Quod ifitare nequis constanti suseipe menie ; 
Sie qute dura fuit mors tihi mitis erit, 

FABULA XXX. 

Dictum est de quodam Philosopbo quod 
per antiquum transiens cimiterium laminam 
vidit marmoream cujusdam mortui cineribus 
superpositam , sed in ea versus inscripti 
verba sepulti praetereuntibus loquentis expri- 
mebant hoc modo : 

Tuprope qui transis , nec dicis aveto y resiste ; 

Auribus in cordis hasc mea 'verba tene. 
Siim quod cris, qtiod es ipsefui, derisor amarce 

Mortis dum licuitypacejuvante/rui; 



» 197 « 
En telle maniere vierU lejowr de ceulx qui 
ensms^ent lesfausses joyes de cest monde^ et 
cestuijour leur tolt^ veullent ou non j quan" 
ques ilz ont convoitiL Dist lefilz : Porrions 
nous en aucune maniere eschever la mort? Res^ 
pondy le pere : Nennily car cestui morsel ne 
puet estre escheife nepar art^ nepar medecine 
ne povons eschapper de ses ameres mains, Dc" 
manda lefih : Comment le porrons^nous at" 
tremper sans grant doleur? Respondy lepere : 

* » 

Fay ce que le versiffieur dist ^ rechoy deferme 
corage ce que tu ne pues eschever^ ainsi te sera 
la mort douce qui tant est amere. 

CONTE XXX. 

On dist d*un Philosophe qui trespassoit 
parmi une cymentiere^ et vit un marbre dessus 
un mort , ouquel avoit escrips vers qui conte^ 
noient telles parolles : Tu qui cf passes , me 
dois saluer etarrester, et dire telles parolles ; 
retiens en ton cuermes parolles quisont telles : 
Je suis ce que tu seraSy etfus ce que tu es^ 
quantje ne doubtai la mort amere; maispre^ 
miers que la mort vintqui me ravy m^s amisj 



*. 19»^ 

Sed veniente nece postquam tum rapiut amicu 

Atque meisfamulis orha parente domut 
Me contexit humo deploravitque jacentem' 

Inque meos cineres ultima dona dedit, 
Inde mei ifuhus corrodit terra nitorem , 

Quteque fidt fomuB giona magna cadit, 
Meque fuisse wrum nequeas agnoseere, sijam 

Ad ifisum fitero forte retectus humo. 
Ergo Deum pro me cum pura mente precare , 

Quatitwis eetema det mihi pace frui ^ 
Et quieumque rogatpro me comportetjrd unum 

Ut mecum maneat in regione poU, 

Kelectis iterum et iterum versibus istis, sae- 
cularibus postpositis, factus est heremita 
Philosophus. 

Iterum de Alexandro dictum est quod se- 
pultura ejus foret aurea et in pervio omnibus 
atrio posita ad quem plurimi convenerunt 
Philosophi de quibus unus ait : Alexander 
de auro fecit thesaurum, nunc e converso 
aurum de eo facit thesaurum. Alius : Heri 
totus ei non sufGciebat mundus , hodie 
quatuor solae sufficiunt ei ulnae; heri po- 
pulo imperavit, hodie populus imperat illi. 
Alius : Heri multos populos potuit a morte 
Uberare, hodie nec ejus jacula potuit devi- 



» 199 * 
mes sergens, mes parens et Ceul^ de ma mais^ 

nie me couvrirent de terre et plourerent pour 

mqy qui cygis. Ordegaste la beaute et la cou-' 

lour de mon viaire , et la grande gloire de 

ma heaiUe est cheute. Seyestoie descouvers de 

terre et tu me veissesypar aventure tu nepour" 

roies croire que j^eusse este, Or te prie dont 

que tu pries a Dieu pour moj et de hon cuer 

qu^il me doinst reposer en la vie pardurahle y 

et quiconques prie pour moy^ le receveur des 

cieux lui soit appareilliez avec moy, Quant il 

eut leut et releut ces vers , il laissa le siecle et 

devint hermite. 

Aussi dist^on d*Alexandre legrant que son 
sepulchrefut d^or et estoit en un lieu ou toutes 
genspovoient aler<^ siy vindrent moultde Phi" 
losophes desquelz Vun dist : Alexandre fist 
d^or tresor j et orjait maintenant tresorde lui^ 
Uautre dist : Ne soiiffisoit pas a Alexandre 
tout le monde, et maintenant lui souffisoit 
quatre asielles. Un autre dist : Alexandre eut 
hier seignourie sur le peuphy or a le peuple 
sur lui seignourie. Un autre dist : Hierpovoit 
Alexandre delivrer moult de gens de mort , et 



> aoo ^ 
tare. Alius : Heri ducebat exercitus. hodie 
ducitur ab illis et datur sepulturae. Alius : 
Heri terram premebat, hodie eadem pre- 
mitur ipse. AUus : Heri eum gentes time- 
bant, hodie eum vilem deputant. Alius : 
Heri habuit amicos et inimicos , hodie ha- 
bet omnes sequales. Sed de viginti-duobus 
Philosophis circumstantibus quid quisque 
de potentissimo Rege dixerit memoriae lon- 
gum est reducere. 

Iterum heremita Philosophiis hoc modo 
suam correxit animam : Anima mea, scias 
et cognoscas , dum potentia est in manu tua 
quid operaris antequam de tuo movearis loco 
ad domum in qua manet justitia et ad por- 
tam judicii ubi leges in rotulo quicquid tua 
manus egit in hoc sseculo , ubi angeU a dex- 
tris et a sinistris discooperient et renuntia- 
bunt consilium et quicquid fuerit a te exco- 
gitatum. Ante Deum veniet tuum judicium 
una lance quicquid boni et aUa quicquid maU 
egeris uno et eodem declarabitur examine. 
Omnes tui fratres etamici non inyenient tuam 
redemptionem et te deserunt ac dimittunt : 



^ 20I •< 

U maintenant ne se puet garder d^elle. Un 
aiUre dist : jilexandre menak fder Vosty €t 
maintenant Vost le maine au sepidchre. Vn 
auire dist : Hier estoit Alexandre sur terre^ 
or est la terre maintenant sur lui, Un autredisi: 
Les gens cremoient hier Alexandre , et mainte^ 
nant ilz le tiennent pour 'viL Un autre dist : 
Alexandreavoit kier amisetennends^ orsbnt^ 
ilz maintenant egalz, Mais de vingt deux Phi-' 
losophes qui la estoient, longue chose seroit a 
recorder ce que chascun dist du poissant Rojr. 
Un autre Philosophe hermite ckastoia son 
ame en telle maniere et dist : O tu^ mon ame^ 
saches et congnoj et entend quelle chose tii 
faces 9 tdndiz que tu as tapoissanceenta main, 
ct aincois que tu isses de tori lieu et que tu 
voises en la maison ou justice derheure , et 
aincois que tupasses la porte dujugement ou 
tu liras en un rollet quanques tu aurasfait en 
ce mondey ou les angeles a destre et a senestre 
descouverront et manifesteronttout ton conseil 
et quanques tu aspense. Det^ant Ditu vendra 
ton jugement^ en un vaissel seront tous les 
biens que tu auras fais^ et en un autre tous les 
maulz , et de tout serafaitjugementy dont tes 

26 



» i84 *< 

Discipulus magistro : Camcderia ista siuii 
exilia, cur pneparamus tanta quasi dura- 
bilia? Magister : Quooiam vitae terminus 
est iocertus. Philosophus : Operare pro fu^ 
turo saeculo quasi nunc sis moriturus, et 
pro praesenti sicut semper Yicturus ; melius 
enim est quod post tuam mortem a te quae- 
sita habeant inimici , quam in yita egeas 
quod tibi subyeniant inimici. Ob haec ita- 
que cum honestate tibi omnia provide , 
quia breyis est cursus Titae. Alius : Saecu- 
lum est quasi fons instabilis cujus introi- 
tns est matris uterus , et ejusdem mors 
erit exitus. Yersificator : 

Mors est porta pattm terrenis perfia euncds ^ 
Sed quaro post hanc quas sit kabenda domus\ 

Est domus deliuarum Deo famulantium est 
et diversa poenas promerentium. Arabs ad 
patrem : Pater , quomodo domum delitia- 
rujp et gloriam ejus lucrari potero? Pater: 
Quicquid melius et pretiosius habes repone 
in ea custodiendum et invenies , cum illuc 
veneris, tibi paratum. Filius : Quomodo 
possum in eam domum pecuniam praemit- 
tere cujus ostium non novi adire ? Pater : 



» i85 

Dist le desciple a son maistre : Puisque ces 
choses sont si tost trespassees et allees a neanty 
pourquqy les gardons^nom et assemblons ainsi 
comme se elles deussent tousjours durer? Le 
mmstre respondy : Pource que nous ne sommes 
pas certain de la fin de nostre vie, Un autre 
PhUosophe dit : Fay pour Vautre siecle ainsi 
comme se tu deusses maintenant morir ; etpour 
ce siecle aussifay comme se tu deusses toujours 
durery et tous temps vivre : car rrdeulx vault 
que apres ta mort tes amis ajrentce que tu as 
acquis , que tu ayes mestier de leur ayde en ta 
vie^ etpource te poun^ojr honnestement de tout 
ce quHt te fauk : car le cours de ceste vie est 
mouk brief, Un atUre dist : Cestui siecle est 
aussi comme unefontame muable de laquelle 
VerUree est le ventre de la rrCere , et Vissue est la 
mort, Un versifieur dist : La mort est une porte 
ouvertepar laquelle touies choses terriennes paS' 
sent^ maisje demande quelle maison on ara 
apres ceste de deliceSy mais ceulx qui desservent 
paUtey auront m^ison dtt^erse, L^Arabien flfe- 
mandaiisonpere : Pet*e^ dist^ily commentpor- 
rai-je gaigmer la maison de delices et la gloire 
qui dedens est? Dist lepere : Met en ellegarder 

24 



> i86 « 
Audi quod fecit filius consiliarii Regis post 
obitum patris. Filius : Pater, fare, nec sub- 
terfugiam monitis obedire. Pater. 



FABULA XXVII. 

Rex quidam habuit sapientem consiliarium 
et familiarem qui tandem naturae legibus fa- 
¥ens parvum reliquit haeredem bene disci- 
plinatum et curialem , cui totam , quae magna 
erat, possessionem et divitiarum acervos 
subscripsit et morti cessit. Quo facto Rex ad 
se puerum vocayit, et de patris occasu ne 
plus justo doleret ammonuit, et quaecumque 
pater illi regenda dederat testimonio firmayit 
et insuper quod aetate ejus exigente in patris 
locum eum susciperet illi promisit. Inde 
yale dicto laetus juvenis ad propria remeavit, 
quem Rex oblivioni tradidit, nec ipse ad re- 



» 187 

le meilleur et le plus precieux que tu as de tout 
ton avoir.f si le trouveras appareillie quant tu 
venras illecques, Respondj le filz : Comment 
puis'jemettre en la maison mx)n avoirde laquelle 
je ne scaytrouver les huis? Dist lepere : Et ne 
sceZ'tu quejist lefilz du conseillier duRoy apres 
la mortde son pere? Respondy lefilz : Pere^je 
teprie^ dis lemoj^pour ce quejenereffuse oheir 
a tes commandemens. Dist le pere. 

CONTE XXVII ^ 

Un Royfut jadis qui avoit un conseillier 
sage ^ lequel estoit moultfamiUer a lui, Cestui 
conseillier quifais estoit de nature^ morut^ et 
avoit un petitfilz de luiquifut son hoir liberal 
et bien enseignie. 11 lui laissa grant avoir et 
grans nchesses^ lesquelles il avoit assemhleeSm 
Le Roj- apres la mort dupere , appella Venfant 
et lui admonnesta quHlnefeistmiedueiloukre. 
raison pour la mort de son pere^ et luipromist 
que quantil auroit eage y il le tendroit en lieu 
desonpere. L ^enfantpristcongieetrevintjoyeu" 
semsnt au sien, Le Roj' le mist en oubliy mdis 

I rfa pas ete mis en Tcrs. 



TABLE. 



Conte L Pag. 1 3 

Conte II. jrj 

Conte III, 35 

Conte IV. [^rj 



Conte V. 



49 



Conte VL 53 

Conte VIL 5g 

Conte VIIL 63 

Conte IX. ^fj 

Conte X. m { 

Conte XL .7 5 

Conte XIL 81 

Conte XIIL gi 

Conte XIV. oq 

Conte XV. 109 

Conte XVL ,i5 
Conte XVIL 
Conte XVIIL 



121 



127 
Conte XIX, 133 

Co/2fc XX. i37 

Conte XXI. 143 

Conte XXII. i^q 

Co/?^e XXIII. 1 55 



» ao8 «Cf 

ConuXXIK Pag. 1^9 

ConieXXr, i?» 

ConteXXFL i79 

Conte XXFIL 187 

Co/i/<f xxriiL 19^ 

Co/i/tf A"A"/X. 195 

Co/ite XXX. '97 



Fi/i rfe /rt TaUe, 



' / 



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